Entretien avec Aurelien Mali de Moody’s au lendemain des présidentielles du Bénin

0
Aurelien Mali, vice-président de Moody’s: "nous pensons que la privation actuelle du droit de vote de l’opposition augmente le risque de troubles sociaux et de manifestations publiques contre le gouvernement"

Le 9 mars 2021, l’agence Moody’s a relevé la note du Bénin de B2 à B1. Le 11 avril, ce pays membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) tenait des élections qui verront le président Patrice Talon réélu dès le premier tour avec 86% des voix. Le scrutin marqué par l’appel au boycott d’une partie de l’opposition a-t-il une conséquence sur la notation du pays ? Voici les réponses de Aurelien Mali, vice-président de Moody’s et analyste des notations souveraines.


Quel est votre commentaire après les élections au Bénin? Y a-t-il des conséquences sur la notation du Pays?

Aucune conséquence car le président Talon a été réélu, ce qui signifie une certaine continuité dans le programme de réformes. Néanmoins, les problèmes de crédit du Bénin persistent et comprennent des tensions politiques et sociales, un revenu par habitant relativement faible et une économie relativement peu diversifiée qui peine toujours à attirer des investissements directs étrangers importants.

Quelles étaient les principales raisons qui ont conduit au relèvement de la note du Bénin de B2 à B1 dans l’échelle de Moody’s ?

En mars, Moody’s a effectivement relevé la note de l’émetteur à long terme du Bénin de B2 à B1 et a fait passer la perspective de positive à stable. Les moteurs de l’appréciation ont été les antécédents de consolidation budgétaire et l’amélioration de la structure de la dette d’une part, et, d’autre part, la résilience économique croissante du pays, soutenue par de solides perspectives économiques et des réformes structurelles en cours. Les perspectives stables reflètent notre attente que l’économie restera résiliente face à l’impact de la pandémie, comme indiqué en 2020, et retournera à des taux de croissance robustes supérieurs à 6% d’ici 2022. Elle reflète également notre attente que le fardeau de la dette publique se stabilise et diminue progressivement à partir de 2021.

Ces élections ont été boycottées par une grande partie de l’opposition. Pourrait-on voir dans le cas du Bénin que les tendances démocratiques et économiques ne vont pas dans le même sens?

Le Bénin connaît des tensions politiques croissantes depuis les élections législatives de 2019 durant lesquelles les partis d’opposition n’ont pas pu se présenter. Cette situation contraste avec le passé lorsque le pays était considéré comme une démocratie stable en Afrique de l’Ouest – illustré par le fait que le président Talon, un homme issu du secteur privé, a remporté la présidence en 2016 en tant que candidat indépendant. Nous pensons que la privation actuelle du droit de vote de l’opposition augmente le risque de troubles sociaux et de manifestations publiques contre le gouvernement, mais nous ne nous attendons pas à ce que ces tensions empêchent la poursuite du développement économique du pays.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis du Bénin noté fin des années à venir?

Nous pourrions relever la note du Bénin si une réduction durable et significative du fardeau de la dette publique et de l’abordabilité de la dette se produisait au-delà de nos attentes actuelles, en particulier s’il existe des preuves d’une amélioration durable des institutions et du cadre de gouvernance du Bénin. Nous pourrions abaisser la note du Bénin si les mesures budgétaires se détérioraient considérablement par rapport à nos attentes actuelles d’une amélioration constante et structurelle à la suite de la pandémie. Une augmentation des besoins d’emprunt en cours et des risques de refinancement dus à l’incapacité de soutenir l’effort des réformes serait particulièrement négative. De même, le fait de ne pas revenir à des taux de croissance robustes, comme nous le prévoyons actuellement, serait également négatif en termes de crédit, en particulier s’il était motivé par des résultats politiques plus faibles que prévu.

La dette publique du Bénin est-elle soutenable à long terme?

 Moody’s s’attend à ce que le ratio de la dette du secteur public au PIB du Bénin se stabilise à environ 46% en 2021 et diminue lentement par la suite. Le risque de cristallisation de la dette des entreprises publiques dans le bilan de l’État reste faible, la dette des entreprises publiques et les garanties publiques représentant moins de 1% du PIB en 2020. Dans l’ensemble, la dette publique du Bénin par rapport au PIB se compare de plus en plus favorablement aux pairs notés B. Néanmoins, il existe des faiblesses qui limiteront la notation pendant quelques années. En ce qui concerne les revenus, le fardeau de la dette et les ratios d’accessibilité de la dette se sont considérablement détériorés au cours des cinq dernières années (dette / revenus estimés à 327% et paiements d’intérêts sur revenus à 15,6% en 2020 respectivement) et restent au-dessus des pairs notés B. Leur détérioration reflète à la fois l’étroitesse de l’assiette fiscale du Bénin et le recours croissant à l’emprunt commercial. Cependant, les réformes structurelles visant à élargir l’assiette fiscale, ainsi que le soutien apporté par la reprise économique, devraient arrêter et finalement inverser quelque peu la détérioration.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here