Le secteur bancaire de l’UEMOA face à la pandémie du coronavirus

1
Jean K. TCHANGAI .

Par Jean Tchangai* , Cadre de banque, Senior Risk Manager, Executive Doctorate Student BSI / IAE. Lyon.


Les idées développées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de son institution.


Les impacts de la pandémie du COVID-19, qui atteint désormais l’Afrique Subsaharienne et notamment les pays de l’UEMOA, sont de même nature que dans les pays déjà touchés. La contraction de l’activité économique qui en résulte est brutale et d’une grande ampleur, touchant aussi bien le secteur public que privé et par ricochet le secteur bancaire. A l’instar de l’ensemble des banques centrales des pays concernés, la BCEAO a pris un certain nombre de mesures monétaires pour inciter les banques à soutenir le secteur privé. Ces mesures, pour nécessaires qu’elles soient, n’intègrent pas la dimension solvabilité des financements bancaires et doivent donc être élargies.

Un secteur bancaire en difficulté

La crise économique consécutive à la crise sanitaire qui impacte le secteur privé induit également une augmentation des dépenses publiques imprévues conjugué à une chute des recettes fiscales, aggrave les déficits publics préexistants, augmente les encours de dettes et nécessite un recours massif aux émissions de titres publics acquis pour partie par le secteur bancaire.

Les banques sont donc confrontées à un risque accru sur leurs actifs du fait de l’augmentation des risques de contrepartie. Par ailleurs l’effondrement de l’activité :

  • Réduit le volume de leurs opérations avec la clientèle en matière de crédit, de dépôts et de transferts d’où une baisse du Produit Net Bancaire ;
  • Accroît les charges d’exploitations induit par les mesures de prévention (mesures de distanciations sociales, gestes barrières,);
  • Augmente le coût du risque (risque de crédit, risques opérationnels, …) et par conséquent un niveau de résultat moins important qu’escompté.

De plus, dans l’immédiat les banques sont confrontées à des nouveaux risques opérationnels. Du fait de cette pandémie sanitaire, elles doivent prendre des mesures spécifiques pour maintenir leur activité. Le travail à distance s’impose alors comme une solution, mais requiert notamment un système informatique performant, des connexions internet fluides et haut débit pour assurer la qualité et la sécurité des données. Cela augmente néanmoins la vulnérabilité des banques aux cyberattaques.

Selon un dirigeant de banque, l’impact immédiat du COVID-19 sur sa banque serait :

’Baisse de l’activité clientèle donc des flux à la banque, impayés, rééchelonnement ou restructuration des dettes, impacts ratios, risque de provisions, Réorganisation des RH en télétravail, mise en congés, service minimum bancaire assuré, suspension des investissements, dépenses non budgétisées pour la prise en charge de la pandémie […]’’[1]

Pour un autre la solidité des banques risque d’être mise à mal par l’impact de la crise sur le coût du risque.

« Contraction de la productivité de la banque ou des activités bancaires, baisse du PNB, augmentation du cout net du risque entraimant une baisse du résultat net de la banque. »

Des mesures de politique monétaire qui conforte la liquidité bancaire mais insuffisantes pour inciter les banques à soutenir le secteur privé

La BCEAO a décidé d’abaisser, à compter du 27 mars 2020, le taux d’intérêt applicable aux adjudications sur appel d’offre et de le porter à son taux minimum de 2.50% avec un volume suffisant de liquidité. C’est le niveau le plus bas jamais atteint par ce taux directeur. Elle a également décidé un élargissement des supports admis aux refinancements de la BCEAO (admission des créances privées cotées B). En facilitant l’accès des banques à la monnaie centrale et en abaissant son coût d’obtention, la BCEAO conforte la liquidité bancaire et accroit la faculté de ces dernières à octroyer des crédits au secteur privé à un taux d’intérêt moindre. Aussi, la BCEAO autorise les banques à classer les reports d’échéances dus à cette crise en créances saines et non en créances en souffrance, comme le préconise le plan comptable bancaire en vigueur.

Ces mesures d’ordre monétaire et comptable ne sont pertinentes que si l’on anticipe que l’activité économique un temps, suspendue, reprendra à l’identique à la fin de cette pandémie. Or rien n’est moins sûr, car personne ne peut savoir, si cette crise ne va pas engendrer des modifications des comportements de consommation et donc impacter la production à l’avenir. Par ailleurs, compte tenu des normes règlementaires de division des risques (limite d’engagement sur une même signature), des limites de concentrations sectoriels internes des banques, des volumes d’engagements existant mais surtout de l’importance des financements additionnels, les financements requis pour assurer la survie de certains secteurs économiques clefs, comme le transport aérien par exemple, peuvent dépasser la capacité du secteur bancaire à y faire face.

De l’impérieuse nécessité de prendre des mesures complémentaires pour inciter le système à octroyer davantage de financement

En période de crise, la qualité des portefeuilles bancaires se dégrade, ce qui conduit à une baisse de la profitabilité des banques et à une détérioration de leurs fonds propres. Dans ce contexte d’incertitude, accroitre le volume des financements au secteur privé risque d’exposer ultérieurement le secteur bancaire à de graves problèmes de solvabilité. La prise en compte du risque de contrepartie ou de crédit dans la décision de financement est aussi importante que celle du risque de liquidité. En conséquence, les autorités monétaires devraient non seulement s’occuper d’alléger les mécanismes de refinancement des banques mais aussi envisager des mesures devant permettre de contenir le risque de contrepartie. L’action des autorités monétaires pourrait porter sur trois niveaux. En soutient des mesures déjà prises, elles pourraient différer le provisionnement des créances dont le déclassement est lié à l’impact du COVID-19 ou à défaut redéfinir à titre exceptionnel[2] l’éligibilité en créance en souffrance les créances issues de l’impact du COVID-19. Selon une enquête exploratoire réalisée auprès des dirigeants de banque de la sous-région, plus de 3 dirigeants sur 4 (76,9%) souhaitent ce moratoire et pensent qu’en l’absence de telles mesures, les déclassements des créances en Créance Douteuses et Litigieuse(CDL) seraient suivis de leur dépréciation et mettraient à mal la solidité du système bancaire. Nombreuses seraient les entreprises concernées qui n’hésiteraient point à se mettre en règlement préventif, le temps de d’absorber l’impact de la crise sanitaire, de se réorganiser pour se relancer.

Elles pourraient aussi mettre en place un fonds commun, financé équitablement par la BCEAO et les banques commerciales, pour le rachat de tout ou partie des créances bancaires des entreprises impactées par le COVID-19. Ceci devrait permettre au secteur bancaire de mieux financer d’avantage la relance du secteur privé. En effet, lorsque les créances en souffrance sont provisionnées, les fonds propres des banques diminuent et leur capacité à financer les activités productives est affectée négativement. En cas de non provisionnement, les créances en souffrances détériorent la capitalisation des banques puisqu’elles sont déduites des fonds propres de base. Ainsi, les fonds propres effectifs vont afficher un repli, affectant négativement la solvabilité des banques. Ce faisant, lorsque l’insolvabilité devient chronique et généralisée, le risque de crise systémique s’accroit. Dans les deux cas de figure, les mauvais crédits exercent un effet d’éviction sur le financement des entreprises qui empruntent. Le risque d’un cercle vicieux est ainsi créé entre la crise bancaire et la crise économique (horiuchi A., 1998).

En outre, une baisse supplémentaire du taux d’intérêt applicable aux adjudications sur appel d’offre ainsi que les taux de rémunérations réglementés (compte épargne, dépôts à terme, etc.) permettrait  d’amoindrir l’impact sur le bilan des banques, des reports d’échéances sans charges d’intérêts, ni frais, ni pénalités de retards[3].

Concomitamment, les Pouvoir Publics devraient alléger les contraintes sur le secteur privé notamment en ce qui concerne les marchés publics pour permettre à ces derniers de disposer de marges financières et ainsi d’honorer leurs obligations financières. Il pourrait s’agir par exemple, d’annuler l’application des pénalités de retards et intérêts moratoires dans l’exécution des marchés publics ; et/ou d’accélérer les paiements au profit du secteur privé pour réduire la pression sur la trésorerie. Les mesures d’allègement de dette pourraient permettre aux États de telles manœuvres.

Par ailleurs dans le contexte actuel, il s’avère nécessaire pour le cas spécifique des TPE et PME, la mise en place d’un fonds de garantie communautaire UEMOA PME COVID FUNDS en vue de garantir les besoins crédits additionnels en faveur de cette cible dont la trésorerie s’est dégradée à cause de la baisse de leur activité. Il pourrait couvrir jusqu’à 75% du montant du crédit.

Les réformes bancaires mises en œuvre en 2018 et notamment la transposition des normes prudentielles de Bâle II/III dans l’UEMOA, de nouvelles règles comptables, ont renforcé la solidité et la résilience du secteur bancaire de l’Union. Mais au regard du risque accru sur leurs actifs du fait de l’augmentation des risques de contrepartie qu’engendre cette pandémie, il est nécessaire de proroger d’une année les dispositions transitoires relatives aux exigences minimales de fonds propres initialement fixé en 2022 et de prendre des mesures visant à alléger temporairement leurs exigences de fonds propres afin de leur permettre de se consacrer pleinement à leur métier. Ainsi elles pourront maintenir le financement de l’activité économique dans l’Union et atténuer l’impact économique de la pandémie du Covid-19.


Notes


[1]Verbatim recueillie à travers une enquête auprès de cadres dirigeants de banque de l’espace UEMOA, qui expriment leurs perceptions et attentes face à l’impact de la crise sanitaire sur leur activité. L’enquête a été menée à partir d’un questionnaire en ligne et dans l’anonymat.

[2] À l’instar de créances sur les PME et les Etats de l’UEMOA suivant l’instruction BCEAO N° 026 – 11 – 2016 relative à la comptabilisation et à l’évaluation des engagements en souffrance.

[3chéances des créances des entreprises affectées par la pandémie du covid-19.


A propos de l’auteur

Jean TCHANGAI*, Cadre de banque, titulaire d’un Master en Banque et Finance et certifié Senior Risk Manager, est Doctorant en Executive Doctorate in Business Administration à BSI et à l’IAE Lyon. Il est auteur de l’ouvrage «Notation financière dynamique et dynamique des marchés financiers» paru aux éditions PAF en 2016 et co-auteur de l’article, «Agenda pour une réforme du FCFA», Afrique des idées, janvier 2019.

1 COMMENTAIRE

  1. arrêtez de jouer aux héros, vous prenez les gens pour des idiots.
    l’Afrique francophone de l’ouest c’est la France la politique française.
    la France contrôle l’économie de 14 États africains avec la monnaie unique CFA de l’esclavage de la francafrique cette association de malfaiteurs.
    un état qui n’est pas indépendant de son économie, sa politique, sa culture… n’est pas un pays souverain.
    vous les africains vous avez optez pour la langue coloniale française.
    le français ce n’est que du resedu archaïque d’une période coloniale révolue.
    pour les français racistes sympathisants de la politique criminelle de l’apartheid, l’Afrique CD n’est qu’une réserve naturelle peuplée de bougnouls et de nègres.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here