Entretien avec Dr Edoh Kossi Amenounvé, directeur général de la BRVM: «malgré la Covid-19, notre marché a été le moins volatile du monde»

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Dr Edoh Kossi Amenounvé, directeur général de la BRVM

(1 dollar = 547,13 Franc CFA). Quelque 46 sociétés cotées pour une capitalisation boursière de 4.237,49 milliards de F CFA (7,7 milliards de dollars) , en hausse de 5 % comparé au 31 mars 2020.  C’est ce qu’affiche le tableau de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) pour le premier trimestre de l’exercice 2021. Dans cette interview avec Financial Afrik, Dr Edoh Kossi Amenounvé, directeur général de la plateforme boursière basée à Abidjan, explique les raisons de cette performance.


L’exercice 2020 a été marqué par la crise sanitaire de la Covid-19 qui a fortement impacté l’activité économique et financière mondiale. Comment la BRVM qui est, en quelque sorte, le baromètre de la vitalité économique de la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a-t-elle ressenti cette secousse mondiale ? Et quelles sont les stratégies mises en place pour rassurer les investisseurs quant à la vitalité de votre marché financier ?

A l’instar des autres bourses dans le monde, la BRVM a été relativement impactée, en 2020, par la pandémie. Toutefois, notre marché a été moins volatile que la plupart des autres bourses dans le monde et en Afrique ; en lien avec les différentes actions que nous avons menées face à cette crise pandémique. En effet, la particularité de cette crise étant son caractère sanitaire, notre priorité a été de s’assurer que notre personnel est protégé et peut travailler dans de bonnes conditions. Nous avons rapidement adopté toutes les mesures barrières préconisées par les autorités sanitaires des pays de l’UEMOA, pour protéger notre personnel au siège à Abidjan et dans les antennes nationales. Après cela, nous avons déclenché notre Plan de relève qui nous a permis de poursuivre nos activités sans présence physique dans nos locaux. Ainsi, au sommet de la crise, nous avons pu ouvrir le marché tous les jours en permettant l’accès aux courtiers pour effectuer leurs transactions. Le cycle de Règlement/Livraison par le DC/BR (Dépositaire Central/Banque de Règlement), s’est également dénoué de façon automatique, sans aucune difficulté.

Nous avons également fait en sorte de faciliter la tâche à nos émetteurs et à nos intermédiaires en menant une campagne de sensibilisation, de communication et d’information auprès des sociétés cotées, des émetteurs obligataires, et des intermédiaires, pour les rassurer sur le fait que toutes les dispositions ont été prises pour faire face à la crise et les accompagner pour la tenue de leurs conseils d’administration, de leurs assemblées générales, ainsi que la diffusion d’informations sur le marché. Par ailleurs, nous avons organisé plusieurs évènements sans aucune présence physique dans nos locaux, notamment des cérémonies virtuelles de première cotation. En définitive, cette crise a permis à la BRVM de confirmer sa capacité de résilience, mais aussi de développer sa capacité à innover en s’appuyant sur les outils technologiques de pointe.


Les Awards de la BRVM’’,  c’est la célébration de l’excellence. Mais cette deuxième édition s’est bien évidement tenue dans cet environnement économique mitigé. Les critères de nominations ont-ils pris en compte les aléas imposés par la Covid-19 ? Et qu’est ce qui a prévalu dans la désignation des différents lauréats ?

Je l’indiquais plus haut, cette crise a permis à la BRVM de confirmer sa capacité de résilience, mais aussi de développer sa capacité à innover. Cette résilience et cette capacité d’innovation ont permis à l’écosystème de fonctionner quasi normalement et de réaliser les activités de marché. Le critère du niveau et de l’évolution des activités a été le critère prépondérant pour pratiquement toutes les catégories en compétition. Le critère de gouvernance a été également fortement pondéré. S’agissant des aléas de la Covid-19, ils pourront éventuellement être pris en compte pour 2021.


La digitalisation est devenue un élément déterminant dans la survie et le positionnement des entreprises. Cette nouvelle donne est-elle prise en compte dans la cotation sur votre place boursière ?

La digitalisation occupe une place importante dans les différents projets de la BRVM, en particulier les questions liées à la négociation des titres cotés. En la matière, je pourrais citer la « Bourse en ligne » qui est l’une des évolutions majeures sur notre marché depuis l’année dernière. Son objectif est d’accroître les volumes de transactions à la BRVM en renforçant l’automatisation du traitement des ordres de bourse. A ce jour, trois (3) Sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI) ont obtenu l’agrément du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers pour démarrer cette activité. Outre la Bourse en ligne, la BRVM et le DC/BR ont ouvert plusieurs chantiers de digitalisation de leurs produits et services afin de répondre aux attentes des émetteurs et des investisseurs.


Depuis juillet 2018 et à l’initiative de l’Etat de Côte d’Ivoire, vous avez mis en route le projet de création et d’opérationnalisation d’une Bourse des matières premières agricoles (BMPA) dont l’architecture est basée sur les meilleurs standards internationaux comme la Chicago mercantile exchange (CME) et la South african futures exchange (Safex) du Johannesburg Stock Exchange (JSE). Où en êtes-vous avec ce projet ?

Les travaux se déroulent bien et leur état d’avancement a été présenté à monsieur le ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Kobenan Kouassi Adjoumani, lors de sa visite à la BRVM le 28 juillet 2020. La BRVM agit en qualité d’Assistance technique à la réalisation de projet de création de la Bourse des matières premières agricoles de la Côte d’Ivoire. La finalisation du cadre juridique et les réglages techniques et opérationnels sont en cours.


Vous avez été réélu, en novembre 2020, à la présidence du comité exécutif de l’ASEA (the African securities exchanges association), l’Association des bourses des valeurs africaines.  Ce renouvellement de confiance de vos pairs des 27 places boursières d’Afrique est une reconnaissance assez explicite de la vitalité du marché financier de la zone UEMOA. Alors, qu’est-ce qui attire plus les investisseurs vers la BRVM ? Et quel pourrait être le bilan de ce premier trimestre 2021 ?

Je voudrais réitérer ma reconnaissance auprès de mes pairs pour leur confiance en me reconduisant au poste de président de l’ASEA pour piloter notamment le projet AELP (African Exchanges Linkage Project), le projet d’intégration des bourses africaines. Cela est en effet à l’honneur de la BRVM et de l’ensemble de l’UEMOA dont le leadership en matière boursière s’affirme de plus en plus à l’échelle continentale. Nous travaillons chaque jour à renforcer la confiance des investisseurs afin d’accroître leurs interventions sur notre marché ; en témoigne, en autres, les actions menées face à la pandémie, précédemment évoquées.

Au 31 mars 2021, la BRVM c’est :

•       46 sociétés cotées pour une capitalisation boursière de 4 237,49 milliards de FCFA, en hausse de 5 % comparé au 31 mars 2020 ;

•       86 lignes obligataires pour une capitalisation de 6 383,1 milliards de FCFA en hausse de 33 % comparé à la même période en 2020 ;

•       10,3 millions de titres échangés et une valeur de transactions de 65,5 milliards de FCFA en hausse de 116 % comparé au 1er trimestre 2020 ;

•       Un recul de 3,14 % de l’indice BRVM Composite contre -15,79 % au 31 mars 2020 dans le sillage de la tendance observée depuis 2016 mais de moindre ampleur.

La BRVM a donc bien démarré l’année 2021 avec un marché obligataire très dynamique. Nous poursuivons également nos efforts pour attirer de nouvelles grandes entreprises et surtout des PME sur notre troisième compartiment.

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