Editorial : du Fukushima au fleuve Oubangui

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OubanguiEt si le  drame centrafricain, au-delà de sa dimension politique, au-delà des successions de putsch et de  contre putsch,  n’était qu’une lointaine conséquence collatérale de la catastrophe  de Fukushima en mars 2011?

 

 Depuis  cette tragédie, beaucoup d’eau a coulé dans l’Oubangui.  Le  Japon  a annoncé la fin de la dépendance à l’énergie nucléaire dans 30 ans.  Les fonds d’investissements se sont massivement retirés  du combustible des centrales nucléaires. Les cours ont chuté fortement, atteignant un plancher historique de 34,5 dollars la livre  en août dernier. Une telle dégringolade n’a pas été sans conséquences sur la Centrafrique qui espérait avec l’entrée en production de la mine de Bakouma, enclencher un nouveau processus économique.  Hélas, c’était sans compter avec le cynisme du marché. Suite à Fukushima, le  groupe Areva qui avait obtenu cette mine dans des conditions rocambolesques, en 2007 alors que le yellow cake vendu à 135 dollars la livre était au plus haut, faisait signifier à l’ancien maître de Bangui, François Bozizé, de son désir de reporter d’un à deux ans ses investissements.  Un report mal vécu par les pontes du régime  de l’époque, déjà en délicatesse avec leurs principaux bailleurs de fonds.   L’effondrement du régime Bozizé interviendra donc sur plusieurs étapes : D’abord en juin 2012 quand des rebelles s’en prennent au gisement de Bakouma. Puis le 21 septembre 2012, quand une délégation d’Areva viendra faire signifier au Général  Bozizé de sa  décision d’arrêter les travaux d’exploitation de la mine de Bakouma et de licencier  le personnel ;  Le coup de grâce  viendra le 24 mars 2013 quand les rebelles de la Séléka contraindront le Général auto-proclamé à une fuite éperdue vers le Cameroun.   Depuis rien n’a changé pour les centrafricains sous le joug d’un nouveau maître qui a vite fait de tronquer le turban et le treillis couleur terre par un costume impeccable d’un diplomate de carrière.  Mais rien n’y fait.  Au-delà de ses prises de position contradictoires,  Michel Djotodja est une synthèse complexe entre un Bokassa, un Patassé et un Bozizé.   Même désir de régner, même incapacité  cependant de faire régner l’ordre.  L’histoire se poursuit donc pour les centrafricains à coup de machettes et de kalachnikov,   entre  la Séléka et les Anti –Balaka. En attendant que Michel Djotodia trouve comme il a déclaré assez de moyens pour maintenir ses milices dans les casernes. En attendant que les forces de l’Union Africaines sortent, véritablement, des feuilles d’Excel.  En attendant, comme d’habitude, que la France fasse le ménage sous les huées des afro-nationalistes inconséquents.  Ainsi va l’Afrique.

Adama Wade

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