Non le Sénégal n’est pas un pays à faible revenu selon la Banque Mondiale

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Par Moubarack LO

Directeur général du Bureau de Prospective Economique du Sénégal

Le journal « l’Observateur » de ce mercredi 12 juin 2019 a fait écho d’un « déclassement » du Sénégal qui passerait, entre 2016 et 2017, de la catégorie des pays à revenus intermédiaires à celle des pays à faibles revenus. Ce constat se fonde sur une publication phare de la Banque Mondiale intitulée: « Perspectives économiques mondiales, juin 2019 ».

Ce que le journal oublie de relever, c’est que le document mentionne bien, dans sa version anglaise (uniquement disponible à ce jour), à la page 145, que le classement du Sénégal est basé sur des données antérieures et que la prise en compte des révisons effectuées permettrait de rétablir le Sénégal immédiatement dans la catégorie des pays à revenus intermédiaires (avec un revenu national brut (RNB) par tête de 1240 dollars, soit largement au-dessus du seuil de 995 dollars retenu à cet effet).

En vérité, le RNB par tête du Sénégal dépasse 1000 dollars depuis 2006 et il n’est jamais repassé en dessous depuis lors. Il a atteint un record en 2014 (1340 dollars), alors que le pays n’enregistrait qu’une croissance par tête quasi-nulle au cours des cinq années précédentes. Ce qui suggère de penser, qu’au-delà des performances réelles du pays, les fluctuations du cours euro/dollar (et subséquemment du cours Fcfa/dollar) exercent un rôle non négligeable dans l’évolution du RNB en dollars, même après les corrections effectuées avec la méthode dite Atlas de la Banque Mondiale.

De fait, l’observation de la courbe du taux de change officiel euro/dollar permet de constater que l’euro est passé, en moyenne, d’environ 1,31 dollars en 2012-2014 à 1,11 dollars en 2015-2017 ; soit une dépréciation de 15% en moyenne pour l’euro (et donc pour le FCFA vis-à-vis du dollar) entre les deux sous-périodes.

En raison de ces évolutions erratiques des taux de change (et de leur représentation imparfaite des réalités nationales), plusieurs mesures du développement font référence à la technique de la Parité des Pouvoirs d’Achat (PPA) pour apprécier les performances réelles des pays, notamment en développement. C’est cette approche que nous avons retenu pour calculer l’indice synthétique d’émergence économique (ISEME).

Et, pour cet indice ISEME, le Sénégal obtient un score de 0,337 en 2017 (contre 0,336 en 2016). Ce qui le place au 12ième rang africain (sur 45 pays du continent) et dans la catégorie des pays potentiellement émergents. En poursuivant dans le même rythme, le pays rejoindrait le rang des pays dits émergeants en 2030. Avec plus d’efforts, il pourrait y arriver dès 2025 et devenir émergé en 2035.

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