Entretien avec Domingos Simões Pereira : «la CEDEAO doit respecter la souveraineté de la Guinée Bissau»

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"Nous sommes légalistes et ne réclamons ni plus ni moins que l’application de la loi", déclare DSP, ici lors de son passage, le 24 février 2020, dans les locaux de l'AFP (Paris).

Rien, mais vraiment rien, dans le déroulement du deuxième tour des présidentielles Bissau-guinéennes, ne laissait présager de l’occurrence d’un troisième round coûteux et paralysant pour ce petit pays d’Afrique de l’Ouest. Si la Commission nationale des élections (CNE) a par deux fois publié des résultats donnant 53, 55% des voix à Umaro Cissoco Embaló, candidat du Modem, la Cour Suprême, elle, continue d’exiger un “apurement” des votes sur la base des recours intentés par Domingos Simões Pereira, candidat du PAIGC, parti au pouvoir. Ce bras de fer juridique et politique entre les deux institutions en charge des élections installe la confusion et fragilise un processus démocratique aux enjeux nationaux et régionaux énormes. Dans ce charivari, la dernière injonction de la CEDEAO, sujette à interprétations multiples, ne semble pas, c’est le moins qu’on puisse dire, avoir ramené la sérénité au pays d’Amical Cabral. Aussi, cet entretien avec Domingos Simões Pereira alias DSP, qui sera suivi de celui du Général Embaló dans les prochains jours, se veut un éclairage sur une crise post-electorate bissau -guinéenne qui n’a que trop durée.

Deux mois après des présidentielles unanimement saluées par leur caractère pacifique, la Guinée Bissau semble s’installer dans une crise post-électorale profonde. Quelles en sont les causes?

En effet, plus de 50 jours après les élections présidentielles du 29 décembre 2019, nous ne connaissons pas encore les résultats définitifs. La Cour Suprême a réitéré à la Commission Nationale des Élections (CNE) de reprendre le dépouillement national. La CNE dit ne pas être en condition de le faire. Du côté du PAIGC, nous estimons que la Cour Suprême doit accéder à d’autres mécanismes pour prendre en compte le vote exprimé par les guinéens.

Face au blocage, la CEDEAO a émis une injonction ferme envers tous les protagonistes de la crise bissau guinéenne. Comment interprétez-vous cette prise de position de l’instance communautaire ouest-africaine ?

Tout d’abord, nous apprécions les efforts de la CEDEAO pour la résolution de la crise dans notre pays. C’est son soutien qui a permis d’organiser les différentes élections législatives et présidentielles de la Guinée Bissau. Mais nous regrettons une certaine interprétation de la situation qui prévaut en ce moment.. La CEDEAO doit respecter les organes de souveraineté de la Guinée Bissau. On a nettement l’impression du contraire. Appeler  la Cour Suprême à se conformer à la CNE revient en sorte à demander au sommet des chefs d’Etat de se conformer au conseil des ministres. La Cour Suprême est un organe de souveraineté. C’est l’instance qui a reçu les dépôts et validé toutes les candidatures. Une fois le travail de la CNE achevée, il revient à la Cour Suprême de trancher. Vous conviendriez avec moi que la Cour Suprême n’est pas au même niveau institutionnel que la Commission électorale (CNE).

Quelle est la position de l’Union Africaine et de l’ONU?

Les Nations Unies d’où sont issues toutes les compétences en matière de résolution de crise dans un pays membre disent en gros que leur vocation est de renforcer les pouvoirs institutionnels et démocratiques. Donc, renforcer la capacité de la Cour Suprême et des organes prévus par la constitution et non les remplacer. La seule instance internationale qui a la compétence dans un cas comme celui de la crise actuelle en Guinée Bissau est le conseil de sécurité. Celui-ci applique ses pouvoirs par délégation à l’Union Africaine qui elle même se réfère à la CEDEAO.

L’on dit qu’il y a beaucoup d’ingérences de pays étrangers dans votre camp comme dans celui de votre adversaire ?

Je suis d’accord avec vous qu’il y a beaucoup d’ingérences. Mon parti  à l’instar de tous les bissau guinéens défend  les intérêts du pays de choisir son président en toute liberté. C’est là la différence posée par ma candidature par rapport au camp adverse. C’est au peuple souverain de décider de son avenir. L’intervention des puissances régionales est dictée par des visées hégémoniques et des calculs mercantiles liés entre autres à l’exploitation des ressources naturelles.

Peut-on envisager une négociation entre vous et votre adversaire afin de dépasser la crise ?

Il n’y a rien à négocier. Nous sommes deux candidats, nous connaissons la loi. Nous connaissons les instances sensées appliquer la loi.  Force  doit rester à la loi. Les cartes sont jouées. Il y a eu une élection. La CNE à donné ses résultats et nous avons présenté un recours motivé devant la Cour Suprême. Celle-ci a jugé notre recours recevable et a ordonné à la CNE de recompter les voix. Nous en sommes-là aujourd’hui et il appartient à la Cour Suprême, clé de voûte des institutions, de faire triompher la volonté du peuple souverain. Nous sommes légalistes et ne réclamons ni plus ni moins que l’application de la loi.

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