Kamala Harris, femme, afro-américaine et indienne, symbole d'une Amérique en perpétuel mouvement.

Les Etats-Unis ont donc élu Joe Robinette Biden, arrière petit fils de français venus outre atlantique avec le général Lafayette (selon ses dires), pour le poste suprême. Porté à la Maison Blanche avec 74 millions de voix, le score le plus élevé en valeur absolue dans l’histoire de cette tumultueuse nation, le 46 ème président des Etats-Unis a pour colistier Kamala Harris, 56 ans, une métisse, africaine américaine et indienne, dont l’ascension est le symbole de la prise en compte croissante des questions des minorités depuis le Civil Right Act de 1964 et l’élection de Barack Obama, en 2008, au petit matin d’une inoubliable soirée électorale dont seule l’Amérique a le secret.

D’aucuns au sein des élites africaines de France se demandent si finalement, ce n’est pas le modèle multiculturel anglo-saxon qui est à même de faire représenter la diversité au sommet, plutôt que le modèle idéaliste issu des lumières et qui vise à gommer les différences et les races au profit du citoyen. Au contraire du Royaume-Unis, du Canada et des USA, la France, nation fondée sur l’assimilation, peine à faire émerger un président issu de ses minorités raciales ou géographiques.

Si l’on exclut l’éphémère éclosion de la vague sarkozyste des Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara, qui ont eu le destin des comètes lumineuses, entre 2007 et 2010, il faudra bien chercher et bien fouiller les documents de l’histoire de la république française pour voir un noir, arabe ou indien sur le point de briguer la magistrature suprême, le poste de premier ministre ou un ministère important.

Les Blaise Diagne, Felix Houpheït Boigny et Lepopold Sedar Senghor avaient pour rôle de servir de courroie de transmission entre leurs peuples et la république, un peu comme l’informel conseil présidentiel pour l’Afrique d’aujourd’hui, chargé de jeter, tant bien que mal serait-on tenté de dire, les bases d’une sorte de diplomatie parallèle avec l’Afrique et sa diaspora . Mais pas plus qu’un poste d’ambassadeur pour le plus méritants des membres, semble-t-il. En clair, les sommets enneigés de la république française, figés dans leurs certitudes et leur éternité immaculée, sont restés inaccessibles à la diversité de Miterrand à Macron. Ce n’est pas le cas de l’Amérique.

Diplômée de l’université Howard, fondée à Washington pour accueillir les étudiants afro-américains en pleine ségrégation, Kamala Harris, enfant d’un jamaïcain professeur d’économie et d’une mère indienne, aujourd’hui décédée, chercheuse spécialiste du cancer du sein, rappelle régulièrement son appartenance à l’association d’étudiantes noires « Alpha Kappa Alpha ».

Après deux mandats de procureure à San Francisco (2004-2011), elle avait été élue, deux fois, procureure générale de Californie (2011-2017), devenant alors la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l’Etat le plus peuplé du pays. C’est donc ce pur produit de la ségrégation raciale américaine, cette militante engagée pour l’égalité, un peu à la Rokaya Diallo, aujourd’hui en France, qui s’est hissée au poste de vice-président des Etats-Unis. La force du modèle américain réside sans doute dans sa capacité de se renouveler sans cesse au contraire du modèle français resté statique et élitiste en dépit d’avoir coupé la tête du roi pour ériger celle d’un empereur et d’avoir eu, après l’intermède de la restauration, cinq républiques et une loi sur la laïcité.

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