Skaleet accompagne les banques en Afrique dans la mise en place de systèmes digitaux interopérables qui répondent à des exigences réglementaires strictes. Benjamin Blondeau, directeur financier de la société, explique les avantages qu’en tirent les banques.  

Alors que les banques centrales introduisent des réglementations plus strictes sur les transferts d’argent en Afrique, les opérateurs de télécoms et les banques doivent mettre à jour leurs systèmes et logiciels internes pour se conformer aux nouvelles exigences. La Banque des États d’Afrique centrale (BEAC) et la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ont récemment adopté une législation qui impose aux opérateurs de télécoms moins réglementés de respecter des normes similaires à celles des banques traditionnelles. Les régulateurs ont introduit cette mesure pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement illicite, qui résultent de l’incapacité des opérateurs de télécoms à recueillir correctement les données et l’identité des clients. Elle vise également à accroître l’interopérabilité des institutions financières de la région. Tous les acteurs du transfert d’argent seront considérés aux yeux de la loi comme des banques digitales. L’application de cette réglementation en Afrique a perturbé les canaux de paiement habituels, qui associaient auparavant les banques, les opérateurs de télécoms et les fintechs.

Skaleet, qui propose une solution de Core Banking, aide les banques africaines à adopter des systèmes digitaux interopérables répondant à des exigences réglementaires strictes et capables de s’intégrer à un nombre illimité de canaux de paiement et de fournisseurs externes tels que les services publics clients. « Lorsqu’une nouvelle réglementation est instaurée, il faut un nouveau logiciel », explique Benjamin Blondeau, directeur financier du fournisseur de technologies basé à Paris.   «Notre solution est un portefeuille digital qui se connecte au système bancaire et permet de suivre les transactions, d’intégrer le traitement des cartes et d’avoir des fonctions de connaissance du client (KYC). Ce que nous constatons dans les pays qui suivent la réglementation européenne, c’est que les banques centrales exigent que les acteurs du transfert d’argent soient des banques digitales et se conforment à la réglementation sur les transferts d’argent par virement, et non par Mobile Money », précise-t-il.

Des services très recherchés

Selon M. Blondeau, la modification de la réglementation a pour effet d’égaliser les conditions de concurrence entre les prestataires de services d’argent mobile et les banques traditionnelles qui proposent des services digitaux. Le mobile money, qui a vu le jour avec M-Pesa au Kenya, a souvent été considéré comme un moyen pour les personnes non bancarisées d’accéder aux services financiers sans passer par le système financier traditionnel. L’obligation pour les opérateurs de télécoms et les fintechs de se conformer aux normes bancaires pourrait permettre aux banques de reprendre la main après avoir vu leur part de marché s’effriter pendant plus d’une décennie. « Les personnes non bancarisées en Afrique auront un compte bancaire et non plus un compte de mobile money », estime le directeur financier. La nouvelle réglementation a également accru l’intérêt des banques envers l’infrastructure digitale de Skaleet, qui cherche à se développer en Afrique. Plutôt que de consacrer du temps et de l’argent à la mise en place d’un Core Banking Platform digital répondant aux exigences des banques centrales, les banques préfèrent généralement recourir aux services d’un prestataire externe. La demande de services innovants est plus forte en Afrique, où les banques doivent riposter pour concurrencer les opérateurs de télécoms. Auparavant connue sous le nom de TagPay, Skaleet travaille actuellement avec une vingtaine d’établissements financiers en Afrique, qui représente aujourd’hui 65 % du chiffre d’affaires de l’entreprise.

M.Blondeau indique que l’un de ses clients a pu attirer 2,5 millions de clients sur la plateforme en l’espace de deux ans seulement !

Présente en France et en Belgique, la société envisage de s’implanter en Espagne, en Italie et en Allemagne. Les clients peuvent facilement accéder à la plateforme, adaptée à la banque, en utilisant la technologie de reconnaissance faciale sur une application. Les banques qui choisissent Skaleet peuvent monétiser le service en faisant payer les clients pour les transactions nationales ou transfrontalières. M. Blondeau indique que l’un de ses clients a pu attirer 2,5 millions de clients sur la plateforme en l’espace de deux ans seulement. Environ 70 % des employés de Skaleet sont des ingénieurs qui gèrent les plateformes de Core Banking en hébergeant et en mettant régulièrement à jour les logiciels. De nouveaux modes de paiement et de nouvelles sociétés peuvent facilement être intégrés à la plateforme, à la demande de la banque cliente. En contrepartie de ses services, Skaleet facture aux banques des frais annuels fixes pour chaque client de la plateforme. En outre, il faut compter des frais d’installation de 100 000 à 200 000 dollars. Projets d’expansion Solidement implantée dans des pays principalement francophones d’Afrique centrale et de l’Ouest, Skaleet prévoit de s’étendre à d’autres régions d’Afrique. «Nous avons levé des fonds à la fin de l’année dernière : l’une des principales zones de croissance est l’Afrique de l’Est et le Maghreb, dans la mesure où la réglementation est également en train de changer au Maroc et en Tunisie», explique M. Blondeau. Le fournisseur de technologie a obtenu 28,5 millions d’euros auprès de la banque française Société Générale et de la société américaine Long Arc Capital. Cette somme lui a permis de quasi-doubler son personnel et d’investir dans son expansion. Sur le plan de la concurrence, M. Blondeau affirme que Skaleet utilise un business model relativement unique. « Nous n’avons pas beaucoup de concurrents. Des sociétés proposent des solutions KYC et d’autres des applications mobiles, mais rares sont celles qui offrent une solution complète, opérationnelle en moins de quelques mois », dit-il. Cependant, des plateformes de paiement gérées par des États et des organismes multinationaux commencent à voir le jour et pourraient grignoter des parts de marché aux banques et aux opérateurs de télécoms, comme ces derniers l’avaient fait pour les banques. Mais M. Blondeau pense que les projets lancés par l’Union africaine, tels que le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), augmenteront en fin de compte le nombre de transactions sur la plateforme de Skaleet. « Cela s’inscrit bien dans le cadre de notre business model », assure-t-il. « Cette initiative portant sur l’interopérabilité, une exigence réglementaire pour tous les acteurs du transfert d’argent dans la région, va faciliter nos efforts d’intégration en permettant la connexion aux systèmes tels que le PAPSS », conclut-il.

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