Papa Amadou Sarr présente dans cet entretien le nano-crédit, un puissant instrument d’inclusion financière qui octroie des prêts rapides entre 10 000 et 300 000 Franc CFA aux femmes évoluant dans le secteur informel. Après une première incubation dans le marché aux poissons de Pikine (banlieue de Dakar), les guichets nano-crédits sont aujourd’hui déployés dans l’ensemble du territoire sénégalais. Cet entretien exclusif avec le Délégué Général à l’entrepreneuriat Rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ) est l’occasion d’esquisser un bilan panoramique des activités de l’institution créée il y a 3 ans avec l’objectif d’accompagner les femmes et les jeunes entrepreneurs du Sénégal.


Parlez-nous brièvement de la Délégation Général à l’entrepreneuriat Rapide des Femmes et des jeunes dans l’ensemble de ses activités?

La DER/FJ est une institution lancée en 2017 par le président Macky Sall avec pour objectif principal de promouvoir l’entrepreneuriat auprès des femmes et des jeunes âgés de 18 à 40 ans. L’idée c’est de leur permettre de créer et de développer leurs entreprises et également de structurer les chaînes de valeurs dans l’agriculture, l’artisanat, les services, du transport, l’économie numérique… Le tout en phase avec le Plan Sénégal Emergent (PSE). 

Tout au long de 2020, la DER/FJ a lancé des points Nano crédit. Quel est l’origine de cet instrument financier ?

La Nano-crédit est un nouveau produit financier qui a pour objectif d’accompagner les femmes et les jeunes évoluant dans le secteur informel. L’origine vient du marché central aux poissons de Pikine où le directeur de l’époque nous avait saisis en juin 2020 pour nous faire part des difficultés auxquelles étaient confrontées les femmes transformatrices de produits halieutiques. Il y avait sur place des usuriers qui octroyaient des prêts de 20 0000 francs remboursables à la fin de la journée avec une commission fixe allant de 5000 à 10000 francs CFA. C’était là une contrainte majeure qui empêchait les femmes de travailler comme il se doit et de s’en sortir. Face à la situation, la DER/FJ a mis en place une caisse dotée de 25 millions de FCFA. Cette initiative a permis d’octroyer des prêts à ces femmes allant de 10 000 à 200 000 FCFA.

De fil en aiguille, nous avons pu adapter cet instrument. Aujourd’hui, nous avons un produit entièrement digital. En partenariat avec les opérateurs de monnaie électronique, la DER/FJ arrive en l’espace de 24h, à enrôler les bénéficiaires et à transmet l’ordre de crédit avec un taux de 5 %. Derrière, il y a la possibilité aux organisations professionnelle auxquelles appartiennent les bénéficiaires d’obtenir une ristourne de 1 % pour améliorer les conditions de travail, de formation et de renforcement de leurs structures. A date, nous avons pu aider au moins 64 000 femmes sur l’ensemble du territoire national avec un volume de crédit octroyé de crédit de 4 milliards 600 millions de FCFA. Le taux de remboursement dépasse les 90 %, ce qui montre l’efficacité, l’efficience, la souplesse et l’agilité de ce produit que nous avons développé en interne. 

Quel est l’impact de ce mode de financement en matière d’inclusion financière?

Énorme ! A ce jour nous sommes à quasiment 70 000 femmes à 80 % jeunes incluses financièrement grâce à ce nouveau produit. L’inclusion financière comme voulue par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) va du compte bancaire au porte-monnaie électronique communément appelé wallet. A date, rien que pour l’année 2021, nous sommes à plus 68 000 comptes ouverts pour ces braves dames, sans compter les 100 000 comptes bancaire que la DER/FJ a ouvert ces trois dernières années, pour plus de 75 milliards de financement octroyé sur l’ensemble du territoire national.

Dans l’une de vos tournées dans le cadre des Nano crédit, vous avez évoqué le projet sur les wallet propre à la DER/FJ. Pourriez-vous nous en dire un peu plus?

Nous envisageons effectivement de mettre en place un wallet dénommé «Sama DER» ou encore «e-DER» qui permettra aux femmes et aux jeunes d’avoir accès directement à leur financement sur Google Store ou Apple Store, de manière à permettre aux bénéficiaires d’emprunter, de rembourser, de revoir à la hausse ou à la baisse leur mensualité, leur maturité. Et à terme d’épargner et d’avoir une couverture maladie, grâce au partenariat que nous avons noué avec la Couverture Maladie Universelle (CMU). 


Comment faire pour avoir accès au guichet de la DER/FJ ?

Il faut juste s’enrôler sur notre plateforme www.financement.der.sn, déposer un dossier auprès des opérateurs que nous avons dans les régions et département sous forme de point focal, mais aussi à travers nos bureaux à Dakar et bientôt dans les régions, afin de permettre à tout candidat éligible, c’est-à-dire être une femme ou un jeune âgé de 18 à 40 ans, ayant un projet entrepreneurial ou un business en marche qui a besoin d’un financement allant de 10 000 à 50 000 000 de FCFA pour les crédits individuel ou les GIE, TPE ou PME. Pour les autres financements, il faut que ce soit sous forme de développement de chaîne de valeur.

A date quel bilan peut-on faire de ce que la DER/FJ a réalisé depuis le début de l’année 2021 ?

Sauf erreur de ma part, nous sommes autour de 27 milliards de FCFA décaissés pour l’année 2021. Ces chiffres seront confirmés en début 2022, avec le passage des commissaires aux comptes qui vont venir certifier nos comptes. Nous nous sommes fait le pari depuis le début de certifier nos comptes par des commissaires indépendants. Nous pouvons également dire qu’après 3 ans et bientôt 4 ans, nous avons pu décaisser pas moins de 75 milliards de FCFA au profit de femmes et des jeunes entrepreneurs du Sénégal. C’est inédit dans l’histoire de notre pays. Depuis l’indépendance, jamais un régime autre que celui du président Macky Sall n’a eu à mettre à la disposition des femmes et des jeunes de son pays un tel montant provenant de l’Etat directement ou à travers des partenaires sous forme de prêt rétrocédé ou de subvention. La DER permet aux jeunes et aux femmes et aux couches les plus affectées par le chômage d’obtenir du financement sous forme de prêt, de créer ainsi de l’emploi et de la richesse.

Visite de la DG du FMI à Dakar

Vous avez reçu en fin d’année la visite de la Directrice Général du FMI. Elle a exhorté le continent de s’inspirer du modèle de la DER/FJ. Qu’est-ce que cela symbolise pour vous ?

Effectivement, la DER/FJ a reçu le 11 décembre Kristalina Georgieva, Directrice Générale du Fonds Monétaire International, en marge d’une visite de travail de 48 h au Sénégal. Elle a d’abord été reçue par le président Macky Sall, par le ministère des Finances, du Budget et de l’Economie, ensuite par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Puis, Kristalina Georgieva nous a gratifié d’une visite de 2h45 minutes dans nos locaux afin de discuter de croissance économique, de formalisation de l’économie et de tout ce qui est accompagnement de l’écosystème entrepreneurial avec la DER/FJ. La directrice du FMI a écouté les entrepreneurs, les start-up et les PME que nous finançons. Madame Georgieva a été agréablement surprise par le modèle que nous avons mis en place ces trois dernières années. Elle a également recommandé à ce que ce modèle soit répliqué dans les autres pays du continent et demandé au chef de l’Etat du Sénégal de porter le flambeau entrepreneurial lors de sa prise de fonction à la tête de l’Union Africaine en janvier 2022. La DER/FJ mettra tout en œuvre pour partager son expérience avec les pays frères.

Personnellement quel est votre sentiment face à cette appréciation de madame Georgieva ?

Un sentiment de fierté. Cela n’a pas été facile au cours de ces trois dernières années pour moi-même et aussi pour l’équipe avec laquelle je travaille. Nous sommes 160 personnes, jeunes et femmes, âgés de 24 à 50 ans. Derrière le sigle DER/FJ, il y a beaucoup de jeunes talents, des ingénieurs, des banquiers, des économistes, des évaluateurs, des statisticiens qui travaillent d’arrache pieds pour accompagner les femmes et les jeunes entrepreneurs du Sénégal. C’est ce travail qui a payé, qui nous a valu la visite de cette voix autorisée au niveau international, qui a certifié et approuvé le modèle, le recommandant à l’échelle continentale. On ne peut qu’en être satisfait ! Mais cela ne doit pas nous faire dormir sur nos lauriers. Bien contraire, cette appréciation nous met en avant, nous alerte et nous pousse à être plus regardants et plus exigeants afin d’offrir les meilleurs services aux jeunes, aux femmes et à la postérité. 

Quelles sont les perspectives de la DER/FJ ?

Nous avons effectivement fait beaucoup de chiffres. Quand je regarde le compteur de ma voiture, je suis à plus de 140 000 km cumulés au cours de ces trois dernières années. C’est pour vous dire que nous avons fait le tour du pays 4 à 5 fois. Ce n’est pas pas que des chiffres, mais aussi des vies changées. Des femmes et des jeunes qui n’avaient pas accès au crédit bancaire, n’étaient ps inclus financière, sont aujourd’hui formalisés. Au-delà du financement, c’est l’accompagnement et l’encadrement qui compte. Ce sont plus de 5000 entrepreneurs formés, formalisés, qui ont accès au registre de commerce, au NINEA et, également, à d’autres types de formations afin d’élargir l’assiette fiscale de notre pays. C’est aussi des dizaines de milliers d’emplois créés directement ou indirectement. Pour pérenniser ce travail, la DER/FJ entame un processus de transformation qui nous permet de mettre en place des garde-fous, des procédures allégées digitalisées, avec un système bancaire déjà fonctionnel, un système d’audit de conformité, une maîtrise de risque de qualité, pour mieux faire, pour nous et ceux qui viendront après nous. 

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