L’édito de Jean Michel Meyer

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JM-MeyerL’Inde : un « modèle » en pleine transformation 

Par ces temps de crise, il n’y a pas que les pays industrialisés qui connaissent des difficultés, encalminés dans des croissances souffreteuses. Les nouvelles puissances du sud qui démontrent qu’un autre équilibre mondial est possible, sont à leur tour entrées dans une zone de turbulence. Croissance ralentie, effondrement de certaines devises, retour de l’inflation,… de nombreux indicateurs sont moins flamboyants chez les BRICS.

Parmi ces pays, l’Inde a été particulièrement malmenée. Et si la Bourse de Bombay a atteint en séance son plus haut niveau le vendredi 1er novembre 2013, battant son précédent record du 10 janvier 2008, ce signe d’embellie ne doit pas faire oublier que l’économie du pays demeure fragile, avec la nécessité de mieux s’adapter aux aléas extérieurs et de consolider sa croissance et son développement.

Pour de nombreux économistes ou dirigeants africains, l’Inde est un modèle pour l’Afrique, tant ils partagent des points communs. Avec plus d’un milliard d’habitants, une forte démographie, 70% de la population dans les campagnes, 560 millions de jeunes de moins de 25 ans, l’Inde affiche un taux de pauvreté important, connait un fort analphabétisme et une corruption endémique. Un portrait-robot de l’Afrique !

Mais l’Inde figure aussi parmi les 12 pays les plus industrialisés du monde et possède un secteur des nouvelles technologies reconnu dans le monde entier. L’Inde à une longueur d’avance et le développement du pays est forcément à suivre de près à l’heure où il n’est question que de croissance inclusive pour développer l’Afrique et faire du continent la future usine du monde tout en misant sur sa capacité à innover comme elle l’a déjà démontré avec l’essor du mobile-banking et comme elle s’apprête à le faire avec les technologies Internet.

Mais comme d’autres économies émergentes, le marché indien a souffert au printemps et à l’été d’un reflux des capitaux étrangers en raison de craintes d’un changement de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Entre juin et août, les investisseurs étrangers ont ainsi retiré près de 11 milliards d’euros des marchés financiers indiens. Ce qui a précipité la chute de la roupie qui a perdu 18 % de sa valeur pendant cette période.

Mais une étude du cabinet Ernst & Young sur les perspectives économiques de 25 pays à forte croissance, publiée le 24 octobre, montre que cette fragilité est plus profonde. Avec la Turquie, l’Argentine, l’Egypte, le Vietnam, le Ghana, l’Indonésie et l’Afrique du Sud, l’Inde figure parmi les plus susceptibles d’être touchés par les tempêtes financières qui pourraient accompagner le durcissement progressif des politiques monétaires dans les économies avancées. Il s’agit, précise E&Y, de pays qui ont généralement une balance courante déficitaire, des dettes publiques importantes et une inflation élevée.

Mais si les investisseurs étrangers se sont détournés de l’Inde, c’est aussi en raison d’un contexte politique difficile. Des scandales de corruption ont été révélés, principalement dans l’attribution de concessions dans l’exploitation de mines. Le gouvernement de New Dehli a aussi payé la pause dans les réformes d’ouverture de l’économie du pays aux investissements étrangers.

Les autorités ont pris et vont prendre des mesures pour rectifier le tir. Le pays a introduit des mécanismes pour rendre plus transparente l’allocation de ses ressources, il a relevé le plafond des investissements étranger dans la grande distribution et l’assurance. Le Parlement a adopté en septembre une loi sur l’acquisition des terres. Le texte fixe de justes compensations pour les populations déplacées. Une mesure qui devrait débloquer plusieurs projets industriels.

Un travail qui n’a pas échappé à la Banque mondiale. Dans son rapport sur l’Asie du Sud, daté du 9 octobre, l’institution a salué « la dynamique des réformes qui vient d’être relancée » en Inde et table sur une croissance du PIB de 4,8 % pour 2014. Il y avait urgence. Au deuxième trimestre 2013, la croissance du PIB indien est tombée à 4,4 %. La pire performance depuis 2009.