Ce que l’Afrique peut apprendre de l’Asie

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Lancé en 2009, en pleine crise financière mondiale, le club des puissances émergentes des BRICS a, face à la nouvelle menace protectionniste américaine, de nouveau fait front commun lors de son 10e sommet annuel, à Johannesburg. Dans ce contexte anxiogène fait de défiance et d’incertitude, nul doute que la quinzaine de chefs d’Etats africains présents en Afrique du Sud ait pleinement pris la mesure des enjeux : l’actuelle conjoncture économique, faite d’un isolationnisme grandissant du marché américain, de prix bas persistants de nombre de matières premières et d’une hausse continue des coûts de la dette souveraine, rappelle douloureusement la précarité de la croissance dans nombre de pays du continent.

Certes, nombre de « success stories » africaines ont été enregistrés au cours des dernières années : sur la décennie 2001-2010,  cinq des dix pays du monde à la croissance la plus rapide étaient ainsi situés en Afrique (Ethiopie, Rwanda, Ouganda, Angola, Guinée Equatoriale). Il n’empêche, dans son ensemble, la trajectoire économique du continent africain demeure contrastée. L’agriculture, dont dépendent tellement d’actifs africains, n’a pas donné les résultats escomptés ; quant à l’industrialisation, considérée comme la prochaine frontière de croissance inclusive, elle attend toujours de réellement décoller.

Leçons asiatiques

Mais il n’y a pas de fatalité, l’exemple des nations d’Asie de l’Est (Japon, Corée du Sud, Taïwan, Chine, Singapour) le prouve. Face à une économie mondiale cyclothymique, qui n’a jamais cessé d’alterner les phases de croissance et de récession, la force du modèle asiatique est d’avoir réussi à bâtir une stratégie de développement pérenne, moins soumise aux variations erratiques de la conjoncture. Non que les ressacs de la vague économique n’aient été ressentis sur les bords du Pacifique, loin de là. Mais, à la différence de bien de leurs pairs africains – dépendants de ressources primaires à la valeur versatile –, les pays d’Asie orientale ont privilégié très tôt une stratégie d’exportation de biens manufacturés, moins sensibles aux variations de prix que les produits de base.

La nécessité a, il est vrai, souvent fait loi : ces nations disposaient de peu de ressources autres que leur capital humain. Par ailleurs, l’accent a vite été mis sur une remontée rapide des filières (de l’assemblage des produits à leur conception) afin de capter la plus large portion possible de la valeur ajoutée produite. Et, qui dit plus de valeur retenue dit plus d’indépendance financière. De même, en fermant longtemps leurs réseaux financiers au monde extérieur, ces Etats se sont le plus souvent donné des taux de change favorables, leviers indispensables à des stratégies de conquête commerciale à l’étranger. Un pilotage économique fort éloigné de la doxa libérale communément admise et qui leur aura permis de financer généreusement les secteurs considérés comme stratégiques – éducation, santé, infrastructures, industrie. Mais jamais au détriment de l’efficacité, de l’investissement privé, de l’équilibre des finances publiques et de la stabilité monétaire. Autant de facteurs favorables qui ont permis à ces pays de devenir les champions du monde de la croissance dans la longue durée.

Choix économique

A l’inverse, les mêmes causes produisant les mêmes effets, des difficultés économiques prolongées sous les latitudes africaines pourraient de nouveau enclencher çà et là une spirale négative similaire à celle des années 80 (chute durable des cours des matières premières et explosion des taux d’intérêt du service de la dette). Prise à la gorge, l’Afrique s’était alors vu imposer par le FMI et la Banque mondiale un régime drastique et sans concessions. Ce sera l’ère des ajustements structurels et de la déliquescence des Etats, qui durera jusqu’à la fin des années 90 et qui pèsera si lourdement sur les populations du continent. Une éventualité qui fait aujourd’hui figure de repoussoir absolu.

Au final, on paie toujours au prix fort des choix économiques hasardeux en cas de retournement de conjoncture. Or, cette dégradation des conditions économiques, tôt ou tard, survient immanquablement. A contrario, des décisions judicieuses en matière de politiques publiques épargneront bien des difficultés prévisibles en période délicate et permettront de pleinement capitaliser sur les opportunités offertes par une conjoncture redevenue plus favorable. A chacun ses choix et ses trajectoires de croissance. Des trajectoires qui sont néanmoins toujours susceptibles d’être infléchies, à la lumière des leçons de l’Histoire.

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