Guillaume Soro, au deuxième plan, observe les trois protagonistes de la politique ivoirienne depuis 20 ans, à savoir Laurent Gbagbo (chemise blanche), Alassane Ouattara (à gauche) et Henri Konan Bedié (à droite). Les temps ont changé.

Après avoir publié le 29 octobre, la mise au point de l’ancien ministre Justin Katinan Koné, réagissant en sa qualité de 𝟮𝗲̀𝗺𝗲 𝗩𝗶𝗰𝗲-𝗣𝗿𝗲́𝘀𝗶𝗱𝗲𝗻𝘁 𝗱𝘂 𝗖𝗦𝗣 𝗱𝘂 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜 et  de 𝗣𝗼𝗿𝘁𝗲-𝗣𝗮𝗿𝗼𝗹𝗲 𝗱𝘂 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜, à l’article intitulé « 𝗟𝗮𝘂𝗿𝗲𝗻𝘁 𝗚𝗕𝗔𝗚𝗕𝗢 : 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗻𝗼𝗻-𝗱𝗶𝘁𝘀 𝗲𝘁 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲-𝘃𝗲́𝗿𝗶𝘁𝗲́𝘀», paru le jeudi 28 octobre 2021, Financial Afrik revient sur la question. Pour enrichir le débat dans le respect scrupuleux des faits référencés. Sauf votre respect, monsieur le ministre, cette réponse vise à interpeller l’ensemble des africains sur le contenu à donner à la notion de « panafricanisme ». Qui donc de Houphouët-Boigny ou de Laurent Gbagbo est panafricaniste ?


Monsieur le Porte-Parole,

Ancien ministre de Laurent Gbagbo, votre droit de réponse est un cas d’école. Car il donne raison en tout points, ou presque, à l’article qu’il prétendait redresser. Monsieur Justin Katinan Kone, comme votre maître à penser, vous maniez avec une rare efficacité le mensonge par omission. Mais, bien pire que le mensonge, vous déformez aussi à l’envie la vérité. Laurent Gbagbo, dès le début des années 1990, fortifie bien le concept d’ « ivoirité ». Contrairement à ce que vous affirmez, feu le président Houphouët-Boigny, avait bien accordé le droit de vote -mais sans l’éligibilité- aux immigrés lors des lois électorales de 1980 et 1985. Ces immigrés étaient en grande majorité originaires du Burkina-Faso, issus d’ethnies Voltaïques (Sénoufo, Koulango Lobi, etc), par ailleurs déjà constitutives de la Côte d’Ivoire[1].

Cette initiative reposait sur la vision structurellement panafricaine du président Houphouët-Boigny, conscient du caractère artificiel des frontières issues de la colonisation. Contrairement à la notion de Laurent Gbagbo, dont la notion d’ivoirité était (est ?) curieusement calquée sur le cadre géopolitique légué par l’ancienne métropole.C’est dans cette esprit, qu’il demandait, dès le début des années 1990, l’exclusion des immigrés des consultations électorales, et notamment les voltaïques. Alors même que ces derniers avaient fait un temps partie de la même administration coloniale que la Côte d’Ivoire.

Vous savez en outre pertinemment que le soutien de Laurent Gbagbo à Alassane Ouatarra, en 1994, indéniable, n’a jamais été qu’un choix opportuniste et tactique. Il s’agissait alors de battre Henri Konan Bédié, dont la notion d’ivoirité était certes encore plus excluante que celle du dirigeant du FPI. S’il persistait un doute, ce dernier ne fut plus permis quand le président Gbagbo, fraîchement élu à la suite d’ une parodie d’élection, empêchait, lui aussi, Alassane Ouatarra d’accéder aux élections législatives de 2000. Une injustice de trop qui fut directement à l’origine de la rébellion nordiste ».

Sur la question de l’élection présidentielle de 2000, vous posez la question suivante : «comment peut-on attribuer au Président Laurent GBAGBO le caractère frauduleux d’une élection qui a été organisée et contrôlée de bout en bout par son adversaire ? C’est faire mine de ne pas comprendre le précédent article. Personne ne conteste en effet que l’élection ait été totalement organisée par le Général Guéi. Cependant, si Laurent Gbagbo avait été réellement soucieux du droit et de la concorde nationale, il aurait réorganisé un nouveau scrutin réellement représentatif.  Comme lui enjoignait de le faire le président Sud-Africain de l’époque Thabo Mbeki,ou bien l’Union Européenne.

Vos arguments sur l’arbitrage de la CEDEAO sont surprenants. On est d’ailleurs surpris d’apprendre que la CEDEAO était parvenue à trouver un arbitrage torpillé par la France… Il semble aussi inédit que Eyadema Gnassingbé ait aujourd’hui vos faveurs. Tout le monde se souvient que le régime de Laurent Gbagbo le jugeait trop favorable aux rebelles. Feu le président du Togo s’était d’ailleurs heurté à l’intransigeance du président ivoirien sur la question du désarmement préalable des rebelles. Mais aussi à sa surdité aux revendications de ces derniers, directement issues de la question de la légitimité du scrutin. On est là bien loin du consensus. Les accords de Lina-Marcoussis furent organisés précisément face à l’enlisement généralisé. Si on peut critiquer la pertinence de ces accords, il est en revanche faux d’affirmer qu’ils dépouillèrent la CEDEAO de ses prérogatives.Les négociations furent menées de manière intégrée avec cette dernière, et ses prérogatives dans le dossier furent confirmées dans les textes.

Votre justification de la non-organisation de l’élection de 2005 est du registre du vice qui rend hommage à la vertu. Caché derrière le faux-nez du respect de la constitution, vous faites mine d’oublier le caractère intrinsèquement frauduleux et illégitime de l’élection de 2000. En dernier ressort, la guerre civile s’est donc déclenchée suite aux actions du président Gbagbo. Dès lors, l’organisation d’élection en 2005, ou à tout le moins l’amorce d’une transition, aurait été précisément l’ébauche d’une désescalade. Et non une menace pour l’intégrité territoriale comme vous l’avancez. De plus, hypocritement arc-bouté sur le désarmement des rebelles – eux-mêmes passablement échaudés par le massacre de 120 manifestants en 2004– c’est bien Laurent Gbagbo qui fait obstruction à la paix et au droit en 2005. Dans cette optique, la nomination de Guillaume Soro comme 1erministre, et l’acceptation de la candidature d’Alassane Ouattara en 2010, ne furent que des pokers menteurs. Laurent Gbagbo le confirmait en refusant la victoire d’Alassane Ouattara au mépris de la démocratie ivoirienne et des institutions panafricaines.

Sur la question du Franc CFA, votre mauvaise foi atteint des sommets. Vous réfugiant derrière l’opinion d’obscurs juges de la CPI, vous dites que l’inaction de la présidence Gbagbo était due à la France. Une posture téméraire voire complotiste. Mais pourquoi n’avoir fait, à minima, aucune déclaration à l’époque pour au moins publiquement dénoncer le Franc CFA ? La France monopolisait-elle également la parole présidentielle ? Par ailleurs, la France est-elle aussi responsable de l’explosion de la corruption lors de la présidence de Laurent Gbagbo ?

Car la France, c’est votre coupable pratique. Agiter l’épouvantail dans l’ancien colonisateur est le moyen commode de justifier les errements politiques de votre leader. On notera que vous ne vous appesantissez guère sur les chasses aux nordistes (ou au blancs) ; pour maladroitement détourner le propos sur les combats de l’Hôtel Ivoire. L’événement fut dramatique. Cependant, comme pour tout le reste, vous le travestissez à votre profit. L’armée Française avait reçu pour ordre de marcher sur Abidjan, où après l’attaque de Bouaké, des miliciens (et militaires) pro-Gbagbo traquaient opposants et ressortissants ivoiriens[2] dans plusieurs municipalités d’Abidjan (dont Abobo). Le 9 novembre, une foule de manifestants accompagnée de gendarmes [ivoiriens] convergent vers l’Hôtel Ivoire. Elle était poussée par la radio nationale à attaquer les soldats français[3]. Outre des agressions physiques de soldats, deux coups de feu partent depuis la foule. Ne laissant d’autres choix aux français que de riposter. Le bilan, lourd, fut d’une vingtaine de morts civils et militaires, et non pas des centaines comme vous l’affirmez… Il s’agit d’une affaire dramatique et complexe, dans laquelle on ne saurait faire de manichéisme. Affaire que vous avez choisi de tronquer et d’instrumentaliser, alors même que la responsabilité des « gbagbistes » y est nette.

Vous avez eu tort de tenter cette inversion accusatoire. Vos contre-arguments, aisément contredits et décryptés, ne feront que convaincre les lecteurs de la vacuité politique des seconds couteaux de Laurent Gbagbo. Et comme on dit, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.  


Notes

[1] ROUGERIE Gabriel, La Côte d’Ivoire, PUF, Paris, 1964

[2] LUGAN Bernard, Les guerres d’Afrique, Editions du Rocher, France, 2015, p 300

[3] LUGAN Bernard, Histoire de l’Afrique, Ellipses, France 2020, p 841


2 Commentaires

  1. Finalement Financialafrik est un journal de propangade politique. Je vous lis régulièrement pour des informations économiques et financières. J’ai vu avec étonnement la publicité faite autour de votre classement des pays africains les plus endettés sur Canal Plus. Commentaire ridicule. Si vous voulez participer au débat politique ivoirien, pourquoi ne pas choisir un autre support ? Parce que les contre vérités, les attaques politiques gratuites que vous véhiculez dans votre journal ne vous honorent pas, maintenant et à long terme. Le discours urbain sur l’ivoirité, la chasse aux étrangers est bien loin des réalités ivoiriennes. Allez plutôt vous en prendre a Zemmour qui ne s’en cache même plus. Ou faites un tour dans les campagnes ivoiriennes, dans les villages ivoiriens au lieu de se comporter comme un cacatoès

  2. Je suis de plus en plus déçu par votre journal qui, je croyais, était un site d’informations économiques et non de propagande politique.

    Je vous prie de nous ramener à nos premiers amours au risque de perdre le respect de nombreux lecteurs, car l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, émaillée de violence, a causé beaucoup de torts à tous les ivoiriens sans distinction. Et chacun des leaders politiques cités y a sa part de responsabilité.

    Je vous remercie.

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