Lusaka (Zambie): 5 grandes priorités au coeur des assemblées de la BAD

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Par Adama Wade, Lusaka.

5 priorités
L’expression «électrifier l’Afrique» est revenu en boucle, le 24 mai 2016 à Lusaka, lors de la cérémonie de l’ouverture officielle des 54 èmes assemblées de la Banque Africaine de Développement (BAD).

Face à Edgar Lungu, président de la Zambie, pays hôte de l’événement, au tchadien Idriss Déby Itno, président en exercice de l’Union Africaine et au rwandais Paul Kagamé, le président de la BAD, Akinwimi Adesina, a rappelé les 5 grandes priorités de l’institution qu’il dirige depuis le 1er septembre 2015.

Ces priorités des dix ans à venir se résument en ces cinq termes : électrifier l’Afrique, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et augmenter la qualité de vie des africains. Mais de toutes ces urgences, c’est celle portant sur l’énergie et l’électrification qui semble la plus décisive. «Il est inexplicable, rappelle M. Adesina, que 600 millions d’africains n’aient pas accés à l’électricité».

Pour résoudre ce problème paradoxal dans le continent du grand Inga (un potentiel de 44 000 MW), la banque a lancé un vaste partenariat autour de l’énergie incluant l’Union Africaine, Africa Progress Panel, le NEPAD, le programme Power Africa, la Banque Mondiale, le programme Sustainable Energy for All, African Energy Leaders Group, l’Union Européenne, l’initiative du gouvernement britannique, la Chine, la France, l’Allemagne, les pays scandinaves, le Japon, la Corée, l’Inde et divers représentants du secteur privé.

Cette méga-alliance devrait converger les efforts de tous les partenaires pour aider l’Afrique à combler le gap de l’énergie. En poste depuis 8 mois, le président Adesina l’a rappelé aux 3000 délégués présents dans la salle de conférence , «à la BAD, je n’occupe pas une fonction, j’ai une mission». Cette mission commence donc par l’énergie et l’électrification dans un continent où 500 millions de personnes vivent dans la pauvreté.
Pour les dix années à venir, l’objectif est l’accès universel à l’électricité. En clair, la BAD projette une offre additionnelle de 160 gigawatts, les raccordements de 130 millions à l’électricité, de 75 millions au réseau secondaire et de 150 millions de personnes à l’énergie propre pour la cuisine.
Réorganisation et décentralisation 
Ce focus sur l’énergie ne va pas sans une réorganisation de la Banque panafricaine, désormais dotée d’une vice-présidence en charge de l’Energie et de la croissance verte. Une autre vice-présidence est dédiée à l’Agriculture et au développement humain et social. Sur ce deuxième point, il est question d’atteindre l’autosuffisance alimentaire dans les dix prochaines années, de mettre terme à la malnutrition et à la famine et de faire intégrer l’Afrique dans les chaînes de valeur agricoles mondiales. L’Afrique qui pèse 70% de la production mondiale du cacao génère moins de 2% des 100 milliards de dollars que représente le marché mondial du chocolat.

De même, la banque a édifié une vice-présidence pour le secteur privé et l’industrialisation. Ce pôle jouera le rôle de médiateur  entre le marché financier et les projets industriels du continent. En attendant, le continent pèse pour moins de 1,9% dans la chaîne de valeur de l’industrialisation au niveau mondial.
En plus de la réorganisation de l’organigramme, la BAD va entamer un processus de régionalisation à travers 5 bureaux dans chacune des 5 communautés économiques régionales. Ces bureaux seront dirigées par des directeurs généraux, postes nouvellement institués.
Les fonds climat logés à la BAD
Ces 54èmes assemblées de la BAD se déroulent sous le signe des changements climatiques, théme d’autant plus actuel que 13 des 14 pays affectés par le phénomène El Nino sont situés dans les pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe. Le continent qui est responsable pour moins de 3% des émissions globales de CO2 subit un effet disproportionné des changements climatiques. «Il ne faut pas que l’Afrique soit le parent pauvre de la finance climatique» avertit d’ores et déjà le Président de la BAD appelant le Fonds vert pour le Climat et le Global Environnement Facility à participer au financement de la prime d’assurance des pays africains dans l’agence ARC (Africa Risk Capacity) implantée récemment avec pour mission d’aider les pays à faire face contre les risques climatiques extrêmes.

Le mécanisme a vu ses premiers décaissements en le Sénégal qui a bénéficié 17 millions de dollars pour faire face aux impacts de la sécheresse. La Banque africaine qui se veut à la pointe des enjeux climatiques y consacrera 5 milliards de dollars par an jusqu’en 2020. Assurée de loger  les fonds climats destinés à l’Afrique (qui seront néanmoins gérées par un mécanisme restant à déterminer selon les  déclarations du président Idriss Deby Itno du Tchad), la BAD jouera un rôle de premier plan dans l’adaptation des économies africaines aux défis posés par les changements climatiques.

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