Le Cameroun accélère sa lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, avec l’appui technique du Fonds monétaire international (FMI). Selon les parties, il s’agit de « rendre pleinement opérationnel le régime des sanctions financières ciblées exigé par le Groupe d’action financière (GAFI) pour sortir de la liste grise ». C’est l’un des objectifs de l’atelier de formation sur le gel administratif dont bénéficient les membres de la Commission nationale consultative (structure stratégique du dispositif national de mise en œuvre des sanctions internationales, ndlr) le 23 février 2026 à Yaoundé.
C’est pour « combler les lacunes relevées lors de l’évaluation du GAFI » que les autorités camerounaises ont fait appel à l’appui technique du FMI. En effet, lors de la dernière évaluation de l’organisation qui évalue les réformes mises en œuvre par les pays dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBA/FT), la Cameroun avait été jugé non conforme à la recommandation n°6, relative aux sanctions financières ciblées.
Un cadre réglementaire désormais en place
Selon Benoît Placide Mevoa, président de la Commission, « l’atelier s’inscrit dans l’exécution du plan d’action conclu avec le GAFI. Ce plan vise à corriger les insuffisances structurelles du dispositif national de LBA/FT ». Le gouvernement camerounais rappelle que « plusieurs avancées ont déjà été enregistrées depuis 2024. La première est l’adoption, au niveau communautaire, du Règlement n°04/24/CEMAC/UMAC/CM, qui encadre les sanctions financières ciblées ».
Ce texte, adopté par le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (GABAC), impose à chaque État membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) la création d’une commission nationale dédiée.
Au Cameroun, la Commission a été formellement constituée par arrêté ministériel en juillet 2025, avant l’installation officielle de ses membres. Une plateforme numérique de diffusion des listes de personnes et entités sanctionnées a également été mise en service.
Former pour convaincre le GAFI
Pour le FMI, « la formation doit permettre une application immédiate et efficace des sanctions décidées par les Nations unies ». Les participants sont formés à l’identification des cibles, à la constitution des dossiers et au gel sans délai des avoirs.
L’accent est aussi mis sur la coordination entre autorités publiques, institutions financières et acteurs non financiers. Cette approche est jugée déterminante pour démontrer l’effectivité du dispositif camerounais.
Le directeur de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), Hubert Nde Sambone, a précisé « le rôle central de la Commission ». « Celle-ci, selon lui, doit centraliser et diffuser les listes onusiennes, mais aussi élaborer des listes nationales liées au financement du terrorisme. » En dehors de toute procédure judiciaire, l’on apprend que « la Commission peut recommander des sanctions administratives ». Elle est également chargée d’actualiser régulièrement les listes, en fonction de l’évolution des menaces.
Cette formation intervient alors que le temps presse. Inscrit sur la liste grise du GAFI depuis 2023, le Cameroun n’a validé qu’une partie des 24 actions exigées. Les autorités camerounaises se sont fixé fin 2026 comme échéance pour sortir de cette surveillance renforcée. Un objectif ambitieux, mais « jugé atteignable si la dynamique actuelle est maintenue ».

