La chronique de Dov Zerah

0

Mardi 3 février 2015. Depuis plusieurs mois, le doute s’est installé sur les politiques de désendettement menées en Europe depuis 2010. La crainte que la désinflation se transforme en déflation a conduit à une inflexion des politiques budgétaires et monétaire européennes.

Rappelons les deux décisions de la Commission Juncker relatives au plan de soutien à l’activité économique, les 315 Mds€ pour relancer l’investissement, et l’acceptation de budgets nationaux non conformes aux engagements et règles. De son côté, la Banque centrale européenne s’est lancée dans la création massive de monnaie.

Le sentiment a été donné que la contrainte était desserrée. Mais un assouplissement ne veut pas pour autant dire que tout est possible. De là à annuler les dettes grecques, cela parait difficile.

Le gouvernement grec demande une annulation de sa dette. Il sous-estime l’effet négatif d’une telle position, car, même s’il obtenait satisfaction, cela entrainerait une défiance à l’égard de la Grèce pour très longtemps.

N’oublions pas que les deux plans de 2010 et 2012 ont respectivement apporté à la Grèce 110 et 130 Mds€ de ressources, soit un total de 240 Mds€. Cela lui a permis de rembourser une très grande partie de la dette détenue par les privés après qu’ils aient accepté une annulation de 70% pour un montant total de 107 Mds€.

La dette grecque s’élève à 307 Mds€. Malgré les annulations et autres traitements, elle représente encore 177% du PIB, mais son service est de 4,5% du PIB. Cette dette est détenue par le Fonds européen de stabilité financière pour 141,8 Mds€, les Etats européens pour 52,9 Mds€, la banque centrale européenne pour 27 Mds€, et le fonds monétaire international pour 32 Mds€. Seuls 53 Mds€ sont portés par les marchés et les banques. Après les opérations de 2010 et 2012, la dette grecque est sur 30 ans avec un taux d’au maximum 1,5%.

La BCE et le FMI sont des créanciers privilégiés ne tolèrent aucun retard ; il est donc difficile d’imaginer une annulation de leur part. Par ailleurs, les opérateurs privés ayant déjà fait de gros efforts en 2012, il est difficilement envisageable de les solliciter à nouveau.

Au total, la marge de manœuvre est circonscrite aux seuls Etats européens. Or, beaucoup a été fait pour la Grèce en 2010 et 2012, et personne ne veut porter la responsabilité de faire payer à ses contribuables un nouveau geste de solidarité vis-à-vis des Grecs.

Un geste important. Jugez-en ! Entre les dettes bilatérales et la quote-part au Fonds européen de stabilité financière, l’Allemagne porte 56 Mds€, et la France 40 Mds€.

Le leader grec Alexis Tsipras n’est pas allé jusqu’à envisager une sortie de l’euro. Le scénario du « Grexit » serait catastrophique pour le pays. Cela entrainerait immédiatement une très forte dévaluation de la monnaie nationale, et une revalorisation nominale à due proportion de la dette libellée en euros ou en devises. Le pays serait dans une situation catastrophique aggravée par la défiance causée par une telle démarche. Au final, l’austérité serait encore plus sévère.

Cette perspective serait d’autant plus préjudiciable que le pays commence à récolter les fruits de ses efforts, mais qui se sont accompagnés de la multiplication de situations sociales tragiques, d’une généralisation de la pauvreté.

Pour corriger ces effets, le premier conseil des ministres a fixé le cap : fin de plusieurs privatisations, rétablissement du salaire minimum à 750€, attribution d’un 13ème mois aux retraités ayant une pension de moins de 700€ par mois…

Les réactions ne se sont pas faites attendre : la Bourse d’Athènes a chuté de 3,2% sur la seule journée de lundi dernier ; les valeurs bancaires ont enregistré de fortes baisses ; le taux de la dette grecque à 10 ans a dépassé la barre des 10%…

La compagnie maritime chinoise COSCO contrôle deux terminaux du Pirée et avait soumissionné pour les 67% des parts de l’Etat grec dans l’autorité portuaire. Le nouveau gouvernement grec a stoppé le processus, ce qui n’a pas été apprécié par les autorités chinoises.

Le prochain sommet européen du 12 février sera le véritable rendez-vous. Même s’il n’est pas possible, souhaitable d’aller jusqu’à l’annulation, l’Europe doit accompagner ce nouveau gouvernement pour atterrir après cette campagne électorale. Un compromis devrait être trouvé avec un allégement du service de la dette, soit par un allongement de la durée de 30 à 35, 40, voire 50 ans, soit par un abaissement du taux d’intérêt. Par ailleurs, l’Europe pourrait mobiliser des ressources pour faire un plan de lutte contre la pauvreté.

Comme vous pouvez le constater, l’Europe n’a pas fini de débattre sur la Grèce, et trouver la démarche entre principe et compréhension pour aider les Grecs à éviter des extrémités.

Dov ZERAH