Présidentielle au Niger : premières tendances, premières contestations

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Mohamed Bazoum, en boubou de favori, confirme les pronostics donnés en sa faveur.

De notre envoyé spécial Issouf Kamagaté


Les résultats du scrutin électoral du 27 décembre  tombent doucement sur Niamey. Comme ce petit vent de décembre qui souffle sur cette capitale improbable aux 300 mosquées, aux peuplades divers (Haoussas, Peuls, Zarmas, Touaregs, Maures, Kanouri…), et dans ce vaste pays d’oasis asséchées, de paysages granitiques au sous sol riche et des célèbres  dunes du Ténéré.  Dans ce pays uranium  de 1, 2 millions de kilomètres carrés,  les 30 candidats admis aux présidentielles ne partaient pas tous avec les mêmes faveurs du pronostic.

Le candidat Mohamed Bazoum du parti au pouvoir, le  Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) – Tarayya,  en boubou de favori, est en avance selon les résultats parcellaires distillés et déjà disputés.  Mais le chemin est encore long comme un jour sans fin dans ce pays du G5 Sahel qui tente tant bien que mal de maintenir l’intégrité de son territoire face au Mali et au Burkina Faso, ventres mous de la guerre anti-terroriste et face aux vastes couloirs des trafics et de la transhumance menant vers l’Algérie et la Libye. 

Le décompte en cours  des 7,4 millions laisse entrevoir un duel entre Mohamed Bazoum et l’ancien président nigérien, Mahamane Ousmane, un revenant, qui ratisse large depuis son bastion de Zinder, où il aurait obtenu de bons résultats. A l’inverse, dans la région de Maradi, commune de Bermo, le candidat Mohamed Bazoum aurait creusé l’écart, obtenant 18 962 voix tandis que le même Mahamane Ousmane, candidat du RDR Tchandji, arriverait en deuxième position avec 505 voix.   

A l’échelle nationale, des résultats encore partiels classent Mohamed Bazoum en tête dans 77 des 266 communes du pays, avec 405 471 voix, suivi de Mahamane Ousmane avec 142 821 voix. Derrière ce duel au sommet, l’on retrouve  l’ancien premier ministre et plusieurs fois candidat aux présidentielles,  Seini Oumarou du Mouvement nigérien pour la société du développement (MNSD-Nassara) et l’ancien ministre de l’Agriculture,  Albade Bouba, du Mouvement patriotique pour la République (MPR),  avec respectivement 84 901 voix et 60 009 voix.

Mais, bien avant la presentation des résultats officiels, la contestation  a commencé  à se faire entendre à Niamey. Dans l’après midi du mercredi 30 décembre, Amadou Aboubacar Cissé, l’un des proches de Mahamane Ousmane, a fustigé, au cours d’une conférence de presse, les résultats provisoires de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Relevant l’attaque d’un bureau de vote à Tassara et la mort de 4 personnes, Amadou Aboubacar Cissé   soutient que  la commission locale a procédé à des bourrages et des brigandages d’urnes. Parlant au nom  de la coalition 2021, le politicien affirme que Mahamane Ousmane a remporté le scrutin dans 195 des 266 communes. Le “un coup ko du Pnds-Taraya est une vue de l’esprit, une chimère”, clame-t-il.

Dans le camp de Mohamed Bazoum, le silence est de rigueur. La consigne est claire: ne pas gêner la commission électorale dans son travail de décompte. Persuadés d’une victoire dès  le  premier tour, les militants de ce parti prennent leur mal en patience, le regard rivé vers la Commission électorale nationale indépendante.

Au moment où nous mettions sous presse, une autre coalition, formée cette fois par Génération Doubara PJP, MNSD Nassara et MPR Jamahuria vient de voir  le jour. Cette nouvelle coalition, qui fustige d’emblée les déclarations des observateurs internationaux,  soutient que «la présidentielle suscite des inquiétudes sur la partialité des organes et institutions en charge du processus électoral au Niger ».

Ce dont on est pour le moins sûr c’est que le Niger, le long de ses plaines et de ses dunes, s’apprête à vivre une alternance démocratique, le président sortant, Mahamadou Issoufou, ayant respecté la constitution  en ne se représentant pas après deux mandats. La bonne tenue de cette élection devrait lui valider le droit à une retraite méritée ou, peut-être, à une carrière continentale et internationale dans les plus hautes instances multilatérales.

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