Pétrole et corruption : quand JP Morgan “régalait” un ministre nigérian

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Dante Etete, son argent, son château, son jet privé et, par dessus tout, sa liberté hypothéqués.

23 ans après son attribution, l’un des plus importants blocs pétroliers africains, avec 9 milliards de barils de réserves, n’a toujours pas démarré, paralysé par les pots-de-vin.

JP Morgan Chase & Co est attrait devant les tribunaux londoniens par l’Etat du Nigeria qui l’accuse d’avoir ignoré les injonctions de son propre département »Conformité » en opérant trois transferts d’argent au profit d’une personnalité politique. Les faits remontent entre 2011 et 2013 quand la banque américaine a crédité un compte de la société Malabu Oil and Gas Ltd appartenant à Chief Dauzia Loya Etete alias Dan Etete, ancien ministre nigérian du pétrole de 1995 à 1998, pour un total de 875 millions de dollars en trois transferts.

Malabu s’était attribué les droits d’exploitation en 1998 pour 2 millions de dollars. Le permis acquis dans les dernières semaines de la présidence du Général Sani Abacha est remis en cause en 2006 par le président Olusegun Obasanjo au profit de Shell puis de nouveau redonné en 2011 par Goodluck Jonathan soupçonné d’ailleurs d’accointances avec Dan Etete, le principal bénéficiaire, originaire comme lui du Delta du Niger. Le bloc acquis à 2 millions de dollars treize ans plutôt est récupéré par l’Etat Nigérian qui le revend pour 1, 3 milliard de dollars à Shell et ENI. Parallèlement, un transfert de 875 millions de dollars est opéré pour le compte de l’obscur Malabu dont le principal actionnaire est le ministre. À la veille du transfert de la dernière partie, le département « Compliance » de la banque avait émis un avis défavorable, qui n’aura pas empêché la transaction. L’agence britannique SOCA qui traque le crime, bien qu’alertée, organisé n’a pas empêché les transferts. (Voir ce document présenté par la compagnie ENI, impliquée dans le dossier, devant les juridictions italiennes). Tout au contraire de la banque Suisse Lugano et de la banque libano-égyptienne Bank Misr Liban, qui rejetteront lesdits transferts.

Le bloc OPL -245 se toutes les corruptions

L’ancien ministre nigérian, aujourd’hui accusé de blanchiment d’argent et le gouvernement d’alors, avaient signé un contrat d’exploration au large du Golfe de Guinée sur le bloc OPL-245, fort de 9 milliards de barils, soit l’un des plus prolifiques d’Afrique. Ce contrat revenu par la suite au néerlandais Shell et à l’italien ENI est qualifié de “contrat de corruption» par l’actuel gouvernement de Muhammadu Buhari, au pouvoir depuis 2015. Pour sa part, la banque américaine se défend de toute mauvaise conduite. Abuja réclamerait selon des sources consultées par Financial Afrik, une compensation allant au delà du milliard de dollars, ce qui, dans le cas d’espèce, constituerait une quasi-jurisprudence en matière de gouvernance des ressources minières et pétrolières, les officines de lutte contre la corruption, à l’instance de Transparency International, se focalisant en général sur les gouvernements et très peu sur les compagnies pétrolières. Ces dernières sont pourtant déclarées responsables de plus de 2/3 des 60 milliards de dollars de transferts illicites qui quittent chaque année l’Afrique selon le rapport Tabo Mbeki.

Le ministre Dan Étêté, 76 ans, est sous le coup d’une condamnation par la Cour d’appel en mars 2009, en France, pour blanchiment d’argent, ce qui l’a dépouillé d’un château de luxe et de quelques biens immobiliers dans ce pays où il séjournait fréquemment en provenance de Dubaï. En outre, le ministre et chef coutumier, est au centre d’une affaire pendante au Québec où un jet privé, acheté à 57 millions de dollars en 2011 et immatriculé aux Iles Vierges, est cloué sur le tarmac depuis juin 2020. L’aéronef est présumé appartenir au ministre qui ne peut plus en jouir désormais, objet d’un mandat d’arrêt émis par le gouvernement nigérian. Notons que les compagnies pétrolières impliquées dans ce qui s’apparente à l’une des plus grands scandales de corruption en Afrique, avaient déjà été blanchies par la justice américaine en 2019 et par la justice italienne en mars 2021. La Commission nigériane chargée des infractions économiques et financières (EFCC) qui fonde son mémoire sur un des documents classés de Financial Intelligence Unit (FIU), l’agence britannique de lutte contre la criminalité financière, équivalente de nos CENTIF africaines, obtiendra-t-elle gain de cause à Londres contre JP Morgan ? Rien n’est moins sûr, la banque déclarant avoir opéré les virements suspectés sur ordre de son client, à savoir l’Etat du Nigeria alors dirigé par un certain Goodluck Jonathan. Seule certitude, la perte et le manque à gagner infligés au peuple nigérian dans cette affaire est colossale. Le permis attribué une première fois en 1998 arrive à expiration au courant de ce mois de mai sans le moindre début d’exploitation. 23 ans de pots-de-vin pour rien.

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