PAR ABOE FRANCK, FONGUE PATRICK ET SIMO LOIC .


La mondialisation connait une accélération, le développement des échanges ou encore le nombre de membre croissant de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en sont la preuve. Toutefois, après avoir contribué à la croissance mondiale et par conséquent à l’amélioration des conditions de vies des populations, le commerce international connait ses dernières années des turbulences. L’on en témoigne le récurrent débat sur les gagnants et les perdants de la mondialisation en occident, les tensions commerciales opposant la Chine et les Etats-Unis , l’enlisement du cycle de développement entre autres. 
L’invasion russe en Ukraine décidée le 24 février 2022 par le sieur Vladimir Poutine ne devrait pas améliorer cet état de fait. Cela en partie à cause des sanctions infligées à la Russie en représailles à son opération « de démilitarisation et de dénazification de l’Ukraine ». D’ailleurs pour s’en convaincre, pour le Fonds Monétaire International (FMI) les sanctions occidentales infligées à la Russie « auront aussi un impact substantiel sur l’économie mondiale ». Quoi qu’il en soit, il est indéniable que cette guerre est un coup dur pour les échanges internationaux et risque de fragmenter davantage les échanges internationaux en différents pôles.

LES ECHANGES INTERNATIONAUX VACILLENT 

Alors que l’économie internationale est encore en réminiscence suite à la pandémie sanitaire relative à la COVID19, le conflit opposant la Russie à l’Ukraine devra ébranler l’économie internationale. Si les conséquences à long terme sont encore difficiles à prédire en raison de l’incertitude relative à cette guerre, à court terme, ce conflit armé affectera les échanges entre les différents pays. A cet effet, l’OMC table sur une croissance des échanges internationaux entre 2,4% et 3 % cette année. Pourtant, en octobre dernier, elle anticipait une croissance de 4,7 %. Soit une amputation de la moitié de la croissance espérée.

Cette chute des échanges internationaux s’explique d’une part par les sanctions imposées à la Russie qui impactent directement les flux internationaux. Et d’autre part par l’augmentation rapide des prix internationaux par rapport aux prix domestiques. Cette augmentation peut conduire à une certaine réaffectation de la consommation des biens manufacturés échangés vers les services.

Au regard de ce qui précède, la croissance du Produit Intérieur Brut mondial pour l’année 2022 en raison de la crise est estimée entre 3,1 % et 3,7 % par l’OMC. L’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) est plus pessimiste, à long terme cette organisation anticipe une chute de 5% de la croissance du PIB mondial. Cette chute du PIB mondial va affecter les conditions de vies des populations.

Même si l’Ukraine et la Russie ne sont pas des poids lourds de l’économie internationale, leurs spécialisations dans la production de certaines matières premières en font de ces derniers des Etats non négligeables. A titre d’illustration, selonl’OMC, les deux pays ont distribué en 2019 environ 25% du blé mondial, 15% de l’orge et 45% du tournesol. A elle seule, la Russie représente 9,4% du commerce mondial des carburants, une part qui s’élève à 20% pour le gaz naturel. Moscou et Kiev sont également des « fournisseurs clés d’intrants dans les chaînes de valeur industrielles », indique l’OMC dans son rapport.

L’Europe sera la région du monde la plus affectée par les conséquences économiques de l’invasion russe, en raison notamment de ses liens économiques et énergétiques étroits avec la Russie, particulièrement concernant les États ayant une frontière avec Moscou ou Kiev. Selon le rapport de l’OMC, 51,5% des exportations globales russes étaient à destination de l’Europe en 2021 et 49,2% pour l’Ukraine. L’Afrique et le Moyen-Orient sont les régions les plus vulnérables selon l’OMC, car elles importent plus de 50% de leurs besoins en céréales d’Ukraine et de Russie. A titre d’exemple, l’Egypte importe près de 90 % de son blé de Russie et d’Ukraine, la Libye importe 43 % de sa consommation totale de blé d’Ukraine et le Kenya importe l’équivalent de 75 % de son blé d’Ukraine et de Russie, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Le découplage du système commercial international

La conséquence la plus radicale de ce conflit sera de contribuer à une désintégration du système commercial international selon l’OMC. A cet effet , en se basant sur l’indice de politique étrangère de l’ONU, Eddy Bekkers et Carlos Goes (2022) montrent qu’au lendemain de ce conflit armé , le système commercial international dont le gouvernail est piloté par l’OMC risque d’être centré sur les deux principales puissances économiques que sont la Chine et les Etats- Unis.

Ainsi, chaque pays va se ranger dans l’un ou l’autre bloc selon ses intérêts géopolitiques. Dans ce cadre, ces deux chercheurs estiment que l’Europe, le Canada, l’Australie ou encore la Corée du Sud pour ne citer que ceux-ci feront partie du bloc occidental dominé par les américains. A contrario la Russie, l’Inde, une partie de l’Afrique du Nord et de l’Asie Orientale feront  partie du bloc oriental sous le joug de la Chine. Le développement des échanges au sein de ses éventuels blocs aura éventuellement des conséquences sur le bien-être mondial.

Les échanges au sein de ces futurs blocs pourraient grimper de 160% selon les auteurs. Toutefois, les auteurs notent qu’entre les blocs, les échanges vont baisser de 98%. Cette baisse des échanges entre les deux blocs sera causée pour les auteurs par une augmentation des droits et par la perte de certains avantages du système commercial multilatéral. Cette fragmentation du commerce international induirait une diminution du bien être pour tous les pays, notent les deux économistes. Toutefois les effets seront asymétriques. Alors que les pertes varieraient entre -1 % et -8 % dans le bloc occidental et dans le bloc oriental celles-ci varieraient entre -8% et -11% avec une perte de revenu réel à l’échelle planétaire projetée par les auteurs à 5%. Ce différentiel s’expliquerait par une perte d’innovation plus poussée dans le bloc oriental que dans le bloc occidental. Cette perte d’innovation va conduire à une réduction de la productivité des pays du bloc oriental. 

Ce mouvement de désintégration du système commerce international semble déjà d’ailleurs en œuvre. En effet, depuis l’invasion de l’Ukraine décidée par le maître du Kremlin; la Russie ne peut plus se prévaloir de la Clause de la Nation la Plus Favorisée dans ses échanges avec les Etats-Unis et l’Union Européenne. A ce titre elle rejoint la liste noire des pays privés de cette clause à coté de Cuba, la Corée du Nord ou encore la Biélorussie. Conscient de cet état, la Russie ne manque pas de rappeler ses intentions d’orienter ses exportations vers l’Asie. Dans cette perspectives, l’inde et la Russie ont signé des accords commerciaux visant à booster leurs échanges. Ainsi le 19 mars dernier, la Russie et l’Inde ont conclu l’achat de 5 000 000 de barils de pétrole à prix cassé. La transaction s’est effectuée en Roupies convertibles en Roubles pour contourner les sanctions occidentales. De son côté, le Parti Communiste chinois «a hâte de travailler avec la Russie pour porter les relations sino-russes à un degré supérieur dans une nouvelle ère». Pour le porte-parole de la Junte militaire birmane, «la Russie a lancé les actions nécessaires pour protéger et renforcer sa souveraineté. En tant que grande puissance, elle assure l’équilibre de forces mondiales qui permet la préservation de la paix». De son côté pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes, l’Europe se tourne davantage vers les Etats-Unis. A cet effet, les Etats-Unis vont s’efforcer à fournir 15 milliards de mètres cubes supplémentaires de Gaz naturel liquéfié à l’Europe cette année.

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