BirdLife International et la Nigerian Conservation Foundation (NCF, partenaire de BirdLife dans le pays) ont organisé hier un atelier sur le renforcement de l’intégration de la biodiversité dans les actions de la Grande Muraille Verte (GMV) sous l’égide de l’Agence Panafricaine de la GMV (APGMV), en marge de la 8th session ordinaire du Conseil des Ministres.

L’atelier, qui s’est tenu dans le cadre du partenariat entre l’APGMV et BirdLife International, a permis aux partenaires de BirdLife dans la région et aux agences nationales de la Grande Muraille Verte (ANGMV) d’échanger leurs expériences et de renforcer les synergies, en vue d’une planification commune, tout en établissant une feuille de route pour le développement du concept régional « Rendre le Sahel plus riche et plus vert pour la nature et les hommes ».

Le Sahel est une étendue de terre principalement semi-aride de plus de 3 millions de kilomètres carrés qui s’étend sur toute la largeur du continent africain, sur le pourtour sud du désert du Sahara. Environ 80 % de la population de la région dépend de l’agriculture. Cependant, des années de surexploitation agricole et de surpâturage, associées au changement climatique, ont entraîné une désertification accrue, menaçant les moyens de subsistance de plus de 130 millions de personnes et la survie de la faune sauvage.

Pour faire face à cette crise, les chefs d’État et de gouvernement du Burkina Faso, de Djibouti, de l’Érythrée, de l’Éthiopie, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Nigeria, du Sénégal, du Soudan et du Tchad ont lancé l’Initiative de la Grande Muraille Verte (IGMV), qui a été approuvée en 2007 par l’Union africaine en tant qu’Initiative de la Grande Muraille Verte du Sahara et du Sahel. Cette initiative, qui s’étend du Sénégal à l’ouest au Djibouti à l’est, vise à enrayer la désertification en restaurant les sols dégradés grâce à une mosaïque d’utilisations différentes des terres, notamment l’agriculture durable et la restauration de parcelles d’habitat naturel, avec l’objectif ambitieux de créer 10 millions d’emplois verts et d’assurer la sécurité alimentaire de plus de 20 millions de personnes d’ici 2030.

Un rapport de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification (CNULD) publié en 2020 montre qu’environ 20 millions d’hectares de terres ont été restaurés jusqu’à présent. Au Sénégal, 11 millions d’arbres ont été plantés, tandis qu’à travers le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, le Nigeria et l’Éthiopie, plus de 540 000 hectares de terres ont été reboisés, créant plus de 280 000 emplois.

Cependant, depuis sa création, l’initiative de la GMV a accordé peu d’attention à la biodiversité. Par conséquent, un protocole d’accord a été signé en 2019 entre l’APGMV et BirdLife International pour soutenir le renforcement de l’intégration et du suivi de la biodiversité, des habitats et des services écosystémiques, au sein de l’initiative. L’APGMV et BirdLife se sont engagés à travailler ensemble pour soutenir la mise en œuvre du plan d’investissement prioritaire 2021-2030 à travers la restauration des habitats, le suivi de la biodiversité le long du corridor de la GMV, le renforcement des capacités des organisations de conservation nationales et locales, en plus de la sensibilisation et du plaidoyer.

« La Grande Muraille Verte est une grande opportunité de développement pour les communautés afin d’intégrer les conditions socio-économiques et écologiques dans un contexte de changement climatique et d’insécurité. Toutes les composantes se valent, mais la composante biodiversité est essentielle pour cette initiative et doit être prise en compte par tous les acteurs, étatiques et non étatiques. Car une main ne peut jamais se laver toute seule ! « , a déclaré M. Ahamat Mahamat Haggar, directeur général de l’Agence Nationale de la GMV au Tchad, lors de l’atelier.

« BirdLife et ses partenaires ont participé à de nombreux efforts de conservation dans la région, comme le projet Living on the Edge dans le Sahel. S’appuyant sur ce qui a été fait, cette collaboration assurera la mise en œuvre d’activités au niveau local, la conservation de la biodiversité et l’amélioration des moyens de subsistance des communautés pour une conservation durable. », a déclaré Geoffroy Citegetse, coordinateur de l’initiative de BirdLife le long de la voie de migration de l’Atlantique Est.

Au Nigeria, NCF a mis en œuvre un projet de plantation d’arbres dans le cadre de sa stratégie de relance verte le long du corridor de la GMV dans cinq États, en collaboration avec l’Agence Nationale de la GMV pour restaurer les terres dégradées, améliorer les moyens de subsistance des communautés locales et intégrer la biodiversité par le biais de Fermes Agricoles Communautaires Intégrées. Dans les zones humides d’Hadejia Nguru, NCF a renforcé les capacités des communautés locales en matière de moyens de subsistance durables, notamment le tissage de nattes, l’apiculture et l’amélioration des méthodes de pêche.

« Le reboisement, la reforestation, la sensibilisation de masse aux énergies vertes et aux modes de vie durables sont des programmes intentionnels majeurs dans lesquels les particuliers, les entreprises et les agences gouvernementales doivent s’engager pour lutter contre la désertification et le changement climatique, qui peuvent conduire l’humanité à l’anéantissement et provoquer des ravages inattendus, voire des pandémies. Il faut trouver et débloquer davantage de fonds pour encourager les organisations non gouvernementales et les organisations de la société civile qui sont déterminées à défendre les causes au niveau local, bien que le défi soit mondial », a déclaré le Dr Muhtari Aminu-Kano, directeur général de la Nigerian Conservation Foundation, qui est l’hôte de cet l’atelier.

Dans le cadre de ce partenariat, l’APGMV, avec le soutien du partenariat de BirdLife, a développé le projet intitulé « Rendre le Sahel plus riche et plus vert pour la nature et les hommes ». Cette proposition d’initiative vise à améliorer la conservation de la biodiversité, les services écosystémiques et la résilience des communautés au profit de la nature, des personnes et du climat. Cette proposition évolue rapidement, avec une première phase d’appropriation à Niamey en avril dernier et l’atelier qui vient de s’achever à Abuja incluant toutes les Agences Nationales de la Grande Muraille Verte, les Partenaires et affiliés de BirdLife dans la région, les partenaires d’appui de BirdLife en Europe, les organisations internationales et autres ONG travaillant dans le Sahel.

Au cours de l’atelier, les agences nationales de la GMV ont salué les actions visant à améliorer l’intégration de la biodiversité dans la GMV et ont demandé le financement et le soutien de la mise en œuvre du projet. En outre, les partenaires de BirdLife et les agences nationales ont identifié des domaines de collaboration et ont convenu de continuer à travailler ensemble dans leurs pays respectifs, notamment en unissant leurs forces pour mobiliser des ressources et en renforçant les capacités techniques et financières aux niveaux national et local. Avec le matériel et les informations appropriés disponibles, les partenaires de BirdLife et les agences nationales ont convenu d’accroître le partage d’informations et de les utiliser pour une meilleure communication sur l’initiative de la GMV.

« Le Sahel est essentiel pour la survie des oiseaux migrateurs. Le partenariat de BirdLife est actif au Sahel depuis des décennies. Grâce à des actions locales, nous avons développé des mécanismes innovants et adaptés pour promouvoir la conservation des oiseaux et la biodiversité. Nous avons le savoir-faire nécessaire pour engager, habiliter et responsabiliser les communautés, surveiller et améliorer la biodiversité et la restauration des paysages, améliorer les moyens de subsistance et renforcer les capacités. L’atelier d’aujourd’hui est une étape logique vers la traduction de notre collaboration avec l’Agence Panafricaine de la GMV aux niveaux nationaux, pour des impacts cohérents et consistants, à l’échelle global. C’est l’ADN même de BirdLife, partir du local au global », a déclaré Jean-Baptiste Deffontaines, responsable de BirdLife International en Afrique de l’Ouest.

« Nous devons considérer la Grande Muraille Verte comme une porte d’entrée vers un développement socio-économique et résilient. Pour ce faire, nous devons adopter une approche inclusive qui prend en compte le concept de développement durable, d’équité sociale, la visibilité économique et la dimension environnementale. La Grande Muraille Verte sera mise en œuvre par les communautés pour les communautés » a déclaré M. Gora Diop, Directeur Général de l’ANGMV du Sénégal.

La dynamique autour de cette initiative est à son apogée, de nombreux pays s’étant engagés à financer la Grande Muraille verte en 2021 et 2022 – lors du One Planet Summit (avec près de 17 milliards d’euros pour les 11 pays afin de préserver la biodiversité et d’atteindre les objectifs de développement durable des Nations Unies d’ici 2025), de la COP 26 de la Convention des Nations Unies sur le changement climatique et de la COP 15 de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification – avec un aspect primordial : placer la biodiversité au cœur de l’initiative de la GMV.

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