Restitution des biens culturels à l’Afrique: une question tout simplement morale

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Statues royales du royaume de Dahomey datant de 1890. / AFP PHOTO / GERARD JULIEN

Par Magaye Gaye *

Magaye GAYE est le Président du Parti Sénégalais, La Troisième Voie.

La France ne semble pas disposée à restituer la totalité des œuvres d’art spoliées à l’Afrique durant la colonisation. Sur les 90 000 œuvres officiellement recensées, représentant 90% du patrimoine culturel produit durant l’occupation, elle semble pour le moment n’être disposée à restituer que 26 au Bénin ce qui est insignifiant.

Cette attitude reflète un état d’esprit peu convenable exacerbé par une législation tendant à protéger un patrimoine mal acquis. En effet, l’article 3111-1 du Code général de la propriété des personnes publiques stipule que « Les biens des personnes publiques qui relèvent du domaine public, sont inaliénables et imprescriptibles. » Plus spécifiquement, la loi du 4 janvier 2002, codifiée à l’article 451-5 du Code du patrimoine, affirme que « Les biens constituant les collections des musées de France appartenant à une personne publique font partie de leur domaine public et sont, à ce titre, inaliénables. »

Il est à rappeler que la même protection concerne aussi les biens mal acquis saisis en France notamment sur des personnalités étrangères.

Le patrimoine culturel spolié a certainement, au regard de son caractère antique, une valeur marchande certaine. S’accrocher illégitimement à une telle manne tout en annonçant l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers non européens constitue une erreur de management qui va sans doute saborder d’avantage l’image de la France en Afrique. Cette attitude conforte aussi les analystes qui soutiennent que le pays avec un endettement excessif et un déficit budgétaire structurel n’a plus les moyens de sa politique. La France doit changer son regard sur l’Afrique et la considérer comme un vrai partenaire.

Pourtant un rapide rappel montre que des nations civilisées, soucieuses de la paix internationale ont eu à corriger des erreurs matérielles commises durant leur histoire.

L’Allemagne vient, après une première vague de restitution en 2011 et 2014 de remettre en 2018 à la Namibie les restes de près de 30 victimes tuées lors d’un génocide sous l’ère coloniale. Elle a aussi restitué à l’Etat américain d’Alaska une dizaine d’œuvres issues du pillage à la fin du XIXe siècle de tombes appartenant à des populations autochtones et qui se trouvaient dans un musée de Berlin.

Israël et l’Allemagne avaient convenu en 2014 de mener des recherches conjointes dans les musées des deux pays pour déterminer la provenance d’œuvres d’art dérobées aux Juifs durant la dictature nazie en vue de leur restitution.

Les États-Unis ont restitué au Japon  plus de 4.000 hectares de terrain situés à Okinawa.

Il est important que certaines actions immédiates soient entreprises au niveau international devant les difficultés notées dans la restitution des biens culturels mal acquis. Ainsi l’Union Africaine gagnerait à prendre en charge ce dossier et à introduire auprès des autorités françaises une demande officielle de restitution globale en exigeant des dommages et intérêts. A cet effet, les sorties récentes de hautes autorités au Sénégal et de la Côte d’Ivoire exigeant cette restitution sont encourageantes.

La question devrait être aussi posée au niveau de l’Organisation des Nations Unies (ONU) dans la mesure où, il s’agit d’un patrimoine subtilisé par un Etat qui juridiquement doit revenir à ses vrais propriétaires ; et tout ce qui aujourd’hui tend à menacer la paix internationale doit être évité.

Le problème étant éminemment moral, un point de vue exprimé par le Vatican sur la question pourrait peut être faire avancer le dossier.

A l’instar des programmes de contrôle mis en place par la communauté internationale sur des questions importantes comme le nucléaire, qui ont une incidence sur la paix mondiale l’organisation onusienne devrait convaincre ses membres d’aller vers plus de justice et d’équité en confiant à l’UNESCO par exemple une mission de recensement des biens culturels exportés illégalement d’Afrique.

Quant aux Responsables français qui avancent des arguments du genre, les africains ne sont pas en mesure de conserver des œuvres aussi importantes, (alors qu’il existe plus de 500 musées sur le Continent) que ce débat sur les œuvres d’art est dépassé et qu’il existe d’autres priorités ou encore qu’il faut internationaliser le problème en convoquant un sommet regroupant toutes les ex puissances colonisatrices, ils versent sûrement dans la condescendance, l’irrespect et dans la fuite en avant. Le sort d’un bien subtilisé c’est d’être simplement restitué. Il faut penser aussi à un droit international sur les restitutions et les juristes africains devraient immédiatement prendre en charge cette question et s’organiser pour mieux renforcer le débat international sur la restitution. Une plainte gagnerait à être rapidement déposée devant les juridictions internationales compétentes.

Les nouvelles générations issues des pays anciennement colonisateurs devraient faire face à leur responsabilité en toute conscience et éviter de perpétuer les erreurs de leurs devanciers. Le monde les regarde.

Une question aux lecteurs : qu’est ce qui resterait des économies occidentales aujourd’hui dans l’hypothèse d’une restitution de tout le patrimoine culturel foncier et financier mal acquis ?


Magaye GAYE

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