Face à la congestion de la capitale, le gouvernement a lancé une série de travaux d’aménagement urbain. Parmi eux, la construction d’un téléphérique qui permettra la fluidification de la circulation. Pourtant une curieuse polémique enfle depuis quelques jours. Elle remet notamment en cause le tracé de l’infrastructure : celui-ci mettrait en danger une colline sacrée d’Antananarivo. Une affirmation qui apparait abusive voire erronée. Décryptage.

Antananarivo connaît l’une des plus fortes croissance urbaine du continent africain (4e). Il en résulte une urbanisation mal maîtrisée et parfois sauvage. Le rôle de l’Etat consiste alors à en reprendre le contrôle à court terme ; tout en anticipant sa croissance à moyen voire long terme.

La construction d’un téléphérique par câble (TPC) répond à ce besoin. Car l’optimisation urbaine passe nécessairement par la montée en puissance des transports en commun. Or Antanarivo souffre d’une congestion record de ses axes de circulation. Ce qui nuit au mode de vie de ses habitants.

Infrastructure d’ampleur, le TPC est un marqueur de modernité pour une grande agglomération. Il permettra à Tana de rejoindre le club très fermé des capitales africaines qui en sont dotées : Alger, Le Cap, Lagos, ou encore Mombasa

Le projet date de 2019. Il a fait préalablement l’objet d’études techniques afin d’être mis en conformité avec les normes internationales. Le futur TPC de Tana consiste en deux lignes devant relier Anosy et Ambatobe et Antsy à Ambanidia. Elles desservent chacune huit stations via 274 cabines (10 à 12 personnes). Ce qui représente un trafic d’environ 40 000 personnes par jour. Il devrait être opérationnel en 2023.

L’Etat Malgache a contractuellement confié la construction, en 2021, à deux entreprises françaises leader mondiales du transport par câble et des gros travaux (Poma et Colas).

Polémique minoritaire

Le projet ne rencontre que peu d’oppositions sur le fond. Cependant il suscite naturellement certaines critiques. Un phénomène assez banal sur ce type de projet : en témoigne le TER de Dakar ou le TPC en Tanzanie.

Néanmoins, le risque d’instrumentalisation politique de ce débat citoyen est important. En effet, certains opposants semblent avoir fait l’impasse des consultations publiques et séances d’information. Des registres ont aussi été mis en place dans les quartiers traversés par le futur TPC. Chacun est donc libre d’y donner son avis. Il en ressort d’ailleurs, majoritairement, une approbation des riverains, malgré certaines inquiétudes.

Colline sacrée

Le passage du TPC par la colline sacrée d’Andohalo est vécue par certains comme une profanation architecturale et religieuse. La construction de pylônes et d’une station irait contre l’identité du lieu, voire menacerait certains édifices.

Il s’agit cependant d’une crainte infondée. Selon le secrétaire d’État en charge des Nouvelles villes et de l’Habitat, Gérard Andriamanohisoa, contacté par notre rédaction : « le projet ne remet aucunement en question la caractéristique sacrée de la colline ». Le tracé aurait même été optimisé et modifié suite aux réserves émises précédemment par l’Eglise. Cette dernière s’inquiétait du passage du TPC à proximité de la Cathédrale d’Andohalo et du séminaire de Faliaviro. Aucune destruction de monuments n’est donc prévue.

Retombées économiques

Le TPC, mode de transport le moins polluant, est aussi la meilleure option pour éviter des expropriations et faire baisser les coûts. La construction de routes aurait signifié la démolition de 2000 maisons… et un coût supplémentaire de 720 milliard d’Ar. Ce projet permet donc de limiter la pression sur le contribuable.

Une fois mis en service, le TPC facilitera la décongestion du trafic urbain, véritable poids pour l’économie de la capitale. On estime en effet à 1000 milliards d’Ar les pertes liées aux embouteillages. Sans compter les 600 emplois créés dans le cadre de la gestion et de la maintenance des infrastructures ou encore la dynamisation du tourisme.

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