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Mozambique: Total en pointillé à Cabo Delgado

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L’attaque concertée menée, du 24 au 28 mars, contre la ville de Palma dans la province mozambicaine de Cabo Delgado (extrême-nord) par 150 hommes du groupe djihadiste Ahlu Sunna wal Jamaa (Les adeptes de la tradition du Prophète) va-t-il hypothéquer le projet de 15 milliards $ d’investissements que Total déploie dans la zone ? 

Soldé par plusieurs dizaines de tués parmi les civils et les forces nationales mozambicaines, la violence de cet assaut contre cette ville marque une nouvelle étape dans la politique de terreur (700 attaques en trois ans) imposée par ce groupe depuis 2018 dans cette zone riche en hydrocarbures. Cet activisme a déjà fait plus de 2000 victimes et provoqué le déplacement de 600.000 réfugiés intérieurs selon le Haut comité aux réfugiés (HCR) des Nations unies.
 En août 2020, cette organisation affiliée à L’Etat islamique (EI) plus connue sous l’appellation Al-Shabab, sans lien direct avec les groupes opérant en Somalie, s’est déjà emparé de Mocimba de Praia, la principale ville de la province située à l’embouchure de la rivière Mazuma. 

Cette zone revêt un intérêt stratégique pour le pays mais aussi pour la multinationale française. Elle doit accueillir non loin, dans la péninsule d’ Afungi, la future exploitation de gigantesques réserves de gaz naturel (5000 milliards de m3). Ce projet repris par Total en 2019 à l’américain Anadarko et impliquant également l’Américain Exxon-Mobil ou encore l’Italien ENI doit permettre à l’ex-colonie portugaise de se hisser au rang de grand producteur africaine de Gaz naturel liquéfié (GNL) devant le Nigéria. Le futur champ d’exploitation ainsi que les compagnies affiliées à ce projet, le plus ambitieux en Afrique en terme d’investissements, est fragilisé.

La multinationale a été contrainte de retirer tout son personnel et de mettre son projet à l’arrêt. Toutes les installations sont, à l’heure actuelle, abandonnées, laissant les infrastructures déjà en place à la merci des insurgés. Le président de Total, Patrick Pouyanné demandé une réaction militaire urgente qu’il n’a, à ce jour, pas obtenue. Bien que le site soit sous protection, notamment par des sociétés privées dont le sud-africain Dyck Advisory Group sous contrat avec les forces mozambicaines, il a vu l’arrivée de plus de 10.000 réfugiés. Total venait juste de redéployer son personnel après une précédente attaque. La précision de l’assaut sur Palma comme de ses préparatifs ne laissent guère de doute sur la capacité des djihadistes à être informés et guidés. Les assaillants savaient précisément où se trouvait les postes de l’armée mozambicaine. En outre, la région reculée située à 2700 kms de la capitale, Maputo, ne favorise pas les synergies pour trouver une réponse à la hauteur de la menace. De sorte que la viabilité du projet  de Total est aujourd’hui clairement compromise. 

D’autant que ce contexte est alourdi par la volonté des autorités mozambicaines de ne pas faire appel à l’aide extérieure. La France, qui dispose de troupes opérationnelles à Mayotte, n’a pas été sollicitée. Les Etats-Unis et le Portugal sont présents mais uniquement pour former l’armée nationale. Si l’Afrique du Sud de Cyril Ramaphosa a reçu un feu-vert, c’est pour une opération stricte d’évacuation de ses ressortissants.

Alexandre Varel
Journaliste d’investigation, spécialiste de l’Afrique et des Affaires économiques entre l’Europe et l’Afrique. Réseaux d’affaires, jeux des acteurs, Paris, Abidjan et Afrique francophone.

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