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Rencontre avec Aliou Wade, président du Parti Socialiste de Delémont (Jura – Suisse)

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Mauritano-Suisse, Aliou Wade, 46 ans, marié et père d’un enfant, est le nouveau président du Parti Socialiste de Delémont (PSD) dans le canton du Jura en Suisse. Rencontre. 

Aliou n’a pas choisi la politique. Il y est tombé presque naturellement depuis que tout enfant, dans son quartier de la Médina R de Nouakchott, il suivait dans la demeure paternelle le défilé incessant des parents, voyageurs venus des différents recoins avec les nouvelles de l’arrière pays. “Mon père nous a inculqué le sens de l’hospitalité et le devoir de clan” déclare celui qui se définit comme citoyen du monde.

Arrivé sur le territoire helvétique il y a tout juste 7 ans,  Aliou Wade est frappé par le degré d’ouverture des gens et leur capacité à “accepter et célébrer” les différences. Fin observateur des mouvements du monde contemporain,  le sociologue et philosophe estime que la richesse de la Suisse se trouve dans l’équilibre harmonieux entre ses différentes communautés culturelles et linguistiques.

S’il passe la majorité du temps à la Fondation Les Castors accompagnant des personnes en situation de handicap en tant qu’éducateur social récemment diplômé d’une Ecole supérieure suisse, Aliou Wade est surtout un socialiste engagé, un militant politique, membre du Parti socialiste jurassien.  “Le Jura est un canton Romand, le plus jeune canton suisse, à majorité rurale , avec beaucoup d’agriculture et d’horlogerie”, explique Aliou Wade qui établit un parallèle entre ce pays de labeur et son Fouta Toro des origines. “Sauf qu’ici, il pleut plus et il neige beaucoup”.

Engagé en politique dès ses 20 ans, au sein d’un parti politique mauritanien militant pour la prise en compte de la diversité, Aliou Wade a vite trouvé son chemin sur le vieux continent. “Une fois en Suisse, en août 2014, j’ai opté pour le Parti socialiste jurassien car je suis profondément de gauche. J’ai participé à une conférence débat et je suis revenu inscrit dans le fichier de la section du Parti socialiste de Delémont, la capitale du canton du Jura”.

La suite coule de source. “Je suis devenu un membre assidu. J’ai intégré le comité, participant aux activités du parti au niveau local, au niveau du canton et au niveau fédéral”, raconte-t-il en insistant sur le caractère confédéral de son pays d’accueil. “Ici chaque canton a son drapeau, son hymne cantonal, son architecture”. Tout le contraire de la centralisation du pouvoir de type jacobin.

Fait curieux pour un africain comme Aliou Wade qui, avant de s’installer en Europe, a vu plusieurs pays s’entredéchirer pour une langue, en Suisse il y a quatre langues nationales officielles. «Ces quatre langues sont réparties dans les différentes régions du pays.»

La confédération est dirigée par deux chambres, le Conseil national et le Conseil des Etats, avec des élections au niveau cantonal. Les deux chambres sont chapeautées par le conseil fédéral qui est le gouvernement de toute la Suisse avec une présidence de la confédération tournante d’une année. “Chaque année, il y a un président. En Suisse, ce sont les citoyens qui décident car c’est le système de la démocratie directe”.

La comparaison entre ce modèle suisse et certains systèmes politiques en cours sur le continent est inévitable. “Je prendrai l’exemple de la Mauritanie. Le premier président mauritanien, Moktar Ould Daddah disait dans son premier discours qu’il voulait faire de la Mauritanie la Suisse de l’Afrique”. Hélas, admet Aliou Wade, “l’on en est encore loin mais je demeure persuadé dans le cas de la Mauritanie que des nombreuses crises politiques et institutionnelles, l’on doit tirer des leçons pour un avenir inclusif”

Et le politicien de nous inviter à analyser de près l’esprit de la confédération helvétique: “s’inspirer de nos différences pour construire un avenir ensemble. Il faut une justice sociale.  C’est le noeud gordien du pacte de la confédération”.

Élu depuis juin 2021 président de la section du PSJ à Delémont, Aliou voit dans cette promotion la preuve de l’ouverture de son pays d’adoption. “En juin, suite à la démission du président du PSD, je me suis présenté et j’ai été élu par l’assemblée. Nos camarades ont récompensé le militant actif que je crois être. Je suis aussi actif au delà de la politique dans la culture, l’organisation de festivals et de débats, dans l’associatif”.

Le choix d’un africain comme président de parti dans le contexte de la montée de la xénophobie sur le vieux continent n’a rien d’exceptionnel dans le Jura. “La Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne. La culture de la Suisse est plus ouverte à la diversité de par son histoire et sa diversité. Les africains, les asiatiques et autres n’ont aucun problème d’intégration dans ce pays”. Pour Aliou Wade, l’ambition à long terme c’est de jeter des passerelles entre la Suisse et l’Afrique. A court terme, il s’agit d’organiser les élections municipales de l’année prochaine.

Albert Savana
Journaliste depuis 20 ans dans la presse économique africaine  et auteur de plusieurs enquêtes et reportages. A couvert plusieurs sommets de l’Union Africaine, de la Commission économique africaine et de la Banque Africaine de Développement.

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