Guinée Conakry: la tentation de la force brute

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Par Mamadou Aliou Diallo.

Après une journée tumultueuse de manifestations anti-troisieme mandat et de démonstration de force du Front National pour La Défense de la Constitution (FNDC), marquée par des heurts entre manifestants et forces de l’ordre à Conakry et dans plusieurs villes de province, le bilan est lourd : 5 morts dont 4 à Conakry et 1 à Mamou ville au centre du pays ; on dénombre aussi une vingtaine de blessés par balles dont deux dans un état critique selon le décompte du FNDC.

Du côté du gouvernement, ces chiffres sont relativisés. Dans un communiqué lu dans les medias d’État, on évoque 2 morts dont un gendarme, indiquant d’emblée que ce dernier a été tué par balles, et précisant que les circonstances du décès du militant FNDC reste à élucider. Ce communiqué ne fait  pas mention des dizaines de blessés enregistrés. Le président Alpha Condé a lancé, dans la soirée, un appel au dialogue entre les  différents protagonistes. Cet appel intervient alors que les principaux leaders du FNDC sont en prison, placés sous mandat de dépôt et inculpés pour incitation à la violence.

Pour le chef de file de l’opposition Guinéenne, Cellou Dalein Diallo, cette main tendue n’aura de sens que si Alpha Condé libère les leaders du FNDC détenus de façon illégale, selon lui, et abandonne complètement l’idée de troisième mandat. « Nous allons continuer à exprimer à travers les manifestations, notre opposition à ce projet. Ce mardi, les gens vont encore sortir jusqu’à ce que nos revendications soient prises en compte. Les gens vont sortir tant qu’il n’y a pas un renoncement solennel, officiel et irrévocable, à un troisième mandat. C’est la seule condition »,a prévenu Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG.

« Il faut continuer la lutte. Nous avons commencé aujourd’hui, je crois que c’est un succès total à travers le pays. Demain, on continuera et après-demain ça serait la même chose. Il faut qu’on dise à Monsieur Alpha Condé et à son régime que nous n’allons pas accepter de devenir les sujets d’une royauté qui est en train de se mettre en place ou d’un clan qui est en train de capitaliser le pouvoir »,a pour sa part réagi Sidya Touré de l’UFR.

La mobilisation

Tandis que les leaders du front se félicitent de la mobilisation qui a caractérisé la journée du lundi, du côté de la mouvance présidentielle, on relativise son impact. Cependant ce qui ressort du constat général est clair, le pays a été grandement paralysé.

Si à Conakry et à Mamou, la journée a été plus marquée par des opérations ville morte par endroits et des affrontements entre forces de l’ordre et militants du FNDC, dans certaines villes de province comme Labé, Télimélé, Koubia, Lelouma les guinéens ont répondu massivement à l’appel à manifester du FNDC; d’autres villes comme Boké (ville minière du corridor nord-ouest), Fria, Tougué, Kindia, etc…ont tourné au ralenti.

C’est donc un pari réussi pour le FNDC, pour une toute première grande mobilisation, dont les militants n’ont pas reculé à Conakry devant les PA (postes d’appui), les unités de patrouille mixte composées de gendarmes et de militaires, installés dans tous les grands carrefours de la capitale,  obligés d’abandonner leurs positions face à la déferlante .

Pendant une grande partie de la journée du lundi, les jeunes régnaient en maître dans la banlieue de Conakry.  

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