Peut-on encore faire confiance à Djibouti ?

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Par François Lamontagne.
Reçu en grande pompe par Emmanuel Macron à Paris, le président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, continue de persécuter sa population et tourne le dos à ses anciens alliés occidentaux.

Ismaïl Omar Guelleh à un « Forum pour la paix » : l’image aurait de quoi faire sourire, si elle n’était si tristement ironique. L’autocrate de Djibouti, surnommé « IOG », était en effet invité comme nombre de chefs d’Etat et de gouvernement à assister aux cérémonies officielles commémorant le centenaire de l’armistice, ainsi qu’au Forum pour la Paix organisé à Paris par Emmanuel Macron, au début du mois de novembre.
 
Comment IOG musèle et poursuit toute opposition
Au pouvoir depuis 1999, IOG a également profité de sa venue dans la capitale française pour inaugurer la nouvelle ambassade de son pays à Paris. Une visite qui, selon le défenseur djiboutien des droits de l’Homme Omar Ali Ewado, « n’aura malheureusement aucune incidence positive sur le peuple djiboutien ». « Il s’agit d’une opération de marketing afin que son image à l’extérieur soit bonne », analyse l’expert dans une interview accordée à L’Humanité.
« Car à Djibouti, à l’instant même où je vous parle, poursuit Omar Ali Ewado, l’opposition, déjà divisée, continue d’être muselée par un régime qui rêve ni plus ni moins que cette opposition disparaisse des radars. La démocratie appelle l’alternance, un scénario que refuse catégoriquement M. Guelleh. Aujourd’hui, il est même en train de bâillonner la société civile. Des arrestations de citoyens ont lieu de manière arbitraire. Notamment des gens qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux ».
Et le défenseur des droits humains de relater les mésaventures d’une personne ayant simplement diffusé une photo d’IOG somnolant lors d’une apparition publique, ce qui a suffi à ce qu’elle se retrouve derrière les barreaux. « La police politique nous surveille en permanence, dénonce encore Omar Ali Ewado. Nos téléphones sont sur écoute. Tout cela étouffe complètement la société civile. Une dizaine de personnes sont aujourd’hui en prison pour s’être exprimées sur les réseaux sociaux ».
Selon lui, à Djibouti, « il y a des gens qu’on tue (…), il y a des gens qu’on emprisonne, il y a des gens qu’on torture. Les droits de l’homme à Djibouti sont systématiquement violés », le dissident revenant également sur les « déplacements forcés de populations de nomades ». Et Omar Ali Ewado de dénoncer le rôle joué par la France qui, selon lui, « ne doit pas s’aligner directement sur le régime car cela à des conséquences sur les défenseurs de la démocratie ».
Djibouti mise sur la Chine au détriment de ses anciens alliés
Si la France, avec d’autres grandes puissances, continue de soutenir le régime d’IOG, c’est que Djibouti, comme l’ensemble de la Corne de l’Afrique, représente pour elles un enjeu stratégique de premier plan. Au point de vue militaire, Paris, Washington et même Pékin disposant de bases militaires sur le territoire djiboutien ; et au point de vue économique, les ports de Djibouti étant situés à l’entrée de la mer Rouge et face au canal de Bab-el-Mandeb, le quatrième passage maritime mondial pour l’approvisionnement énergétique.
Depuis plusieurs années cependant, Djibouti s’ouvre de plus en plus aux investissements chinois, au détriment de ses alliés historiques que sont la France et les Etats-Unis. Ce qui fait dire à la docteure en sciences politiques Sonia Le Gouriellec que « la dépendance de Djibouti à la Chine est toujours d’actualité. La Chine est devenue un important bailleur de fond et l’acteur central de la construction des infrastructures essentielles au développement du pays ».
Comme l’experte le confie au Monde Arabe, « ces deux dernières années, la Chine a prêté près de 1,4 milliard de dollars à Djibouti. En valeur absolue, cette somme est ”modeste”, mais le pays est petit et cela représente une grande partie de son PIB. Et la dépendance est inquiétante puisque la Chine détient plus de 80 % de cette dette ». Une dépendance et un interventionnisme étatique qui se traduisent également par d’inquiétants revirements commerciaux, à l’instar de l’exclusion, en février dernier, de l’entreprise émiratie DP World du port djiboutien de Doraleh, au profit de la société China Merchants.
Si DP World a annoncé riposter en justice, « la nationalisation récente du port et l’exclusion de DP World, quelle que soit la légitimité ou non de la décision, n’est pas rassurante pour les investisseurs », estime encore Sonia Le Gouriellec, selon qui « le climat des affaires est morose à Djibouti ». L’autoritarisme d’IOG et ses changements d’alliances stratégiques suffiront-ils à faire revoir leur doctrine aux puissances occidentales ?

2 Commentaires

  1. Alors qui a écrit ce torchon ? La “rédaction” ou le pseudo Fançois Lamontagne ? A combien se monte cette fois-ci le chèque de DP World pour justifier votre haine contre Djibouti ? Alors selon vous parce qu’un pays est petit il ne doit pas avoir d’ambition ? Votre sponsor Dubaï est minuscule carré de sable. Avez-vous entendu parler du Luxembourg, de Singapour, Taiwan, de la Suisse, etc. ? J’ose espérer qu’aucun de vos lecteurs africains ne fait confiance à vos articles de journalisme mercantile.

    • Monsieur John Smith,
      Merci pour votre intérêt. L’auteur de la contribution, François Lamontagne, n’est pas plus pseudonyme que vous ne l’êtes. Si vous avez des arguments à lui opposer, loin de tout mercantilisme journalistique comme vous dites, ils sont les bienvenus. Nous avons suffisamment écrit sur Djibouti, au gré des faits et des situations pour faire une analyse froide de notre position sur le contentieux DP Word qui n’était pas, nous le pensons, le sujet principal de l’article qui a eu l’ire de heurter votre sensibilité. Dans l’attente de vos contributions argumentées et constructives.

      La rédaction

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