Clôturée à la fin du mois de novembre au Brésil, la COP30 a été l’occasion d’appeler la communauté internationale à accompagner l’industrialisation verte du continent africain. Sur place, plusieurs industriels, dont le géant CMOC, tentent déjà d’aborder de manière plus responsable leurs stratégies d’exploitation des ressources du continent, dont le rôle en faveur de la transition énergétique du monde entier est d’ores et déjà incontournable. Dans le même temps, des projets écologiques structurants émaillent peu à peu le continent, lui accordant une place toujours plus centrale sur l’échiquier de l’économie verte.
L’Afrique reste la principale victime du changement climatique
Les chiffres résument à eux seuls l’impasse dans laquelle semble engagé le continent africain : responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire – pour 17 % de sa population – il est le plus exposé au dérèglement climatique. Et ce, aux niveaux humains, de la préservation de la biodiversité mais aussi du développement socio-économique. « Aujourd’hui, le lien entre le climat et le sous-développement ne fait plus aucun doute. Le climat, l’exode rural, la migration et l’instabilité sous toutes ses formes sont inter-liés », soulignait, en septembre dernier, Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine (UA).
Une analyse largement corroborée par la recherche scientifique mondiale et, notamment, l’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui déplore entre autres « des inondations extrêmes » et des « sécheresses pluriannuelles ». L’OMM affirme aussi que « des investissements précoces protégeront les vies et les économies ». A titre d’exemple, le changement climatique coûterait près de 13 milliards de dollars par an aux infrastructures africaines, selon Ramesh Subramianiam, directeur du Coalition for Disaster Resilient Infrastructure(CDRI).
Dans ce contexte, un constat alarmant s’impose : les engagements financiers internationaux peinent à suivre l’urgence de la situation. Seuls 2 % des investissements verts internationaux et moins de 10 % des financements pour l’adaptation au réchauffement climatique seraient ainsi fléchés vers l’Afrique, qui fait face à des taux d’intérêts trop élevés, une malgouvernance chronique et une dette structurelle écrasante.
Un contexte qui a poussé les pays africains, dans le cadre de la Journée de l’Afrique à la COP 30, à réclamer une réforme de « l’architecture financière mondiale » afin de faciliter la mobilisation des capitaux privés à destination du continent. Une transformation urgente car le déclin des investissements vers l’Afrique s’aggrave avec le recul international des mécanismes d’aide au développement et l’instabilité croissante du continent. Pour rappel, la COP29 de Bakou avait, tant bien que mal, acté l’orientation de 300 milliards d’aides fléchées vers le continent africain. Un mouvement dont la réalisation se heurte à des obstacles structurels, selon la Commission économique pour l’Afrique des Nations-Unies.
Hausse de la pression internationale sur les ressources naturelles africaines
Et pourtant, le continent reste, selon de nombreux observateurs, un acteur incontournable de la transition énergétique internationale avec 60 % du potentiel solaire mondial, 40 % du potentiel global en énergies renouvelables et des sous-sols richement dotés en ressources essentielles à la transition écologique, notamment le cobalt, le lithium ou encore le manganèse. Autant de minerais qui constituent le fer-de-lance international de la transition énergétique, notamment dans les filières hautement stratégiques de la mobilité électrique ou des énergies renouvelables.
Parmi eux, la RDC, qui est au cœur de cette transition, rassemble 62 % des réserves mondiales de cobalt et une part non-négligeable des ressources en coltan ou en lithium, sous la pression constante d’une demande internationale en croissance continue. Le marché du lithium est ainsi dopé par la demande pour les systèmes de stockage d’énergie. La demande mondiale de cobalt est, quant à elle, en hausse de 11 % en 2025, notamment en Europe (+ 22%), aux États-Unis (+16%) et en Chine (+36%), selon les données de l’Institut du Cobalt. Quant au cuivre, la croissance de la demande serait de 40 % d’ici 2040. La pression internationale sur ces ressources pose de sérieuses questions environnementales, notamment au Congo, où les conditions d’extraction intensifient les inquiétudes dans les domaines du travail des enfants, de la pollution ou encore de la juste répartition des ressources en eau.
Sous la pression des pays africains, certains industriels tentent d’adopter une démarche extractive plus raisonnable. En RDC, CMOC, l’un des principaux opérateurs de l’extraction de cobalt du pays, a ainsi obtenu la Copper Mark en juin 2024 – une première pour un acteur minier sur le continent. Elle repose sur 33 critères, associant la gouvernance, le social et l’environnement, notamment la préservation de la biodiversité ou encore la gestion de l’eau ou des déchets. Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie de durabilité globale de CMOC, qui, au-delà d’une extraction plus responsable, investit notamment dans le projet hydroélectrique Heshima afin de fournir une énergie propre et durable à ses opérations comme aux communautés locales en RDC. L’ensemble de cette stratégie a notamment permis au groupe de conserver la notation AA de MSCI ESG pour la troisième année consécutive.
Dans le même temps, à l’échelle africaine, la Fair Cobalt Alliance, aspire à associer industriels, clients des entreprises extractives et ONG dans une démarche commune. La FCA rassemble, outre CMOC et son principal concurrent Glencore, des géants comme Google ou Tesla, mais aussi des ONG, comme Save the Children ou The Center for Childs Rights and Business. Son objectif ? Faire émerger des chaînes de valeur équitables, plus responsables et respectueuses de l’environnement africain.
Des bonnes nouvelles émergent
Ces dernières années, le continent a aussi démontré sa capacité à faire naître des projets majeurs sans le soutien déclinant des bailleurs internationaux. Le Grand Barrage de la Renaissance, en Éthiopie, a ainsi été mis en service en 2025, sans soutien étranger. 40 millions d’Africains ont pu, ces dernières années, avoir accès à l’énergie via des systèmes solaires hors réseau, alors que le Kenya a ainsi pu, grâce à la géothermie, garantir aux deux tiers de sa population un accès à l’électricité.
Le combat est loin d’être gagné et le déficit d’investissement demeure, pour l’Afrique, une contrainte structurante. Mais la double mobilisation des gouvernements et de certains industriels tend à démontrer qu’un chemin est possible.

