François HollandeLe  titre évocateur «Hollande : mal parti?» de mon avant dernier article  n’était pas prophétique, loin s’en faut. Le Président Français, à l’inverse d’une diplomatie dynamique qu’il mène grâce à  un brillant ministre des affaires étrangères, est resté coincé dans  les starting -block  ratant son départ. Ce  ratage dans une compétition de haut niveau est lourd de conséquences surtout dans le contexte d’un quinquennat, quand les deux premières années les plus importantes n’ont pas été fructueuses.

Par Sidy Coulibaly*

Nonobstant, le fait que François Hollande soit  arrivé à la tête d’une France sur fond de crise financière sans précédent. Un homme comme lui, jouissant d’un important pedigree , se devait d’être préparé en conséquence  pour faire face à un défi  titanesque.

La vérité est que  Hollande,  n’ayant jamais exercé de fonction ministérielle importante, ne pouvait pas se rendre compte de la réalité  qu’il y’a entre gouvernance d’un Etat et gestion simple d’un parti politique. Cela dénote de la grande impréparation de l’ancien premier secrétaire des socialistes et de son staff, auquel la France venait de confier son destin pour cinq ans.

Socialiste au départ,  le voilà social-démocrate qui tente de  dissimuler le clivage maladroit  volontairement affiché  contre le milieu  financier qu’il pourfendait en le  qualifiant d’ennemi. Ce n’était pas trop tôt même s’il n’est jamais trot tard de bien faire; sauf que le problème d’un quinquennat, contrairement à un septennat, est qu’il est difficile, voire impossible  de redresser  la barre  en si peu de temps pour espérer  rempiler. Sarkozy  en a fait l’amère expérience qui lui laisse jusqu’à ce jour un gout d’inachevé.

La promesse phare de François Hollande de tordre le cou au chômage à la fin de l’année 2013 fut un échec cuisant. Non seulement la courbe n’est pas stabilisée,  ce qui l’aurait crédité d’un demi succès, mais pire,  les statistiques d’où qu’elles  émanent, du pôle emploi ou de l’INSEE, révèlent unanimement un taux de chômage de plus de  10%.

Ce gâchis humain génère un malaise profond et dramatique dans  la société Française. La paupérisation généralisée des français, amplifiée par un harcèlement fiscal en vue de combler le déficit,  produit l’effet contraire. En dépit du changement de premier ministre intervenu suite à la défaite aux municipales  et de l’ébauche  d’un  nouveau pacte de responsabilité censé  relancer l’activité économique, la France ne sera pas  sitôt  au rendez vous crucial du fameux 3%  du P.I.B  même si, à tout hasard,   une reprise mondiale l’entraine dans son sillage.

Faute de visibilité, l’exécutif a attesté l’idée que l’entreprise France est en panne de vision stratégique sur le plan macro-économique. Or, en économie, l’élément déclencheur d’une tendance vertueuse est la confiance et les actes qui relèvent de bon sens.

L’inflation quasi inexistante devrait bien entendu servir d’argument pour tempérer une politique d’austérité. On  pourrait induire la croissance par la relance de la consommation; faute de quoi, une  déflation serait dommageable. Le marché intérieur européen doit être dopé par les échanges intra européens dans la mesure où le commerce international montre des signes d’essoufflement.

Pour preuve,l’ on assiste à un phénomène de relocalisation des pays développés. Ce  repli  marque  la fin d’un cycle dans la mondialisation. Les pays du BRIC  sont en proie à de graves crises sociales et le temps des croissances à deux chiffres  semble révolu. Le continent Africain qui est appelé à devenir le nouvel eldorado est loin d’achever sa mue pour espérer relayer les grandes locomotives de l’économie mondiale.

Pour l’heure, Il est permis de croire à la  fin d’un cycle est au début d’un nouveau.  L’économie ne se régénère pas comme la nature qui est la seule chose  dotée de ce  privilège par le hasard. Qu’à  cela ne tienne, nous sommes à l’aube d’une profonde mutation qui sera marquée par la croissance et la prospérité. Ce cycle nouveau se singularisera par un bouleversement colossal qui va opérer une mutation profonde et radicale.

Déjà, avec les nouvelles innovations techniques et technologiques qui se profilent à l’horizon, rien n’échappera  à cette grande transformation des activités économiques et des modes de production. Le ton est donné par le choix irréversible des énergies renouvelables  et il reste entendu que cette mutation  requiert une gouvernance  responsable autonome pour encadrer et superviser avec constance et professionnalisme sur la base d’une prospective experte sans l’influence  des  forces corporatistes  ou des lobbys.

Je disais tantôt,  pour gratifier Hollande d’une belle excuse, que son inexpérience des affaires expliquerait probablement l’échec collectif des socialistes. Je dois réviser mon analyse, car le problème de la France était bel et bien diagnostiqué par les grands instituts internationaux de prévision et de prospective. Aussi,  la franchise de l’ancien premier ministre du gouvernement précédent  sur la faillite de la France, a eu un écho assourdissant dans la classe politique en général. Enfin, le président Hollande, dont  l’intelligence est unanimement saluée par tout le monde, ne pouvait pas ne pas évaluer les difficultés auxquelles il serait confronté. Je  suis persuadé que l’homme a péché par excès de confiance en ses capacités intellectuelles hors du commun.

Visiblement, le pouvoir a de quoi griser ceux qui en sont investis. Les exemples multiples qui émaillent d’échecs  lamentables de  nombreuses expériences politiques n’ont pas servi le président.

Les élections municipales ont été une catastrophe pour la majorité présidentielle. La déroute électorale était programmée et  la défiance du peuple de gauche a même permis  au front National de faire un retour  remarqué sur  le plan local.

Le paysage politique a opéré un  chamboulement à telle enseigne que le front national se prend à rêver d’être le second parti de France après la droite classique. La stratégie Populiste  de Marine Le Pen a rendu le front fréquentable.  Pour preuve, ce sont les déçus des partis classiques qui grossissent les rangs des frontistes. La bipolarisation a tiré sa révérence et les consignes républicaines qui autrefois incarnaient  un réflexe moral républicain  étaient des stratégies de  marginalisation  qui permettaient aux deux grands partis de gagner les triangulaires en diabolisant  de fait le F.N.  Cette Stratégie  n’opère plus  sa magie d’où la déculottée infligée à la gauche.

Le Changement de premier Ministre suivi d’un remaniement technique est une décision tardive, prise en désespoir de cause. Le pacte de responsabilité que Valls souhaiterait voir légitimé par les socialistes a néanmoins souffert de l’abstention de 41 voix socialistes et de trois voix chevènementistes.   C’est dire que si le premier ministre est populaire  chez les français,  chez ses amis socialistes, c’est le contraire. Les primaires attestent de  cette vérité et Valls  doit faire avec une fronde qui n’est pas prête à lui donner un blanc-seing  chaque fois qu’une décision importante à mettre en œuvre affectera négativement une population française déjà vulnérable.

A présent que le  pacte de responsabilité est voté, il  reste à décliner dans toute sa dimension la politique socio économique qui doit entrainer la croissance, réduire le déficit  et le chômage, réaliser la réforme fiscale en vue de placer la France sur la bonne trajectoire de manière à permettre à François Hollande  d’être en posture de se représenter en2017. Valls pourra t-il gagner ce pari ? En tout cas la course contre la montre est lancée.

 

  *Coulibaly Sidy est  titulaire d’un diplôme supérieur de français option civilisation et littérature. Diplôme de Proficency du département des langues modernes (Université du Ghana). Il est également titulaire du Certificat journalistique de l’école supérieure et des relations internationales de Paris

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