L’éditorial de Jean Michel Meyer : à quand une croissance partagée ?

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JM-MeyerA qui profite la croissance africaine ? L’effet pervers d’une forte croissance mal partagée est établi depuis longtemps. Et dénoncé aussi régulièrement pour sa profonde injustice. Pourtant, rien ne donne l’impression que c’est parti pour changer.

 

« L’Afrobaromètre 2013 », un sondage réalisé auprès de 51 000 personnes dans 34 pays du continent entre octobre 2011 et juin 2013, confirme à son tour que la croissance économique spectaculaire de l’Afrique au cours de ces dix dernières années laisse de côté près de la moitié des habitants du continent.

 

Pour 53% des Africains sondés, la situation économique de leur pays est mauvaise. « Satisfaire les besoins de base quotidiens reste un défi majeur pour la majorité des Africains », ont résumé les auteurs de l’Afrobaromètre.

« La pauvreté a baissé très, très légèrement », constate Robert Mattes, l’un des responsables de l’Afrobaromètre qui dirige le centre de recherche sur la démocratie en Afrique à l’Université du Cap (UCT). Une personne interrogée sur cinq dit être confrontée à des pénuries fréquentes. De nombreux Africains manquent toujours d’eau et de nourriture. Ils n’ont pas un accès suffisant aux soins et sont souvent à court d’argent: la moitié des personnes interrogées ont dit qu’elles manquaient de temps en temps de vivres, d’eau potable ou de médicaments.

Les plus hauts niveaux de pauvreté ont été mesurés au Burundi, en Guinée, au Niger et au Togo. Et c’est en Afrique du Sud, au Botswana, au Mali, au Sénégal et en Tanzanie qu’elle a le plus progressé. A l’inverse, c’est au Cap Vert, au Ghana, au Malawi et en Zambie qu’elle a le plus reculé.

« Soit la croissance économique n’est pas retombée sur les citoyens ordinaires pour se traduire par une réduction de la pauvreté, … Soit il y a lieu de se demander si les taux de croissance rapportés sont effectivement réalisés ! », interpelle l’Afrobaromètre. Autre évidence relevée : les Africains les plus pauvres sont dans les zones où le manque d’infrastructures de base est le plus criant: « Les données montrent des corrélations significatives entre l’accès aux réseaux électriques, de canalisations d’eau et d’autres services de base et les plus forts niveaux de pauvreté vécue », insiste l’Afrobaromètre, qui ajoute que le faible niveau d’instruction a également une grande influence sur la pauvreté. Infrastructures et éducations : deux objectifs pour les gouvernements en mal de priorités.

En attendant, les Africains peuvent s’armer de patience pour espérer accroître leurs revenus. De beaucoup de patience. D’après une analyse du cabinet d’audit et de conseil Pwc, les salaires moyens dans les pays des économies émergents devraient se rapprocher de ceux des économies matures d’ici à 2030. Des pays comme la Turquie, la Chine ou le Mexique pourraient devenir attractifs par la taille de leur marché et la hausse des revenus, tandis que les productions pourraient être délocalisées vers des pays à plus bas coûts salariaux comme le Vietnam ou les Philippines.

Et l’Afrique ? « Rappelons que l’attractivité d’un territoire doit aussi intégrer des critères qualitatifs tels que le niveau d’éducation, la flexibilité du marché de l’emploi, la qualité des infrastructures, etc », commente Daniel Giffard-Bouvier, associé PwC. Le continent saura-t-il enfin saisir sa chance pour faire partager la croissance annoncée ? 

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