Mohamed Lamine SIDIBE

Par Mohamed Lamine SIDIBE

Dans ses conclusions en date du 16 décembre 2020, la commission européenne a approuvé la mise en place d’un Mécanisme d’Ajustement Carbone à la Frontière (MACF) de l’UE, lequel devrait rentrer graduellement en vigueur dès le début de l’année prochaine. Ces mesures qui répondent aux ambitions climatiques du vieux continent, confine la Guinée et l’Afrique dans leurs rôles traditionnels d’exportateur de matière première vers l’UE.

Les produits ciblés par ce MACF sont essentiellement l’énergie, le ciment, l’engrais, l’acier et l’aluminium. La Guinée, grand pays minier, est particulièrement concernée par cette politique de décarbonation initiée par son premier partenaire économique. Pourtant, le pays couvre 60% des approvisionnements européens en bauxite et envisage de lui fournir davantage en minerai de fer à travers le méga gisement de fer de Simandou.

Toutefois, malgré la volonté ardente des autorités de la transition à prioriser la transformation de la production locale de bauxite en aluminium, l’implémentation du MACF de l’UE semble défavorisée ce processus, dans la mesure où le procédé d’extraction de la terre rouge guinéenne requiert une haute intensité carbone. Quant à l’extraction du gisement de fer de Simandou, les techniques d’exploitation prévues rejoignent celles des autres (production à partir d’énergie fossile). 

Par ailleurs, d’après la commission européenne, la taxation du MACF est fondée sur le contenu énergétique, en introduisant un classement des taux en fonction des performances environnementales respectives, et en limitant les incitations à l’utilisation de combustibles fossiles.

Au niveau africain, d’autres pays semblent encore plus affectés par ces mesures d’ajustement carbone à la frontière. Notamment l’Afrique du Sud, la Mauritanie ou encore le Mozambique qui perdent l’opportunité d’engranger la création de la valeur ajoutée induite par la transformation de leur principal produit d’exportation.

Bref, pour gagner ce pari géostratégique face à l’UE, les pays africains doivent accélérer la mise en place de la ZLECAF, laquelle devrait permettre de densifier les échanges commerciaux intra-africains. Ils doivent également s’accentuer sur la création des chaînes de valeurs communes, tout en imposant des règles d’origine contraignantes afin de booster la transformation locale des matières premières à l’échelle africain.

Par Mohamed Lamine SIDIBE, Fondateur de l’Observatoire Guinéen des Mines et Métaux et Collaborateur au Cabinet d’Avocat ASK.

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