Changement climatique en Afrique de l’Ouest

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La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et les organisations d’intégration régionale (UEMOA et CILSS) en collaboration avec le CORAF et ENDA, et l’appui de Hub Rural, ont lancé ce vendredi 30 mai 2014 à Lomé un processus de dialogue entre les chercheurs et les décideurs politiques sur les effets et impacts du changement climatique.

 

Par Abel Gbêtoénonmon,  Coordination POSCAO-Ecowap/Caadp

 

 Pendant deux jours, décideurs politiques (y compris les acteurs non étatiques) et chercheurs passent en revue les résultats de recherche sur la problématique de l’adaptation au changement climatique, notamment en ce qui concerne l’agriculture, la pêche, l’élevage, les activités économiques en milieu urbain, la sécurité alimentaire, la nutrition et la santé des populations.
Dans la perspective et en préparation du Forum des acteurs nationaux et régionaux sur l’Agriculture Intelligente face au Climat (AIC) en Afrique de l’Ouest, les participants ont échangé sur le concept et les termes de référence. Des communications pays ont permis de faire le point des niveaux de préparation des Etats et des acteurs régionaux et d’analyser les enjeux et défis de changement climatique au sein des pays, ainsi que les besoins d’appui pour une meilleure prise en compte du changement climatique.
L’un des challenges majeurs de gouvernance pour la plupart des Etats est l’interaction entre les différents acteurs et entre les programmes et initiatives en cours. Il est nécessaire d’améliorer la mise en synergie des acteurs ainsi que la coordination et la cohérence intersectorielles autour de la problématique de l’agriculture face au changement climatique.
Vers une alliance pour la convergence des initiatives
 La finalité du processus de dialogue et du forum, à en croire le Directeur de l’Agriculture de la CEDEAO, Monsieur Sy Alain Traoré, est de “parvenir à la définition d’un cadre d’intervention, de financement et de suivi-évaluation de la CEDEAO sur l’agriculture intelligente face climat, accompagné d’une Alliance pour la convergence et la coordination des initiatives“.
Lors de la cérémonie d’ouverture, le Président du Comité scientifique et technique du CORAF, le Professeur Claude Adandédjan a mis l’accent sur la nécessité pour son institution de contribuer à la formulation des politiques régionales pour une agriculture intelligente. Il ressort des études du CORAF, a-t-il précisé, que le changement climatique peut affecter l’agriculture au hauteur de 25%. Pour lui, il est nécessaire de renforcer par la recherche et le dialogue avec les décideurs la résilience des populations face au changement climatique.
Le Chargé de Programmes ENDA-Energie-Environnement, Monsieur Alioun Diouf, a rappelé que depuis plus de vingt ans son institution travaille sur la problématique du changement climatique et y a acquis des expériences. Il s’agit pour lui, de capitaliser les expériences acquises à travers des partages de connaissances avec les Etats et les décideurs régionaux.
Le Secrétaire général du Ministère togolais en charge de l’Agriculture, Monsieur Noèl Batacar a expliqué que l’Afrique de l’Ouest, située entre la Côte et le Sahel, oscille entre des périodes de sécheresse et d’inondation. Pour lui, “le dialogue entre décideurs et chercheurs mérite d’être systématisé et organisé régulièrement pour faciliter l’appropriation des résultats de recherche par les décideurs politiques“.
 De l’avis des chercheurs présents, Il est plus facile de relier les chercheurs entre eux. Mais c’est plus difficile de mettre en relation les chercheurs et les décideurs. Pour AfricaInteract, un Programme continental qui prend en compte l’Afrique de l’Ouest et du Centre, il est nécessaire de “faciliter et de renforcer l’interaction entre la recherche et les politiques“.
A en croire des analyses d’impacts du changement climatique, rapportées par AfricaInteract, une augmentation de la température de 2% est susceptible d’engendrer la disparition de 10 à 15% des espèces en Afrique de l’Ouest, et affecterait la production agricole à hauteur de 30%.
Quelques soient les efforts de la recherche, a souligné le Directeur exécutif de Hub Rural, Docteur Yamar Mbodj, “si les résultats ne sont pas pris en compte par les décideurs politiques, la tendance actuelle ne peut s’infléchir pour parvenir à une atténuation des effets du changement climatique“.
Plusieurs questions ont été soulevées par les participants notamment sur les effets et impacts de l’augmentation du niveau de la mer sur la production halieutique. Les analyses d’effets et impacts du changement climatique ont pris en compte, l’agriculture au sens large, les activités économiques en milieu urbain, notamment pour les pays côtiers, la santé des populations, etc.
Les populations urbaines sont très vulnérables aux effets et impacts du changement climatique. Les perspectives démographiques et d’urbanisation nécessitent des politiques cohérentes et la mise en synergie des ministères en charge de l’agriculture de l’environnement et de l’urbanisme avec les collectivités décentralisées.
Les enjeux en milieu urbain
D’ici 2050 en Afrique de l’Ouest, deux personnes sur trois vivront en milieu urbain. Aujourd’hui déjà, précisent les experts “plus de 50% vivent déjà en milieu urbain avec une concentration des bâtiments et une concentration des déchets liquides et solides“.
Tout au long de la côte, les populations vivent dans des taudis avec un niveau élevé de vulnérabilité au changement climatique. Une ville comme Lagos, rappelle-t-on, fait partie des 50 villes les plus vulnérables au changement climatique dans le monde. A Lagos, la monté du niveau de la mer affecte les activités économiques dont 80% se dérouleraient le long des côtes.
Pour des représentants des pays l’hinterland, les effets et impacts de l’avancé de la mer concernent également les pays sahéliens dont la plupart des produits importés ou exportés passent par les pays côtiers.
A en croire les analyses du CORAF, pour l’instant des fonds sont mis à disposition des pays pour l’adaptation au changement climatique. Mais il se fait que ces fonds sont gérés par les gouvernements centraux et des agences sans que cela n’affecte réellement les populations vulnérables les plus concernées, faute de ciblage ou d’études appropriés.
Agriculture et changement climatique
L’analyse s’est faite en prenant en compte l’influence de la dynamique démographique et en isolant les différentes zones agro-écologiques. Les analyses d’effets et d’impacts portent, entre autres sur : la réduction des superficies cultivables, les rendements agricoles, la réduction des périodes favorables à la production agricoles, la réduction des ressources halieutiques, la forte vulnérabilité des activités d’élevage, notamment en ce qui concerne les bovins.
Le changement climatique affecte négativement aussi bien les activités de productions agricoles, de pêche que de l’élevage. Les effets du changement climatique affectent négativement les infrastructures d’appui à la production agricole et contribueraient à l’augmentation des pertes post-récoltes.
Les connaissances restent encore embryonnaires sur les effets et impacts en ce qui concerne les espèces animales et fourragères, l’agroforesterie, l’aquaculture, les ressources et la recherche génétiques, ainsi que la vulnérabilité des populations dans les zones humides, sahéliennes et sahariennes.
La problématique santé et climat
En ce qui concerne les impacts et effets sur la santé des populations en Afrique de l’Ouest, on note dans la plupart des pays des maladies récurrentes ou émergentes liées au changement climatique. L’étude présentée vise à fournir des informations aux décideurs pour une meilleure prise en compte des effets et impacts du changement climatique dans les politiques de santé et de sécurité alimentaire.
De l’analyse, il ressort que les températures élevées peuvent provoquer des maladies cardiovasculaires et pulmonaires. Les variations saisonnières ou climatiques, souligne-t-on, affectent les populations avec des taux élevés de maladies comme le paludisme, la fièvre jaune etc.
L’étude montre qu’il n’y a pas de liens évidents entre le VIH Sida et le changement climatique. Toutefois, elle reconnait que les personnes vivant avec le VIH-Sida sont très vulnérables aux effets du changement climatique.
Selon des témoignages de nombreux participants plus de 50% des maladies tuberculeuses sont extra-pulmonaires, susceptibles d’être provoquées par des animaux avec l’influence du changement climatique.
L’étude note un manque de données sur les populations vulnérables et une insuffisance de systèmes d’alertes précoces.
Outre les organisateurs, l’atelier de Lomé a regroupé autour des représentants des Etats et des organisations régionales, des chercheurs et des représentants des acteurs non étatiques régionaux (notamment POSCAO, ROPPA, AFAO, RBM, APESS …).

 

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