Dakar sous le déluge: une furie qui menace tout le Sahel

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La ville de Dakar touchée par de fortes pluies ce week-end.

Après 72 heures de précipitations interrompues par période, Dakar, la capitale sénégalaise, était sous les eaux samedi soir, avec des routes coupées, des voitures piégées par les eaux et des habitants en état de choc. En réaction, le chef de l’Etat, Macky Sall, a annoncé le déploiement du Plan Orsec (Organisation de Secours), alors que les critiques sont vives, notamment sur les réseaux sociaux.

“J’exprime ma solidarité à tous ceux qui ont eu des sinistres durant les abondantes pluies du week end. J’ai demandé au ministre de l’intérieur de déclencher le Plan Orsec (Organisation des Secours). Aly Ngouille Ndiaye, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, a annoncé la mise en place de plan ORSEC qui va “régler définitivement les inondations au Sénégal”, a déclaré Macky Sall sur tweeter .

L’autoroute à péage qui relie Dakar à l’aéroport Blaise Diagne a résisté au torrent quoique avec des sections transformées en patinoires sous visibilité réduite et d’interminables queues devant les box de paiement de la société Eiffage, concessionnaire de l’ouvrage pour 30 ans. Par contre, la Route nationale RN1 qui relie Dakar à Thiès, ville située à 70 km au Nord, était quasiment coupée hier vers la fin de l’après midi. En tout, il a plu 86 mm à Dakar sur la jeune journée de samedi, ce qui est exceptionnel pour une zone qui ne reçoit pas plus de 429 mm par an.

La forte progression démographique que connaît la capitale sénégalaise, ajoutée aux failles dans l’aménagement du territoire, explique en partie cette situation récurrente. Mais quid de la responsabilité directe des autorités, se demandent beaucoup d’internautes ?

L’Etat qui a consacré un plan décennal de 750 milliards de Franc CFA sur 10 ans, entre 2012 et 2022, pour venir à bout de ce mal récurrent, est pointé du doigt. En conseil des ministres, mercredi dernier, le président Macky Sall, a exigé un rapport détaillé sur les engagements et les réalisations de ce plan qu’il avait mis en place dès sa prise de fonction. A noter qu’en dehors de la banlieue (Pikine, Guediewaye et Keur Massar), les eaux ont aussi causé des dommages dans les quartiers résidentiels comme les Almadies, zone où le mètre carré est l’un des plus élevés au Sénégal, mais qui ne disposent pas de systèmes de canalisation suffisants pour évacuer les eaux.

DU Soudan au Niger, même constat: les infrastructures ont été débordées

A l’instar du Sénégal, touché quasiment du Nord au Sud, la plupart des pays du Sahel mais aussi du contour Nord et centre Est de l’Afrique font face à des inondations depuis le début de l’hivernage en juin. En Ethiopie, de fortes pluies tombées mercredi ont provoqué des inondations dans les Etats régionaux d’Oromia et d’Afar, déplaçant plus de 70.000 personnes, a indiqué un officiel éthiopien.

Le déluge n’épargne pas le Soudan, endeuillé par une centaine de morts et la destruction de 100 000 habitants. D’où un état d’urgence de 3 mois décrété à compter de ce samedi 05 septembre 2020 pour faire face à des précipitations record suivies du débordement du Nil.

Au Tchad, les pluies ont aussi provoqué de nombreux dégâts matériels, ralentissant l’activité dans la capitale Ndjamena, sans infrastructures robustes et sans système d’assainissement. A l’intérieur du pays, plus de 360.000 personnes ont été forcées à se déplacer à cause des inondations et de l’insécurité dans la province tchadienne du Lac (limitrophe du Cameroun et du Nigeria), soit plus de la moitié de la population de cette région, a annoncé vendredi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). La province du Lac a enregistré, cette année, les précipitations les plus abondantes depuis près de 30 ans, indique l’ONU.

Rappelons qu’à Niamey, capitale du Niger, les inondations avaient déjà fait, au 18 août, une quarantaine de morts et plus de 150 000 sinistrés, selon les services de secours nigériens.

En 2019, huit des 12 pays africains les plus touchés par les inondations se trouvaient en Afrique de l’Ouest : Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal et Sierra Léone. La plupart d’entre ces pays ne disposent pas d’infrastructures urbaines et de bassins de rétention qui auraient pu les transformer en eldorado pour l’Agriculture.

Selon une étude de la Banque mondiale réalisée en 2019, les inondations qui ravagent l’Afrique de l’Ouest, avec le phénomène inquiétant d’érosion et la pollution qu’elles entraînent, coûtent chaque année quelques 3,8 milliards de dollars aux pays de la région.

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