La construction des Etats-Unis est une nécessité

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«Nous vivons, je vis, vous vivez à l’articulation de deux mondes, la fin du judéo-christianisme et l’avènement de ce qui reste flou»

Par Freddy Mulumba Kabuayi.


« Pour les Etats africains, la solution du progrès est de s’unir politiquement, d’avoir une politique étrangère commune, un plan de défense commun et un programme économique commun, en vue du développement de tout le continent ». Tel était le vœu de Kwame Nkrumah formulé dans son livre «L’Afrique doit s’unir» publié en 1963.

Avec le nouvel ordre mondial qui est en train de se mettre en place, le vœu de l’ancien président ghanéen prend tout son sens. L’Afrique, victime de toutes les grandes mutations mondiales, doit saisir cette fois-ci l’opportunité que lui offre cette situation particulière liée à l’émergence d’un nouvel ordre mondial. L’ancien ordre mondial mis en place sous la domination de l’Occident est en train de s’effriter.

«Nous vivons, je vis, vous vivez à l’articulation de deux mondes, la fin du judéo-christianisme et l’avènement de ce qui reste flou», écrit le philosophe français Michel Onfray dans son livre « Décadence, vie et mort du judéo-christianisme », publié en 2017 aux éditions Flammarion.

Déjà en 1988, Paul Kennedy, professeur de l’Université d’Harvard aux Etats-Unis avait publié un ouvrage prémonitoire : «Naissance et déclin des grandes puissances». Cet ouvrage, écrit l’éditeur, prend en ce début de XXIe siècle, des allures de prophétie : et si l’Amérique, superpuissance incontestée, se trouvait aujourd’hui à la veille de sa chute ?

En 2015, Joseph Nye, professeur émérite de l’Université d’Harvard reconnaît dans son ouvrage «Is the American Century over ?» (La fin du siècle américain?) que, «les Etats-Unis garderont un rôle central dans l’équilibre du pouvoir et le leadership américain restera décisif pour la production de biens publics mondiaux. Mais l’ordre mondial libéral du futur aura un tout autre visage que celui de 1991».

Pour Joseph Nye, nous assistons à deux mouvements qui se déroulent en même temps dans un monde en plein bouleversement : la «transition de la puissance» avec la Chine et la «transmission de la puissance» des États vers des acteurs non étatiques. Bref, la Civilisation judéochrétienne et la puissance américaine sont sur une pente descendante.

Et l’Afrique qui est victime de la montée en puissance de l’Occident doit saisir cette opportunité pour prendre part à la géopolitique mondiale non plus comme un objet de l’Histoire, mais comme un acteur de premier plan dans l’ordre international, estime le panafricaniste Edem Kodjo. Mais comment ? Par la construction des Etats-Unis d’Afrique.

Etant donné que la nouvelle réforme de l’Union africaine est à l’ordre du jour, ce projet doit être relancé sur de nouvelles bases. Mais, le problème est que deux projets de création des Etats-Unis d’Afrique ont été déjà étouffés dans l’œuf par les ennemis de l’Afrique ou ceux qui veulent garder l’Afrique sous leurs bottes. Le premier projet, proposé par le président ghanéen a été combattu par les partisans de modèle de l’Etat-nation européen proches des anciennes puissances coloniales.

Quant au deuxième projet des Etats-Unis d’Afrique porté par le président Mouammar Kadhafi, il a été abandonné sous influence une fois encore des puissances occidentales. «Construite sur un modèle hybride inspiré de l’Union européenne, des Nations Unies et des Etats-Unis d’Amérique, l’Union africaine créée le 10 juillet 2002 pour remplacer l’Organisation de l’Unité Africaine (Oua), consolide le pouvoir et la souveraineté des Etats existants et écarte les projets kadhafistes d’Etats-Unis d’Afrique», souligne l’historien Amzat Boukari-Yabara, dans son ouvrage, Africa Unite !, une histoire du panafricanisme.

Tirant les leçons de deux échecs dans la construction des Etats-Unis d’Afrique, les Africains n’ont pas d’autres choix. «Nous devons nous unir dès maintenant ou périr» cria Kwame Nkrumah le 24 mai 1963 devant ses pairs présidents africains à Addis-Abeba lors des débats sur la mise en place de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Ce cri d’alarme garde aujourd’hui sa puissance et reste d’actualité.

Par ailleurs,  l a  réforme de l’Union Africaine n’est pas l’apanage des élites africaines seules. Il faut  à tout prix associer les peuples  aux débats pour que cette réforme aboutisse à la mise en place des Etats-Unis d’Afrique et non à faire des territoires africains des banlieues des anciennes puissances et des  puissances émergentes.

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