La TICAD, un forum unique toujours d’actualité

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Abdoulaye Mar Dieye
Abdoulaye Mar Dieye
Abdoulaye Mar Dieye

 Tribune exclusive de M. Abdoulaye Mar Dieye, Administrateur assistant et

Directeur du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD.

 

Moins de 90 jours nous séparent de la sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), qui se tiendra à Nairobi les 27 et 28 août prochains. Cette sixième édition devrait attirer plus de 6 000 représentants des gouvernements, des organisations internationales, de la société civile et des organisations du secteur privé.

En quoi consiste précisément la TICAD ?

Cette conférence a été instituée en 1993 en vue d’encourager et de promouvoir les partenariats internationaux pour le développement de l’Afrique sous l’impulsion conjointe du Japon, des Nations Unies et de la Coalition mondiale pour l’Afrique. À l’heure actuelle, elle est organisée conjointement par le Japon, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale (depuis la TICAD III), le Bureau du Conseiller spécial des Nations Unies pour l’Afrique et la Commission de l’Union africaine (depuis la TICAD V).

Ce forum de dialogue a vu le jour au milieu des années 1980 et 1990, qualifiées de « décennies perdues pour le développement » du continent africain, lequel était alors aux prises avec les  contraintes rigoureuses des programmes d’ajustement structurel et incapable de reprendre son souffle, tandis que le Japon était entré dans une spirale déflationniste qui allait durer deux décennies. En cette fin de guerre froide, les principaux bailleurs de fonds, à l’exception notable du Japon, s’interrogeaient sur la pertinence de l’aide au développement accordée à l’Afrique.

Ce forum, qui n’était au départ qu’une réunion de haut niveau parmi d’autres, a connu une carrière inattendue. La TICAD, qui a évolué pour devenir une instance de dialogue ouverte et multipartite, a contribué à maintenir le développement du continent en bonne place sur l’agenda international tout en renouvelant le dialogue politique en matière de développement.

Qu’est-ce qui a changé depuis ?

L’Afrique a connu des transformations indéniables et accompli d’immenses progrès dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Sur la dernière décennie, elle affiche un taux de croissance moyen annuel de son PIB de 5 % qui témoigne de l’ampleur du chemin parcouru.

Plus important encore, les pays africains ont pris conscience du fait que les solutions aux défis rencontrés en matière de développement sont bel et bien entre leurs mains, et qu’il leur faut assumer leurs ambitions en définissant clairement leurs objectifs.

Qu’est-ce qui distingue la TICAD ?

Le principal mérite de la TICAD tient à la clairvoyance de ses différents acteurs, qui ont compris très tôt qu’au-delà de l’aide au développement classique et de l’échange de connaissances spécialisées, l’Afrique devait être actrice de sa propre stratégie de développement.

Ses dialogues ouverts facilitent la mise en avant de solutions plus adaptées aux difficultés auxquelles le continent est confronté.

Les deux principes fondamentaux de cette enceinte, le partenariat international et le rôle moteur de l’Afrique, ont été réaffirmés à de nombreuses reprises.

La décision du Japon de continuer à financer des projets agricoles au cours des années 1990 apparaît aujourd’hui comme un investissement avisé, notamment au vu de la sécurité alimentaire du continent africain et des défis liés à la révolution verte.

La TICAD V, qui s’est tenue en 2013, a de nouveau mis en relief l’engagement actif des pays africains, et ses résultats s’inscrivaient déjà dans le droit fil des principaux objectifs de la Position commune africaine sur le programme de développement post-2015. Le Plan d’action de Yokohama adopté à cette occasion a souligné la nécessité de s’occuper de la question des infrastructures, et notamment du développement des voies de transport, des transports urbains et des énergies à faible émission de carbone, ainsi que de l’optimisation énergétique et des infrastructures des technologies de l’information et de la communication (TIC), autant d’enjeux presqu’entièrement pris en compte par les objectifs de développement durable adoptés récemment.

L’importance accordée dès 2013 aux jeunes ainsi qu’à la réduction de l’écart entre les genres apparaît d’autant plus sage que l’ensemble des experts s’accordent aujourd’hui sur la portée stratégique de ces problématiques.

 

Qu’en est-il de l’avenir de la TICAD ?

L’intérêt croissant que la TICAD porte aux partenariats avec le secteur privé, qui s’impose aujourd’hui comme un partenaire clé dans un contexte d’amenuisement de l’aide au développement, peut être interprété comme une autre marque d’adaptabilité et de clairvoyance.

Cette semaine se tient la réunion ministérielle préparatoire à la TICAD VI à Banjul, en Gambie, dans le prolongement des discussions de haut niveau organisées à Djibouti à la mi-mars. Elle devrait permettre de finaliser le programme de la TICAD VI et d’approfondir les échanges relatifs au contenu de la déclaration de Nairobi, qui devrait être adoptée à cette occasion. Comme dans toutes les initiatives importantes, le choix du moment et du lieu s’avère capital.   Cette sixième édition de la TICAD sera la toute première organisée sur le sol africain. Outre la dimension symbolique du lieu retenu, le moment apparaît également opportun d’autant que l’année 2016 marque le début de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de l’Agenda 2063.

Dans un contexte de croissance africaine stable en dépit du ralentissement économique mondial, je suis persuadé que la TICAD continuera de formuler les recommandations stratégiques judicieuses qui ont fait sa réussite et qu’elle contribuera à orienter les décisions des pays africains ainsi qu’à préserver les acquis obtenus de haute lutte ces 20 dernières années.

 

 

 

 

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