«Moro» comme l’appelle affectueusement ses parents et amis est celui que le Magazine Jeune Afrique Economique (JAE) surnommait en 1993 «Un Financier de Vocation», rendant ainsi témoignage  d’un parcours peu commun et d’une contribution avérée au développement du système bancaire mauritanien qui a incontestablement réussi sa privatisation par des ressources et compétences nationales. Parmi les premiers cadres du secteur bancaire, Moro a aussi accompagné la première compagnie nationale d’Assurances et de Réassurances la SMAR avant de retourner à la banque et de participer à la prise en main progressive du secteur bancaire par les opérateurs privés nationaux. Son mentor,  Feu Sidi Mohamed ABASS,  dont il traduisait en actes et réussites les visions pour le développement économique et social de la Mauritanie lui a toujours témoigné affection et confiance pour son professionnalisme et sa probité morale et intellectuelle. C’est  ainsi que des missions hors banque à des postes d’Administrateur ou de Directeur Général lui furent confiées dans des domaines divers comme la pêche industrielle, le shipchandling, le shipping, etc…….  Ce banquier de carrière a redressé la filiale de la BMCI en Gambie rachetée quelques années plus tôt à la BICIS suite à des difficultés que cette banque sénégalaise traversa  en Gambie l’ayant conduit à   des déficits cumulés dans un climat social délétère peu propice au développement des affaires. L’expérience gambienne lui a permis du s’intéresser au secteur de l’hôtellerie et du tourisme et c’est ainsi qu’il s’en est inspiré et a créé le Complexe Touristique LEMHAR, un village de vacances à Nouakchott sur le littoral Sud, afin de développer le tourisme balnéaire pour offrir une nouvelle destination aux Tours Opérateurs Européens avec lesquels il avait des contrats en Gambie dans le cadre de SUNBEACH HÖTEL & RESORT dont il était,  cumulativement à ses charges de banquier, l’Administrateur Directeur Général, jusqu’à sa cession à la Caisse Nationale de Sécurité Gambienne. Cette belle réalisation à Nouakchott, réplique du Sunbeach, aux normes internationales, blottie en bordure de mer dans un environnement calme, loin de la pollution et des nuisances sonores de la ville, est malheureusement fermée pour manque d’activités touristiques, renforcé par l’impact de la pandémie du COVID19 ainsi que le manque d’un concours financier adéquat pour continuer à en assurer le bon fonctionnement malgré toutes ses tentatives auprès des banques locales.  C’est là que  l’avons trouvé, stoïque face à l’océan,  dans le cadre merveilleux de son site hôtelier, sous une tente juchée en haut de sa villa où, après quelques heures de pêche à la ligne, il aime à voir le soleil disparaître de derrière la ligne de l’horizon.  Scrutant  les mouvements de pirogues des pêcheurs artisanaux, ses voisins du campement de pêche, le financier a été presque forcé de briser son silence, acceptant de de bon cœur et en toute liberté d’échanger sur les perspectives économiques de la Mauritanie. Exclusif.

Qui est ce qui explique votre long silence ?

Je voudrais d’abord vous remercier pour votre visite et profiter de l’occasion que vous m’offrez pour souhaiter à l’ensemble de la UMAA Musulmane un Ramadan Moubarack, de paix et de concorde sociale, sur ce, il est bon de se retirer de temps en temps de la vie publique pour se ressourcer et donner le temps au temps afin de mieux voir et apprécier l’évolution des hommes et de la situation économique, sociale et politique du pays en toute objectivité. Ce repli m’a permis de voyager et d’avoir des contacts féconds avec différentes souches de notre société tant en milieu urbain qu’en milieu rural et traditionnel et, notamment avec certains jeunes étudiants et cadres de la diaspora lors de mes séjours en Europe et particulièrement en France.

De cette retraite à tout point de vue, il m’est apparu comme un certain déphasage entre le langage et la communication officielle du gouvernement par rapport à la perception et à l’entendement ainsi qu’au vécu des populations pour lesquelles les politiques publiques censées résoudre leurs multiples problèmes ont été élaborées et mises en chantier.

Je fréquente les quartiers périphériques et je connais le désarroi de ces populations sans eau ni électricité confrontées à l’insalubrité, à l’insécurité, à l’ignorance, à l’incurie, à la précarité de l’existence malgré leur réelle volonté de s’en sortir ; avec plus de 700 kilomètres de côte la plus poissonneuse, aujourd’hui seuls les plus nantis peuvent manger du poisson , la distribution de ce poisson et d’autres produits alimentaires dans ces quartiers se fait de façon humiliante et oblige la population ciblée de se lever aux aurores pour espérer pouvoir en bénéficier à des prix préférentiels car ne disposant pas de bourse familiale

Certains commerçants font aligner toute une famille démunie dans les files des boutiques témoins pour récupérer ensuite les achats qu’ils ont financés afin d’approvisionner leurs boutiques et revendre les produits à des prix usuriers contribuant ainsi à la flambée des prix pour des produits non seulement subventionnés par le gouvernement mais destinés aux souches sociales les plus démunies.

Ces produits alimentaires de première nécessité sont ainsi soutirés des stocks mis à la consommation et stockés dans des magasins et hangars dans des conditions douteuses de conservation pour causer artificiellement la pénurie et, la rareté faisant flamber les prix sur le marché. Ces marchandises sont ensuite reversées sur le marché quel que soit leur état, en générant de grosses marges sur des produits devenus souvent impropres à la consommation.

Le Président a besoin d’un Shadow Cabinet composé de techniciens non partisans, mus par le seul développement du pays ne cherchant aucun avantage protocolaire ou pécuniaire pour qu’il soit mieux informé de ce qui se passe réellement dans ce pays et que ses collaborateurs directs ne lui rapportent pas fidèlement, occultant ainsi, rien que pour le volet social, tous les efforts consentis en faveur des plus démunis dont l’aide qui leur est consacrée est ainsi détournée.

Les membres du gouvernement doivent vivre et partager les réalités du pays au lieu de rester dans leur bulle , de tout attendre du Président et de ranger dans leurs tiroirs les contributions intellectuelles ou les projets d’investissement qu’on leur propose pour améliorer le fonctionnement de nos institutions, combattre le chômage, améliorer la productivité des entreprises publiques et parapubliques pour tendre vers le plein emploi et la bonne gouvernance en accordant à tous les citoyens la même chance de réussite et d’épanouissement social dans leur pays pour que réellement tous les citoyens aient la même dignité.  

A ce titre, je suis convaincu qu’il ne sert à rien de tenir des séminaires, ateliers ou autres tables rondes avec la convention des cadres de la diaspora ou avec toute autre organisation mue par le développement économique et social du pays si une cellule de suivi indépendante rendant compte directement au Président de la République n’est pas instituée pour des évaluations périodiques des réalisations par rapport aux recommandations et mesurer leur impact sur les populations ciblées.

La bonne gouvernance repose d’abord sur une bonne vision avec des hommes et des femmes de valeur reconnus pour leur intégrité morale et intellectuelle ainsi que leur expérience et, capables de mettre en œuvre des programmes sectoriels avec des évaluations périodiques sans complaisance afin de se conformer aux engagements programmatiques en faveur des populations destinataires, seul gage de respect des promesses électorales ; autrement c’est un pilotage à vue au petit bonheur la chance sans orientation ni guide pour ensuite invoquer des échecs et recourir au non-respect des consignes de délégation effective de pouvoirs aux mandataires qui ne prennent pas leurs responsabilités.

Gouverner c’est surtout prévoir et la planification doit être l’un des instruments d’une bonne gouvernance alors qu’elle fait notoirement défaut. La Covid ne nous a pas beaucoup inspiré ni la pénurie de produits maraichers que le pays a connu suite aux difficultés enregistrées à notre frontière Nord bloquant l’approvisionnement de notre marché intérieur en produits maraichers, tomates, carottes et autres produits alors que nous avons assez de terres fertiles pour assurer des cultures pour une autosuffisance alimentaire.

Notre pays a une véritable vocation agricole et d’élevage et si nos pratiques traditionnelles doivent céder la place à des pratiques modernes, notre enseignement aussi doit être orienté dans ce sens et l’encadrement de ces secteurs doit aussi être renforcé par des vulgarisateurs expérimentés en matière agricole et d’élevage dans le cadre de la coopération internationale pouvant aider à booster notre économie agricole pour tendre à la satisfaction de nos besoins de manière à assurer pour certains produits l’autosuffisance alimentaire.

Il est à déplorer aussi le chômage de médecins et du personnel de santé et d’agents vétérinaires alors que nos régions en ont besoin. Ce manque de prévoyance se manifeste également dans l’exploitation future de nos ressources pétrolières et gazières car aucune infrastructure n’est prévue pour accueillir le personnel d’exploitation alors que notre partenaire et voisin du Sud a déjà pris ses dispositions en la matière et aurait même trouvé déjà des clients pour son gaz et pétrole à l’horizon de 2023 pour des questions taboues chez nous.

Dans le même ordre d’idées, en dehors de la sélection faite dans des conditions peu démocratiques par la compagnie BP concessionnaire, aucun autre programme de formation dans les métiers du gaz et du pétrole n’est en cours dans notre pays contrairement à nos partenaires dans ce projet qui ont déjà pris leurs dispositions en conséquence par la création d’instituts spécialisés et l’envoi de stagiaires et, leur parlement et leurs citoyens sont régulièrement tenues informées de l’évolution des dossiers.  

Quel constat faites-vous de la situation actuelle de la Mauritanie et quelles solutions préconisez-vous ?

En Afrique, l’objectivité n’a de sens que lorsqu’elle caresse dans le sens du poil les gouvernants et leur entourage qui ne peuvent et ne veulent entendre que le langage des laudateurs ; le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument quel que soit son degré d’intelligence, de patriotisme et d’humilité, si on ne s’entoure pas de garde fous inviolables à commencer par soi-même.

Si, tous conviennent que le pouvoir ne doit pas avoir d’état d’âme, il doit par conséquent être fort, juste et ambitieux pour son peuple qui l’a choisi, l’a élu et pour lequel rien ne doit être de trop d’où son obligation de respecter ses engagements programmatiques de campagne électorale au risque de décevoir ses compatriotes et pas seulement ceux qui ont voté pour lui car devenu Président de tous les Mauritaniens auxquels il devient redevable et doit rendre des comptes tout au long de son mandat.

Les Mauritaniens dans leur ensemble ont élu un Président en lui donnant toutes les prérogatives dues à son rang par conséquent, seul responsable devant le peuple des fautes et erreurs de son gouvernement dont certains membres ont été choisis suite à un mauvais casting dû plus à des considérations de politiques politiciennes qu’aux critères de compétence et de bonne gouvernance.

On a comme l’impression que ceux qui nous gouvernent ne vivent pas les mêmes réalités que la grande majorité des Mauritaniens ; sont-ils conscients de l’existence de tous ces enfants sans aucune éducation et abandonnés à eux-mêmes mais conscients qu’ils ne peuvent s’auto-émanciper que par le travail, je ne parle point des petits mendiants sans encadrement apparent que l’on considère comme venant des pays voisins à la recherche de savoir alors qu’il s’agit plutôt de pitance.

Je suis toujours ému et sans voix devant ces enfants animés par le souci d’aider leurs familles et, n’ayant comme seule solution que de conduire des charrettes tractées par des ânes pour collecter des ordures domestiques en attendant l’âge adulte pour passer au stade de « bouchers » au Marhbat de Kebet-Mendes ou pour conduire des « touk-touk », outils de travail que le gouvernement de l’ancienne décennie avait trouvé pour les occuper et les spécialiser dans le transport de marchandises, ordures et autres, avec comme aboutissement la palme de devenir plus tard un taxi-driver sans formation ni coaching malgré tous les risques inhérents à ce travail aggravé par la qualité des outils de production, telle est la vision que l’on pourrait avoir de notre politique en faveur d’une certaine jeunesse.

Pendant ce temps et malgré leur vision prospective, l’école publique et privée à quelque niveau que ce soit ne joue plus son rôle, ce qui se manifeste par la non accessibilité de certains enfants à une éducation de base, situation accentuée par le niveau de déperdition scolaire due au manque d’infrastructure et de moyens humains pour un bon encadrement de notre jeunesse alors qu’une toute minorité bénéficie et dispose de tous les moyens pour réussir et s’épanouir socialement.

Le vivre ensemble commence dès le bas âge et l’école républicaine y a un grand rôle à y jouer, notre génération qui a connu l’internat et les compétitions sportives interscolaires a vécu pleinement le vivre ensemble c’est pourquoi une nouvelle école républicaine et démocratique doit être repensée et mise en place en y réintégrant les cours d’instruction civique et morale, le sport pour tous ainsi que les internats de manière à faciliter l’intégration,  la tolérance, la connaissance et l’acceptation de l’autre

Bien loin le temps où les élèves et étudiants mauritaniens étaient les meilleurs dans les universités africaines et françaises surtout dans les séries scientifiques ; notre pays dispose encore de ressources humaines de qualité dont les compétences ne sont pas exploitées à bon escient et, il en est de même pour nos ressources naturelles et pour preuve la production aurifère traditionnelle rapporte plus que les industries extractives du même secteur.  

Par ailleurs, si l’on se réjouit que dans notre pays la préférence nationale est une donnée constante car l’Etat apporte son soutien au secteur privé par des avantages fiscaux importants et surtout en matière d’adjudication des marchés publics aux opérateurs économiques nationaux souvent inexpérimentés ayant toujours recours à un partenariat avec des compagnies étrangères, cette situation n’étant pas toujours à l’avantage du pays.

En effet, un problème réside au niveau de l’exécution des travaux dans les délais contractuels sans aucune incidence pour l’adjudicataire ainsi qu’au niveau de l’employabilité des jeunes pour des emplois sécurisés et un transfert éventuel de technologie ; En effet les contrats n’intègrent pas la prise en compte d’une quote-part pour la main d’œuvre locale spécialement pour les marchés d’infrastructure, grands pourvoyeurs d’emplois où la présence de la main d’œuvre locale est presque inexistante

Tous les secteurs d’activité sont affectés par la crise et il en sera encore et encore de même tant que le lobby politico-financier continuera à faire main basse sur le pays et rien ne changera par rapport au chômage des diplômés de l’enseignement supérieur pourtant des schémas simples pour leur insertion dans les circuits économiques ont été proposés mais toute idée venant hors de leur cercle restreint n’a aucune chance de prospérer au niveau des autorités compétentes.

Le secteur de la pêche est en déliquescence, certains armements étrangers violent de façon flagrante les accords de pêche en exerçant une pression continue sur les quotas qui leur sont alloués sur le stock permissible et ne respectent pas les dispositions contractuelles fixant leurs conditions de débarquement des produits et surtout leur programme d’investissement tant pour les infrastructures que pour le recrutement et la formation de la main d’œuvre locale.

De plus l’installation des usines de farine de poissons à Nouadhibou et à Nouakchott pour l’exportation comme composante de l’aliment de bétail , en plus des dégâts qu’elles provoquent sur la ressource, constituent une agression sur notre environnement par la pollution qui s’en dégage mais surtout, cette nouvelle activité prive une bonne partie de la population de produits halieutiques, les pélagiques source de protéines étant la base de leur alimentation sont devenus rares sinon hors de portée de leurs bourses du fait de la concurrence que leur font les usines aux pouvoirs d’achat plus importants.

La Mauritanie avait vu juste très tôt et c’est ce qui explique malgré quelques secousses, la solidité et l’indépendance de son institut d’émission qu’est la Banque Centrale de Mauritanie par rapport à ses premiers partenaires de la communauté de la zone franc, issue de la coopération avec la France.

Notre pays sous l’impulsion de la BCM a pu tirer tout l’intérêt à disposer d’une monnaie nationale de manière à promouvoir dans le respect des agrégats économiques, sans trop de contraintes en toute liberté, ses activités économiques par la création d’hommes d’affaires nationaux avec le soutien financier de l’Etat grâce à une politique de discrimination positive qui fut l’une des clefs de la réussite de l’Ouguiya à sa création en privilégiant la promotion d’hommes d’affaires nationaux prenant la relève

Je reste convaincu qu’une bonne gouvernance de notre secteur financier (Banques et Assurances) ainsi que dans bien d’autres secteurs pourraient contribuer à résorber progressivement une bonne partie des diplômés chômeurs de l’enseignement supérieur en intégrant certains dans leurs effectifs et en assistant d’autres dans des projets comme l’artisanat, le commerce,  l’agriculture ou la pisciculture en milieu rural pour combler au déficit en protéines des populations sevrées de poissons car les faveurs offertes par le gouvernement ne leur parviennent pas.

Des efforts doivent être entrepris pour un meilleur encadrement de ces jeunes chômeurs afin de leur éviter de tomber dans la violence ou le radicalisme en les orientant dans l’élevage, l’agriculture et la distribution de poissons à l’intérieur du pays par la dotation de chaines de froid à l’énergie solaire et de camions frigorifiques pour le transport et, prévoir et encourager la création de guichets jeunes dans toutes les banques pour contribuer à cet élan de solidarité nationale non bénévole en introduisant de manière délibérée une dose de discrimination positive et de parité pour satisfaire toutes les composantes de notre communauté nationale.  

Je regrette que pour des considérations partisanes et de politique politicienne nous perdions progressivement par les choix de nos gouvernants les divers acquis cumulés au cours de plusieurs années de rigueur dans l’application et le respect des objectifs des plans de développement.

Un nouveau Gouvernement vient d’être nommé suite à la reconduction de l’ancien Premier Ministre ? Une évolution positive ?

La nomination du nouveau gouvernement nous a tenu en haleine depuis quelques mois car, de l’avis de Bilal mon fournisseur de charbon, la montagne n’a accouché que d’une souris ; pour la plupart de nos compatriotes, ce fut un non- événement, tout le monde a été déçu par ce changement que nous pensions porteur d’espoir pour relancer la machine et nous mettre au travail ;

De plus, les observateurs avisés sont convaincus que les ministres sortants seront très vite recyclés à d’autres responsabilités malgré leur limogeage pour non atteinte des objectifs de leurs contrats de performance pour la plupart d’entre eux ; il ne s’agit que d’un jeu de chaises musicales, les mêmes, remplaçants les mêmes comme dans l’histoire de Bouki l’hyène car leur vivier de cadres est restreint.

Dans notre conscience populaire, un militaire fut-il de descendance maraboutique est un homme tranchant, rigoureux et intransigeant sur les principes ainsi que sur le respect strict des consignes et de la hiérarchie. Aussi nous est-il difficile de comprendre ce que certains appellent des hésitations par rapport à des décisions qui auraient dues être prises depuis très longtemps dès lors qu’il a été constaté çà et là des incompétences, lenteurs ou anomalies dans la gestion de la chose publique.

Les régimes dits démocratiques privilégient en règle générale la Patrie par rapport au parti et comme qui trop étreint mal embrasse, rendons à Samba ce qui lui appartient et ainsi les bœufs seront bien gardés et on évitera au sommet de l’Etat les frustrations et conflits de compétence même si les fiches de poste sont clairement définies et les fusibles servant à protéger l’essentiel doivent sauter à chaque fois que de nécessaire.

Quelle lecture faites-vous de la présente situation du pays ? 

Nul ne comprend ce qui se passe et, comme la plupart de ses interlocuteurs, le Président après avoir lui-même dénoncé et fustigé les pratiques de certains membres du gouvernement, a reconduit presque la même équipe héritée de son prédécesseur qui en avait recyclé d’autres, les espoirs sont déçus car le régime semble vouloir promouvoir l’inertie et l’incompétence en voulant une chose mais œuvrant pour son contraire

Par ailleurs, comment expliquer qu’au forum des opérateurs organisé tout récemment sous le patronage du Président, parmi les investisseurs potentiels ayant intervenu pour présenter leurs projets, on ne compte aucune femme ni un seul harratine ou negro-mauritanien. Ce qui confirme que son cabinet et le protocole inclus ne joue pas leur rôle de support pour le Président et il n’est pas exclu que les déclarations d’intention d’investissement faites devant le Président ne soient que de la poudre aux yeux lancée comme un simple effet d’annonce qui ne sera suivi d’aucun effet. L’avenir nous édifiera.  

Je pense que la Mauritanie ne mérite pas d’être présentée à la face du monde et devant le Président de la République comme étant une société monocolore où seule une classe sociale peut investir et où également la gent féminine n’a pas voie à la vie des affaires ainsi qu’à l’investissement privé à moins que de façon officielle, il en soit ainsi, en tout état de cause, la pondération du Président ainsi que son expérience d’homme d’Etat devraient le faire douter de la pertinence et de l’impact de telles initiatives de grand théâtre, il est à mi-mandat et la prise en main de la situation s’impose plus que jamais.

De plus doit-on continuer à tolérer dans ce pays que les tenants actuels du système bancaire et financier soient les seuls porteurs de projets qu’ils financent avec les ressources de leurs banques ou grâce aux lignes de crédits mis à leur disposition par les institutions financières internationales pour le financement de l’économie mauritanienne alors que même le jeune diplômé chômeur ou la petite dame n’arrive pas à bénéficier de leur concours pour démarrer une activité ou accroître son petit commerce de proximité  destiné à satisfaire les besoins du voisinage aux moyens financiers limités.

S’agissant de certains projets, il y’a lieu de rappeler que des hommes d’affaires des plus avertis et disposant de moyens financiers importants, avaient initié un projet pour la culture du blé dans la vallée mais les résultats des études de faisabilité n’étaient pas favorables quant à la rentabilité économique du projet qui finalement a connu une autre orientation ; en conséquence, il faut que nous sachions nous inspirer des expériences des autres sans verser dans la précipitation même si la conjoncture actuelle se prête à la réalisations de pareils projets et, à moins de vouloir céder des terres à l’agro-business plus intéressé par les dividendes tirés des exportations , n’est pas agriculteur qui veut.

Par ailleurs, depuis la crise internationale due à la pandémie liée à la COVID19 et suite aux premières conséquences de la guerre Russie / Ukraine, il est partout question de booster les productions agricoles pour atteindre l’autosuffisance alimentaire mais, pour cela il faut que les terres de culture soient mises en valeur par les exploitants agricoles locaux avec les crédits directs nécessaires et instaurer une préférence citoyenne pour protéger la production locale par rapport aux produits importés de moindre qualité en provenance de pays où l’agriculture bénéficie de financement et de soutien gouvernemental et, ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons développer notre agriculture face à la concurrence sous régionale et internationale.

L’autre lecture que je fais de cette situation caractérisée par l’entrée de l’exécutif du parti UPR dans le nouveau gouvernement sonne comme un désaveu par rapport à la gestion et à l’animation du parti : ce qui pourrait expliquer les retards enregistrés dans la tenue des journées de concertation ou de dialogue avec l’opposition sur lesquelles de grands espoirs étaient fondés pour arriver à des consensus forts sur les divers problèmes notamment le vivre- ensemble de toutes les communautés dans un état de droit garantissant les droits et obligations de tous les citoyens quel que soit leur origine ou statut .

La nouvelle direction que le parti Union Pour la République UPR se donnera pourra peut -être mieux incarner l’idéologie, les orientations, pratiques et animations que le Président voudrait faire imprimer à son parti, d’où la nécessité de sang neuf pour mieux les incarner. Cependant je ne crois pas qu’au vu des résultats enregistrés le phénomène d’entrisme des barons de son parti dans l’attelage du nouveau gouvernement puisse donner un bon coup de fouet à l’action du gouvernement ; nous avons surtout besoin de jeunes cadres compétents et décompléxés pour la mise en œuvre de la vision du Président et pouvant débattre non seulement avec l’opposition mais avec les bailleurs de fonds sur les divers enjeux auxquels notre pays est exposé.

Il faut que tout un chacun, pour des questions de stabilité quelles que soient ses convictions politiques, œuvre pour la réussite de la mission assigné au Président, un officier général, digne, responsable et respecté, classé parmi les quatre personnalités les plus influentes en Afrique et sollicité par ses pairs en matière de sécurité et de stratégie de lutte contre le terrorisme et qui a maintenu la paix sociale dans le pays malgré les problèmes intérieurs et à nos frontières ; il a marqué en toute responsabilité et indépendance sa solidarité et le soutien du gouvernement et du peuple mauritanien au peuple et au gouvernement de la république sœur du Mali dans l’épreuve, accueilli et encadré les réfugiés, la veuve et l’orphelin sur notre sol comme nous l’enseigne notre sainte religion l’Islam.

Une conférence nationale est en préparation, qu’en attendez-vous ?

J’avoue que je n’y crois pas beaucoup car combien en avons-nous enregistré et combien ont échoué avant même de commencer ? Qui en étaient les principaux animateurs sinon ceux qui sont là aujourd’hui et, d’où tiraient -ils leur légitimité pour discuter des problèmes nationaux et quels étaient les divers thèmes abordés et quels sont les thèmes qui seront discutés à nouveau lors des prochaines probables assises et à quelles fins, sinon des résolutions finales qui seront classées sans suite comme ce qui s’est passé dans la plupart des états africains dont nous ne pouvons pas prétendre être plus pertinents et déterminés surtout que l’application des recommandations dépendra de la seule volonté du Président de la République que rien n’obligera à les mettre en application.

Un Président a été élu et sera jugé sur les performances et les résultats enregistrés par son gouvernement, que l’opposition radicale ou parlementaire prépare son projet de gouvernement en s’opposant de manière démocratique et à terme échu, les mauritaniens seront consultés et sollicités pour leurs suffrages et ils accorderont leur confiance à celui qui saura le mieux les convaincre par un programme cohérent qui permettra d’améliorer leur quotidien. En attendant, laissons la présente majorité gouverner au lieu de passer son temps à des débats de politique politicienne.

En procédant ainsi, on évitera au pays des dépenses inutiles et des réunions aux issues aléatoires, le pays a besoin que tous se mettent au travail pour répondre de manière responsable, solidaire et patriotique aux préoccupations urgentes des populations face aux crises de la pandémie de la COVID 19 aggravée par les conséquences prévisibles sur nos économies de la guerre Russie/ Ukraine, alors que les dépenses certes nécessaires pour couvrir les journées de concertation pourraient être affectées à soulager les populations déshéritées, prisonniers de la politique et des politiciens.  

Le Président Mohamed Abdel Aziz est en liberté conditionnelle surveillée. Quel  sentiment cela vous inspire-t-il ?

Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre, le dossier est toujours entre les mains de la justice et le temps de la justice n’est pas le même que le nôtre donc laissons-la faire son travail en toute quiétude d’autant que la séparation des pouvoirs est bien actée dans ce pays, aussi, arrêtons de nous faire peur les uns les autres et mettons-nous tous au travail pour le bonheur de notre peuple.

Les informations dont nous disposons à propos de ce dossier révèlent que suivant un rapport d’une Commission d’enquête parlementaire, il a été décelé des prédateurs économiques disposant d’importantes ressources financières et foncières que ne justifient ni leurs revenus salariaux ni des héritages familiaux et encore moins des activités commerciales d’où une suspicion d’enrichissement illicite, les dossiers sont entre les mains de la justice qui a diligenté des enquêtes    

Cette justice souveraine rendue au nom du peuple vient d’alléger les mesures restrictives de liberté qui frappaient précédemment les anciens collaborateurs du Président Aziz, mis en examen dans la même procédure et le dossier suit son cours normal et nous en espérons un dénouement rapide et heureux pour tous, afin que le pays puisse se consacrer à autre chose sachant par ailleurs que, le Président élu, dans l’exercice de ses fonctions dispose de prérogatives que lui confère notre loi fondamentale.

A ce propos, il est regrettable qu’un homme d’Etat se laisse aller à tenir des propos que la raison, la morale et la religion réprouvent et condamnent d’autant que l’ostentation est bannie au profit de l’humilité et de la discrétion.,

Nos compatriotes qui ont travaillé dur pour bâtir leur fortune n’acceptent pas qu’on les traite de riches et il ne leur viendrait pas l’idée de clamer à tout vent leur richesse non amassée en une seule décennie mais, nous sommes dans une époque de bling-bling et de bluff et, plus on en montre plus on trouve des laudateurs sans foi, prêts à vous soutenir en espérant des retombées en leur faveur ; ceci pouvant expliquer cela.

Dans ce pays où beaucoup de nos compatriotes sont encore mal logés, ne mangent pas à leur faim et n’ont pas accès aux soins de santé primaire et, où tout est à faire, ces ressources dont l’accumulation n’est qu’éphémère sur terre auraient pu être utilisées pour construire des écoles, mahadras, dispensaires et hôpitaux et contribuer à une meilleure répartition de nos richesses.  

En tout état de cause, notre pays a besoin de paix et de stabilité et des solutions peuvent être trouvées à tout problème si les parties sont animées de bonne foi et mettent leur sens du devoir et leur patriotisme au-dessus de leurs intérêts personnels et de ceux de leurs clans.

C’est à ce prix seulement qu’il fera de nouveau bon de vivre dans ce pays dans la paix et la concorde, condition sine qua non pour un climat propice à assurer notre développement économique et social dans une commune et sincère volonté de vivre ensemble de toutes les communautés qui en compose la nation pour qu’Allah swt dans sa grande miséricorde nous épargne de la malédiction de l’apparition du gaz et du pétrole qui au lieu de promouvoir le développement économique et social  a détruit bien des pays et aiguise bien des appétits internes et externes.      

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