Dr Akinwimi Adesina, président de la BAD, faisant le signe du fameux “High Five”.

Au  30 juin 2017, le Nigeria reste toujours le premier actionnaire de la Banque Africaine de Développement (BAD, AfDB) avec 8, 479% des voix, loin des 10% et poussière qu’il avait lors de l’élection d’Akinwumi Adesina en mai 2015. Ce recul est né de la dernière augmentation de capital de l’institution. Les USA viennent en deuxième position  avec 6,6% des voix.  Viennent ensuite l’Egypte (5,589%) le Japon (5,524), l’Afrique du Sud (5,087) l’Algérie (4,2%),  l’Allemagne (4, 185%), le Canada (3,9%), la France (3,799%), la Côte d’Ivoire (3,766%).  

Le royaume du Maroc occupe la 11 ème place avec 3,615 %  alors qu’il est toujours en tête de peloton en termes d’approbations de prêts et de programmes.

Si la Banque est majoritairement détenue par les 54 pays africains, leur part ne cesse de s’éroder et ne serait plus que de 58,822%  contre 41,178% pour  les 26 pays membres non régionaux.  Cette dégradation remet en cause le principe sacro-saint adopté avant l’ouverture du capital-actions de la BAD le 1er janvier 1983 qui prévoyait que les 2/3 du capital soient détenus par les pays membres régionaux et 1/3 par les actionnaires non-régionaux. Ce ratio a été modifié sous la présidence du marocain Omar Kabbaj à 60/40.

En cas de nouvelle augmentation de capital (le principe des discussions a été ouvert lors des dernières assemblées de l’institution tenues au mois de mai 2017 à Ahmadabad en Inde),  l’on risque de voir le rapport entre les deux groupes de pays s’atténuer encore davantage. La BAD risque de perdre son caractère africain pour devenir une “Agence internationale pour le développement de l’Afrique” (AIDA).  En attendant, la répartition des forces font que les actionnaires n’occupent pas les mêmes rangs.

Si l’on se fie à ces chiffres publiés par la BAD, l’administrateur le plus puissant serait le nigérian  Dr. Bright Erakpoweri OKOGU qui représente son pays et Sao Tomé pour au total 8,553% de voix. Les récentes nominations de ressortissants nigérians a des postes de Directeurs de départements stratégiques au sein de l’institution est la parfaite illustration du laissez-faire du Conseil d’Administration. Il faut le dire à la décharge du Nigeria qu’il est le seul pays africain à mettre en place un fonds spécial dès 1975 pour aider les pays enclavés.  Fort de son poids dans l’actionnariat et de son fonds de solidarité africaine, le Nigeria occupe la présidence de la Banque et différentes fonctions stratégiques.  Aux yeux des observateurs, cette fausse OPA devrait permettre au président de conduire des réformes en profondeur. Osera-t-il toucher le corps des administrateurs?

 

Du rôle des administrateurs

Car, comme on le sait, la  Banque Africaine de Développement (BAD) continue d’entretenir cette curieuse particularité de compter des administrateurs résidents à son siège.  Selon les statuts, les administrateurs sont responsables de la gestion des Affaires de la Banque au jour le jour et valider toutes les décisions (nominations des hauts cadres, approbations des prêts et dons, stratégies, etc.) soumises par le président de l’institution.

Sur le papier, il s’agit d’un organe de contre-pouvoir sensé contenir les pouvoirs du président.  Dans la réalité, c’est plutôt l’inverse.  La présidence a directement accès aux gouverneurs (ministres africains des Finances, du Plan) lesquels nomment les administrateurs. Souvent, la présidence de la BAD traite directement  avec  les Chefs D’Etat. Ce rapport de force pousse les administrateurs, surtout ceux des pays membres régionaux, à faire profil bas et entériner les décisions du président comme lettre à la poste. Ce sont toujours les administrateurs des pays membres non régionaux qui jouent le rôle de trouble-fête . Ceux-ci à l’instar de l’administrateur américain actuel ont une liberté de ton qui s’est traduite souvent par des tensions avec la présidence de la BAD. L’administrateur américain actuel (représentant d’un pays qui est le deuxième actionnaire de la BAD après le Nigeria) donne beaucoup de fil à retordre au président Akinwimi Adesina.   En son temps, Donald Kaberuka avait pensé renvoyer les administrateurs à la maison pour faire économiser à la BAD jusqu’à 40% de son budget de fonctionnement. Mal lui en a pris.  Le corps solidaire des administrateurs lui a envoyé un message qui peut se résumer ainsi en substance: “laisse-nous tranquille, on te laisse tranquille”. Depuis, les administrateurs continuent de siéger et d’entériner les décisions.