Amadou Makhtar Mbow a 100 ans: le message d’un homme universel à la jeunesse africaine

0
Amadou Makhtar Mbow, un homme de tous les combats.

Amadou Makhtar Mbow a 100 ans. Il est né le 20 mars 1921 à Dakar. Tirailleur sénégalais, engagé sous le drapeau français à 18 ans, il est le témoin vivant d’une certaine Afrique des grands hommes politiques qui savaient garder les secrets d’Etat. 100 ans et toutes ses dents. Une grâce divine qui élève ce digne fils du Sénégal au rang des hommes d’exception tant par sa carrière internationale, haute et éclatante, que par son œuvre au service de son pays, rendue avec discrétion et abnégation.

Diplomate de haut rang, il a jusque-là respecté l’adage voulant que «la parole est d’argent, le silence est d’or ». Réserves tant sur les assises nationales du Sénégal qu’il présidera en 2009, répondant à l’appel de la Nation, que sur ses années de feu à la tête de l’UNESCO, de 1974 à 1987, qui feront de lui le Porte-flambeau du progressisme mondial. « Amadou M. Mbow est une figure capitale de l’histoire de notre nation. Enseignant, Ministre, DG de l’UNESCO, il a traversé le 20e siècle en intellectuel averti », dit de lui le président sénégalais, Macky Sall, samedi 20 mars, lors d’une cérémonie célébrant les 100 ans de cet historien, homme de culture et auteur de livres et de conférences sur les questions contemporaines de l’Afrique et du monde. ’’Au service de son pays et de l’humain, il a été presque de tous les combats démocratiques. D’abord contre le nazisme, ensuite pour l’indépendance des pays d’Afrique, plus tard contre la détérioration des termes de l’échange, la monopolisation des flux d’information par le Nord’’, écrit l’éditorialiste du journal sénégalais « Enquête ».

Son premier coup d’éclat arriva dès 1958 où, ministre, il démissionna pour marquer son opposition à la consigne du « oui » donnée pour le reférendum qui aboutira au maintien du Sénégal dans l’Union Française. Le deuxième coup d’éclat interviendra lors de la grève estudiantine de 1968 où il rendra son poste de ministre de l’Education nationale.

Beaucoup de panafricanistes l’ont découvert en 1987 lors de ce long et épuisant combat pour le contrôle de l’Unesco, qui opposa le tandem USA- Angleterre au reste du monde et qui vit la victoire de l’espagnol Frederico Mayor, sorti du chapeau occidental. Une bataille idéologique entre le bloc dit capitaliste et les non alignés. L’opposition était frontale tant sur la question palestinienne que sur celle, sensible, d’un nouvel ordre mondial de l’information (NOMIC) dont Amadou Makhtar Mbow fut le concepteur. Partisan d’un rééquilibrage des rapports dans les sciences, les technologies et l’information, l’ancien directeur de l’UNESCO subira le boycott actif de Londres et de Washington, défenseurs du statu quo et des brevets. En clair, le libéralisme incarné par les deux têtes de pont de l’ordre vainqueur de la deuxième guerre mondiale faisait face à un progressisme porté par la solidarité des périphéries.

Bien avant cet épisode majeur, le jeune Amadou Makhtar Mbow a eu à faire le parcours quasi similaire de tout enfant sahélien. Un parcours entamé à l’école coranique dès l’âge de 4 ans, suivi d’une inscription à l' »école des blancs ». En dépit de son certificat d’études primaire décroché avec brio à Louga, il ne pourra pas intégrer le lycée Faidherbes de Saint-Louis, à cause de son âge, 14 ans, au dessus de la limite autorisée. Il ne pourra pas non plus entrer à l’école primaire supérieure Blanchot à cause d’une prise de bec avec un enseignant. De Louga où il résidait, il rejoint Dakar pour s’inscrire aux cours de sténodactylographie à la chambre de commerce et profite de son temps pour lire des ouvrages politiques. Il participe à un concours de commis, décroché brillamment. Il s’inscrit aux cours d’ingénieur en aviation. Puis vint la guerre.

À la fin de la deuxième guerre mondiale, son baccalauréat de lettres modernes lui ouvre les portes de La Sorbonne, section « Histoire et Géographie ». C’est dans ce temple de la science et du savoir qu’ il rencontre son épouse, Raymonde Sylvain Mbow, haïtienne, complice d’un couple qui constitue la réunion historique de l’Afrique et de ses Caraïbes. « J’ai connu ma femme à Paris. Elle était étudiante en histoire comme moi. On s’est croisé dans les amphithéâtres de la Sorbonne. Et depuis, nous sommes ensemble et cela fait 70 ans qu’elle est à mes côtés».

A la Sorbonne, Amadou Makhtar Mbow obtint une licence ès-lettres d’enseignement et préside parallèlement l’Association des Étudiants de Paris puis fonde la Fédération des Étudiants d’Afrique noire, une structure qui lui permet de nouer des relations avec d’illustres personnages de l’époque comme feu Houphouet Boigny de Côte d’Ivoire. La Fédération des Étudiants d’Afrique noire sera de tous les combats pour l’indépendance. De retour en Afrique, Amadou Makhtar Mbow officiera au lycée de Rosso -Mauritanie comme professeur d’histoire, avant d’être nommé chef des Missions d’éducation de base de Darou Mousty, Badiana, Sénoudébou puis Gaya. En 1965, il préside à Abidjan à la conférence des experts chargés de proposer la réforme des programmes d’histoire et de géographie des États francophones d’Afrique noire et de Madagascar.

Ministre sénégalais de l’Éducation nationale (1966-1968), puis de la Culture et de la Jeunesse (1968-1970) et député à l’Assemblée nationale, au Conseil exécutif en 1966 et au Conseil municipal de Saint-Louis, Amadou Makhtar Mbow est nommé sous directeur de l’Unesco en 1970 puis élu à l’unanimité en 1974 et réélu en 1980. Il dirigera l’institution de 1974 à 1987.

Ce samedi à Dakar, lors de la célébration de ses 100 ans, l’ancien directeur de l’UNESCO a tenu à s’adresser à la jeunesse africaine en particulier: « J’exhorte la jeunesse africaine, surtout la jeunesse dans mon pays, la jeunesse africaine qui est à l’extérieur, à ne pas déserter l’Afrique, à demeurer en Afrique. Mais aussi à essayer d’œuvrer pour la paix en Afrique. La jeunesse ne doit pas désespérer ». Et d’appeler la jeunesse à l’appropriation du savoir, indispensable pour la transformation économique et sociale. Aux hommes politiques africains, le sage a conseillé de mettre en avant les intérêts de leur population. Et de terminer son discours par une invite à l’unité africaine pour l’intérêt des peuples d’Afrique et des peuples du monde.

Amadou Makhtar Mbow est notamment Commandeur de la légion d’honneur de la république française et Grand-croix de l’ordre de l’Infant Dom Henri (Portugal). Homme à la dimension universelle, il est titulaire d’une quarantaine de titres de Docteur Honoris causa.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here