La phrase, forcément sortie de son contexte, fait le bonheur des réseaux sociaux. «Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout, c’est ça la stratégie », a lancé Emmanuel Macron, le 4 janvier 2022, dans un échange en direct avec les lecteurs du quotidien «Le Parisien».

Il n’en fallait pas plus pour que le locataire de l’Elysée ne reçoive des envolées de bois vert de l’extrême droite décomplexée incarnée par Marine Le Pen et Eric Zemmour au wokisme melenchonniste en roue libre. 

Au passage, ce contre-feu macaroniste fait oublier le record des 300 000 contaminés par jour au Covid-19 enregistrés lundi dans l’Hexagone et les échecs répétitifs d’un gouvernement dans sa croisade contre le variant Omicron. 

Alors que face au tollé, l’assemblée française a interrompu ses  travaux sur le passage du pass sanitaire au passage vaccinal, le président, clé de voûte des institutions, retranché dans son palais, a de son côté tout le temps, entre deux cafés, de se rétracter, de préciser ou de s’excuser. 

Tout compte fait, Emmanuel Macron peut inscrire son dérapage dans une tradition bien établie de la cinquième république. 

Alors ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy promettait en 2005 de nettoyer au Karcher la Cité des 4000 à La Courneuve. Cette polémique des cités sera suivie du « casses-toi pov’ con » du même Nicolas Sarkozy puis des  « sans dents » de François Hollande. 

C’est clair, avec  Macron, l’usage de la communication politique directe laissera aussi des traces. L’on se rappelle de son refrain sur «les  femmes qui ont 7 ou 8 enfants en Afrique» comme le ferment d’un style de prise de parole en public basé sur le buzz et le clic. Qui oubliera cette séance  de Ouagadougou face à un impassible président Kaboré immobile comme une statuette Senoufo pendant que son hôte donnait le la à des étudiants survoltés ?  «Il est parti réparer la climatisation ! », dira le président français à l’adresse du chef d’Etat burkinabé qui s’était momentanément éclipsé devant les caméras sans que son protocole ou ses communicants n’interviennent. 

Si chez Nicolas Sarkozy, il transpire  une certaine constance idéologique dans le propos, chez Macron c’est plutôt l’envie de frapper les esprits qui transcende du discours. François Mitterrand était un socialiste qui incarnait sa vision dans ses faits et gestes. Son lointain successeur est plutôt un homme mondialisé sans idéologie autre que l’efficacité et la recherche permanente de l’impact médiatique. 

Problème, ce langage terre-à-terre, fragmenté, bourré de mots clés, qu’il affectionne tant et qui est sensé toucher ou « impacter » le maximum de personnes, dépeint, à tort peut être, un seigneur  plutôt méprisant de ses sujets et à qui il ne resterait plus, à quelques mois des périlleuses élections présidentielles, que la fameuse expression prêtée à Marie Antoinette,  «qu’ils mangent de la brioche ! », pour finir de décrire un roi en déphasage avec son peuple.

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