Par Christian Nyombayire*



A l’heure où l’Afrique est secouée par des coups d’Etats, des questions de fond méritent d’être posées sur la capacité des Etats du continent à anticiper les crises. Il est temps de passer de l’Afrique en veilleuse à l’Afrique qui veille. Deux mots comptent ici : intelligence stratégique.

Nous vivons actuellement une période singulière au niveau mondial, jalonnée de crises multiformes – sanitaire, économique, et sécuritaire. Elle révèle un changement de paradigme, notamment sur l’échiquier global où nous assistons à un nouvel ordre mondial. Dans cet ordre qui se dessine, l’Afrique revêt un intérêt tout particulier au centre de toutes les stratégies des puissances (dominantes) sur le continent.

Par ailleurs, l’entrée en vigueur de la ZLECAF (Zone de Libre-Echange Continentale Africaine) rebat les cartes des relations internationales et offre une chance inestimable aux nations africaines. Cette nouvelle instance change radicalement  l’environnement habituel de fonctionnement des Etats africains. Encore faut-il vraiment comprendre et mettre en route réellement cette ZLECAF. Comment penser global quand le local est défaillant ? Au-delà, comment construire l’équilibre entre local et global quand les pays sont étranglés par des problèmes de politique intérieure qui asphyxient l’action internationale ? Autant de questions certes critiques, mais solubles.

En effet, au regard de l’actualité récente sur le continent, notamment en ce qui concerne l’instabilité dont la recrudescence est inquiétante, une nouvelle grammaire interroge la relative anarchie qui prévalait dans les relations entre Etats, sous-ensembles (communautés économiques régionales) et grands ensembles (Union Africaine et ZLECAF). Mais ce qu’il importe de remarquer c’est que l’instabilité d’un pays peut être un facteur aggravant pour toute une sous-région, spécifiquement lorsque des mesures punitives sont lancées (CEDEAO versus Mali). Et cette instabilité ne saurait être circonscrite à l’espace concerné. Elle s’exporte naturellement et impactent les grands ensembles, créant ainsi un sentiment d’insécurité voire de chaos. D’où l’urgence de renforcer la capacité des Etats à gérer en interne les situations de crises ou à les éviter. 

Dès lors comment procéder ? La crise sanitaire due au coronavirus n’a pas manqué de mettre à nu les failles latentes ou larvées de nombreux Etats, ainsi que la faiblesse de leurs dispositifs d’analyse des risques, de prospective et de prise de décision. Cela marque la nécessité pour les dirigeants africains d’entendre un nouveau son de cloche sur le sujet de l’intégration de l’intelligence stratégique dans les schémas décisionnels. Mais pour qu’une machine fonctionne, il faut déjà qu’elle existe ; ce qui est loin d’être le cas. En l’espèce, l’Afrique doit avant tout former des spécialistes, développer des doctrines et lever des armées d’analystes et de stratèges. Les outils de cette nouvelle campagne se composent d’une veille plus pointue, d’une analyse plus incisive, d’une sécurisation plus accrue des données et de leur exploitation dans la production de la décision publique. Pour une Afrique prospère, nous devons aller au-delà des discours et agir véritablement pour ne plus répéter les mêmes erreurs et projeter le meilleur des horizons. Pour y parvenir, l’Afrique peut faire confiance à ses talents qui ont des compétences avérées.

Les Etats africains ne peuvent plus se permettre des décisions d’urgence et les improvisations qui ne reposent pas sur un travail de veille et d’analyse en amont. Ils doivent laisser éclore une démarche beaucoup plus cohérente, une gestion plus dynamique de l’économie par des entités stratégiques dédiées.
 Ces entités leur permettront de se défendre, d’attaquer et d’influencer plus efficacement. Il est temps de porter haut le message selon lequel chaque pays doit désormais disposer d’une entité experte, capable de cartographier au quotidien les affrontements à l’œuvre sur l’échiquier tant sous régional qu’international, de comprendre les enjeux qui s’opposent, d’anticiper des menaces et d’être une force de proposition pour les décideurs.

La mise en place d’une démarche d’intelligence économique et stratégique en Afrique sera l’un des défis clés pour l’émancipation économique des pays africains et surtout pour la sauvegarde de leur souveraineté. Une telle orientation permettra à l’Afrique de prendre en main son destin, national, régional et international. 


A propos de l’auteur

Christian Nyombayire est analyste politique, CEO de Bridge Conseil Ltd et Président de la Commission Affaires Publiques et Développement du CAVIE.

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    M. Nyombayire, merci pour cet article qui pointe un défi important. Nous souhaitons vous inviter, ainsi que les lecteurs qui le souhaitent, à assister à un séminaire en ligne organisé ce jeudi 17 mars 2022 sur la question des nouvelles dynamiques de l’intelligence économique et stratégique. L’inscription se fait à l’adresse suivante : https://bit.ly/IrgibIntelligenceEseminar.
    Également, nous développons justement une formation en ligne sur le sujet de l’intelligence et de l’analyse stratégique, à découvrir ici : https://irgib.campusenligneonline.org/courses/intelligence-et-analyse-strategique/lessons/ias-bienvenue/

    Dans l’espoir de vous y retrouver, je vous souhaite une bonne journée.

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