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Entretien exclusif avec Elisabeth Moreno, Vice-Présidente et Directrice Afrique de Hewlett Packard

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L’Afrique est le continent pouvant tirer le plus grand bénéfice des technologies innovantes


Propos recueillis par Albert SAVANA


Dans cet entretien exclusif accordé à Financial Afrik, la Vice-Présidente et Directrice Afrique de Hewlett Packard, évoque de long en large les innombrables opportunités que le digital offre au continent.

L’Afrique, dont la population active sera la plus importante à travers le monde à l’horizon 2030, est appelée à prioriser les volets éducation, innovation et formation professionnelle pour assurer son décollage économique.


Quelles devraient être les priorités de l’Afrique  aujourd’hui ?


Elles sont simples d’ici 2050 la population africaine aura dépassé la population indienne et la population chinoise. D’ici 2030 on aura la plus forte population active au monde et la moyenne d’âge sur le continent sera de 30 ans. Donc notre population active sera plus importante que n’importe quel continent à travers le monde. Il faut absolument que nous éduquions et formions cette jeunesse pour qu’elle puisse être outillée et créer ses propres emplois. Mais également se mettre en compétition avec les talents, les compétences et les expertises  au niveau international. Cette jeunesse devrait alors pouvoir postuler à des jobs en Afrique  mais aussi en Europe aux Etats-Unis et en Asie.

La jeunesse devrait pouvoir créer son avenir  comme n’importe quelle autre jeunesse. Il n’y a aucune raison pour qu’on ait moins de chances moins de mérite, moins de capacités à être heureux que n’importe qui dans le monde. Encore une fois on a la force, le courage et l’énergie. Il est temps  que l’on prenne notre histoire en main.


Les grandes lignes du déploiement actuel de Hewlett Packard en Afrique ?


Hewlett Packard est aujourd’hui l’entreprise technologique la plus développée en Afrique. Nous avons 35 % de parts de marchés en Afrique, 51% de parts de marchés sur les systèmes d’impression (imprimantes classiques) et 35%  de parts de marchés sur tout ce qui est ordinateur. Ouïs savez aujourd’hui que ce soient les entreprises, la jeunesse ou toute autre personne ne peut plus travailler sans le digital .Les technologies nous ouvrent des opportunités de développement, de business non seulement sur le continent mais également à l’international. Vous pouvez être assis à Dakar et servir des clients qui sont en France, aux Etats-Unis ou en Chine. Ce serait vraiment dommage de passer à côté de ces opportunités.


Que peut apporter concrètement le digital à notre continent ?


D’énormes opportunités car l’Afrique est au début de la transformation digitale. Combien d’Africains ont accès à Internet ? L’adoption du mobile s’est faite de manière très vaste et c’est formidable mais vous n’allez pas prendre  cours sur votre smartphone, vous n’allez pas travailler sur des outils de gestion importants, faire des calculs   écrire vos courriers trois pages sur les smartphones. Donc il faut impérativement donner la possibilité aux Africains d’acquérir ces matériels informatiques  extrêmement développés dans le reste du monde. Il faut leur apprendre à les utiliser car la technologie n’est qu’un outil au service de l’humain. Si on oublie qu’il y’a de l’humain derrière ça ne fonctionnera pas. Vous pouvez donner à quelqu’un le matériel le plus performant du monde, si vous ne lui apprenez pas comment s’en servir, le matériel ne lui servira à rien. Le premier enjeu c’est de former d’éduquer et d’accompagner. C’est pourquoi le volet formation est important dans notre organisation. Notre fondation se déploie massivement en Afrique .On a commencé en Tunisie au Maroc et au Nigeria. On  a aussi démarré en Afrique du sud  et le Sénégal sera notre prochaine étape et nous allons mettre gratuitement à la disposition des entrepreneurs la possibilité de se former. Tout le monde ne peut pas s’improviser entrepreneur du jour au lendemain. Tout le monde n’a pas les moyens de faire les grandes écoles. C’est pourquoi HP a décidé de créer  30 modules de formation  sur comment devenir un bon entrepreneur .Mon plus grand souhait, c’est qu’enfin l’Afrique puisse prendre son destin en main et qu’on arrête de nous considérer comme le continent le plus pauvre du monde avec toutes les richesses humaines et naturelles dont nous disposons.


La place de l’Afrique dans le domaine de l’Intelligence artificielle ?


L’Afrique est le continent qui peut le plus tirer bénéfice des technologies y compris de l’Intelligence artificielle(IA).L’IA est fabriquée par des hommes, pour les hommes. Ceux qui ont peur de l’Intelligence artificielle sont ceux peur des vices de l’humanité. Comme les autres technologies, l’IA sera belle si les êtres humains qui la fabriquent sont beaux et elle sera moche si les êtres qui la fabriquent sont moches. Nous avons déjà loupé la première révolution industrielle, la deuxième puis la troisième. On rentre dans la quatrième on a aujourd’hui la capacité d’anticiper, de préparer avec toute cette jeunesse qui ne demande qu’à construire, inventer, innover, produire, créer, etc. C’est le moment de l’Afrique qui doit faire entendre sa voix.


Votre cursus et votre parcours professionnel sortent de l’ordinaire…


Comme pour beaucoup d’enfants d’immigrés mes parents se sont battus et ont consenti des sacrifices pour notre réussite.

Nous sommes originaires du Cap-Vert un pays que mes parents ont quitté en 1976.Ils ont d’abord vécu au Portugal puis en France où toute la famille s’est finalement installée ces quarante dernières années. J’y ai d’ailleurs fait toutes mes études avant de décrocher un emploi. Orange a été le premier grand groupe international que j’ai rejoint. Ensuite j’ai travaillé pour Dell et Lenovo, un groupe dans lequel j’ai occupé les fonctions de Présidente en France.

Après je suis heureuse de revenir sur le continent pour  avec Hewlett Packard promouvoir les technologies et travailler à faire décoller ce beau continent.


En dehors de Hewlett Packard quelle a été votre expérience professionnelle la plus passionnante ?


Bon  Dieu je crois que la plus passionnante a été de rentrer dans l’entreprenariat, ce qui vous permet de gagner en autonomie économique. Là vous avez le loisir de ne pas vous préoccuper de ce que vous allez manger le lendemain  et offrir les meilleures opportunités éducatives et professionnelles à vos enfants. Vous pouvez ainsi aider votre famille à la fois en Europe mais aussi en Afrique. Le choix de rentrer dans l’économie a été la meilleure décision que j’ai prise jusque-là.


Vous avez opéré un retour en Afrique pendant que d’autres jeunes du continent prennent le chemin inverse .Qu’est ce qui explique une telle option ?


Nous avons tous le droit de vivre dignement. L’Europe est bien sûr un miroir aux alouettes et ces jeunes veulent avoir une meilleure vie. On ne peut pas leur reprocher d’être ambitieux. Et c’est pourquoi c’est tellement important que nous leur donnions les moyens de vivre dignement sur le continent. Personne ne quitte sa famille de la sorte avec les dangers que ces voyages à travers l’océan comportent. Pour aller dans des endroits où on ne veut pas d’eux et où ils vivent dans des conditions minimales. C’est une humiliation inacceptable, difficile à supporter. Nous avons sur le continent des richesses naturelles et toutes les richesses humaines pour faire en sorte que ces jeunes-là aient envie et soient fiers de rester sur le continent. Et c’est ce à quoi nous devons tous œuvrer.

Albert Savana
Journaliste depuis 20 ans dans la presse économique africaine  et auteur de plusieurs enquêtes et reportages. A couvert plusieurs sommets de l’Union Africaine, de la Commission économique africaine et de la Banque Africaine de Développement.

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