« Nous étendons notre périmètre d’action sur le marquage et l’intégrité des produits pétroliers »
Dans une Afrique de l’Ouest où la mobilisation des ressources internes est devenue l’enjeu crucial des politiques de développement, le Togo fait figure de laboratoire réussi. Au cœur de cette dynamique : un partenariat public-privé stratégique entre l’État et le géant suisse SICPA. Rencontre exclusive avec Balam Sosso Tchamdja, directeur général de la filiale togolaise, qui dresse un bilan de cinq années d’activités et dévoile les nouvelles ambitions du groupe pour 2026.
Que savoir de vos activités au Togo, en tant que filiale du groupe suisse SICPA ?
Nous sommes établis au Togo depuis 2020, en tant que filiale du groupe suisse SICPA, et nous avons pour mission principale d’accompagner le gouvernement, l’État togolais, dans sa stratégie long terme de mobilisation des recettes, et également de protection de son économie, surtout sur des aspects de souveraineté économique. Vous savez que le pays a engagé depuis plusieurs années plusieurs réformes assez importantes, du fait de la particularité de son économie. Le Togo étant un hub logistique aérien et portuaire, il y a un certain nombre d’enjeux auxquels le pays fait face. Et nous, en tant que SICPA, cela fait partie du cœur de notre métier, c’est ce qu’au Togo nous faisons : c’est vraiment soutenir l’État togolais dans sa recherche d’une gouvernance efficace, et également pour l’aider à protéger, sécuriser, sinon améliorer sa souveraineté économique de façon durable. Donc ce que nous faisons, c’est accompagner dans cette réforme économique, qui consiste à sécuriser les recettes, à protéger la santé financière et économique du pays, également la santé des consommateurs.
Aujourd’hui, en quoi vos activités impactent-elles les recettes de l’État ?
Ce que nous faisons, c’est protéger et sécuriser les productions dans le pays. C’est-à-dire qu’il s’agisse des boissons, des produits soumis aux droits d’accise, il y a un certain nombre de produits qui sont concernés. Et ces produits-là vont être frappés par une marque unique que nos solutions vont appliquer. Ils vont s’assurer en amont, bien sûr, avant de faire ce marquage, que les opérateurs économiques qui sont concernés par cette activité-là sont répertoriés. Et l’ensemble de ces informations qui concernent le produit tout au long de son cycle de vie jusqu’au consommateur va être disponible sur une infrastructure sécurisée et qui est pleinement opérationnelle en tout temps, sous le contrôle de l’État togolais. Donc l’État va pouvoir, sur cette base, avec l’ensemble des informations dont elle dispose, faire un recoupement, s’assurer que les recettes sont vraiment mobilisées. Donc elle pourra, sur cette base d’informations — qui finalement sont une forme de renseignement précis — améliorer sa capacité de mobilisation et affiner sa stratégie de mobilisation des recettes.
Quels sont les résultats concrets de cette collaboration avec l’État togolais ?
Les résultats sont assez importants. Nous avons dû faire un point d’étape avec l’État sur les 5 ans, depuis l’année dernière particulièrement. Nous sommes aujourd’hui sur une tendance de plus de 195% d’augmentation de référencements, c’est-à-dire d’opérateurs économiques qui aujourd’hui sont connus par l’administration fiscale. Nous sommes à plus de 900 000 opérateurs économiques concernés par le périmètre sur lequel nous sommes aujourd’hui, qui sont connus de l’administration fiscale — ce qui fait une différence fondamentale parce qu’ils n’étaient pas connus avant le début des opérations de marquage. Au niveau notamment des revenus liés aux droits d’accise, nous sommes sur une hausse de plus de 58% sur ces produits marqués depuis 2020. C’est extrêmement important pour une économie comme celle du Togo. Les droits d’accise sur le tabac, notamment, ont crû de près de 4,14 milliards de FCFA sur la période 2020-2022. On peut également remarquer que les flux miroirs — des informations publiées par le système des Nations Unies, notamment monitorées par une organisation Comtrade — ont connu une amélioration nettement intéressante : de plus de 44% au début, aujourd’hui nous en sommes autour de 16,8%. Au niveau consommateur, nous sommes à plus de 2 000 téléchargements réalisés par les citoyens togolais sur les plateformes iOS et Android, qu’ils utilisent quotidiennement pour authentifier les produits marqués, leur qualité, mais également leur origine et leur côté licite.
Quelle est la stratégie de SICPA en matière de transfert de compétences et de formation des équipes locales togolaises ?
C’est une approche qui est extrêmement importante chez SICPA et qui fait partie de notre ADN. Nous investissons énormément dans nos ressources parce que nous croyons au capital humain. Et le choix qui a été fait — d’ailleurs moi-même de nationalité togolaise —, SICPA m’a fait confiance pour piloter cette réforme. Je peux vous garantir qu’aujourd’hui nous sommes à près d’une quarantaine de collaborateurs au Togo, qui sont tous Togolais. Donc c’est tout simplement le signal fort de notre engagement vis-à-vis du gouvernement togolais, celui d’investir de façon constante et massivement dans des compétences locales pour faciliter le transfert de compétences. Nous collaborons énormément avec les administrations fiscales, douanières, et le ministère du commerce, à qui également nous aidons à améliorer leurs pratiques en matière d’inspection et de contrôle.
Comment assurez-vous la souveraineté des données collectées dans le cadre de vos activités ?
C’est fait dans les règles de l’art les plus strictes, avec les niveaux non seulement de confidentialité mais également de gestion de ces données qui sont souveraines. Et vous l’avez dit, raison pour laquelle d’ailleurs ces données sont localisées au Togo. L’ensemble des données qui sont opérées sur nos systèmes sont dans des serveurs hébergés au Togo, sous la souveraineté et le contrôle des autorités togolaises. Elles ne sont pas dans nos bureaux — elles sont dans des installations qui appartiennent au gouvernement togolais. Donc c’est une preuve assez évidente de la souveraineté que détient le pays sur ces données.
Quelle est la prochaine étape de l’innovation de SICPA pour le Togo ?
SICPA dispose vraiment encore suffisamment de solutions qui pourraient bénéficier aux Togolais, nous en sommes convaincus. Nous sommes d’ailleurs très heureux d’annoncer que depuis le mois de février, nous avons finalisé des discussions qui nous permettent aujourd’hui d’étendre le périmètre de notre action initiale lancée depuis 2020 sur le marquage et l’intégrité des produits pétroliers. Le pays a besoin de renforcer sa souveraineté sur un tel secteur majeur. Nous allons donc à travers nos solutions apporter notre expertise pour permettre à l’État d’avoir une meilleure visibilité sur ce secteur, mieux maîtriser les volumes tout au long de la chaîne de distribution. Nous avons également d’autres solutions qui toucheront d’autres types de produits — dans la manufacture, la production industrielle, le digital, la pharmaceutique et au-delà.
Quels sont les défis majeurs auxquels vous faites face pour le déploiement de technologies de pointe dans la sous-région ?
Je ne dirais pas que nous faisons face à des difficultés. Nous avons suffisamment d’expérience en tant qu’entreprise depuis bientôt 100 ans maintenant. Nous choisissons, nous orientons nos stratégies selon les dynamiques, selon les priorités également des pays, des États avec lesquels nous discutons. Nous n’avons pas de difficultés particulières. Vous savez que nous sommes également, depuis l’année dernière, en Côte d’Ivoire, où nous avons ouvert une entité. En Afrique de l’Ouest, notre présence s’intensifie. Nous sommes en Gambie, en Sierra Leone. Et grâce aux différentes performances que nous avons, que ce soit au Togo ou ailleurs en Afrique, nous nous positionnons comme un acteur de premier plan avec qui il faut collaborer lorsqu’il s’agit d’apporter des solutions fiables qui garantissent la souveraineté durable des États.
Un mot de la fin ?
Nous sommes très honorés par la confiance que nous avons de notre client, les autorités togolaises. Nous sommes impressionnés aussi par la qualité des relations que nous avons avec eux. Il y a une volonté forte — et cela se perçoit, comme je l’ai dit, ne serait-ce qu’avec le nouveau contrat que nous avons signé — qui démontre qu’il y a une véritable vision de garantir de façon durable la souveraineté économique du pays.

