Incertitudes au Mali : ce que l’on sait des derniers évènements

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Bah N'Daw, président de la transition

Au Mali, le président de la Transition, son premier ministre et leur nouveau ministre de la Défense ont été arrêtés quelques heures après la proclamation d’un nouveau gouvernement lundi 24 mai. Retour sur les derniers évènements, l’identité des putschistes, les raisons d’un nouveau coup de force moins d’un an après celui d’août 2020, et les réactions de la classe politique et de la communauté internationale.

Au lendemain de l’arrestation du président Bah N’Daw et du premier ministre Moctar Ouane par les militaires, Bamako s’est réveillée ce mardi dans l’incertitude sur le sort de la Transition. La nuit a pourtant été calme, sans manifestation, ni violence et scènes de pillages. Et pour l’instant, aucune démission n’est annoncée. Nos sources confirment, par ailleurs, que plusieurs autres responsables militaires et politiques ont arrêtés. Des personnalités dont nous ignorons l’identité pour l’instant.

Réunions nocturnes

Tard dans nuit du lundi au mardi, l’ex-Comité national pour le salut du peuple (CNSP) a entamé des échanges avec des hommes politiques, selon nos informations. Pour cela, il faut citer le Mouvement du 5 juin (M5-RFP), qui, à son tour, aurait été reçu à Kati. Pour rappel, ce mouvement  est la seule organisation associative qui s’oppose à la Transition. Il est composé de plusieurs associations, partis politiques et mouvements politiques, et est actuellement dirigé par Dr Choguel Kokala Maiga, président du comité stratégique. Pour l’instant, rien ne filtre de leur rencontre nocturne, et les personnalités arrêtées ne sont jusqu’à présent pas libres.

Qui sont les putschistes ?

Il s’agit du colonel Modibo Koné, ancien ministre de la Sécurité et de la Protection civile et le second n’est autre que le colonel Sadio Camara, également ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants. Selon plusieurs sources sécuritaires, ce dernier est l’un des hommes les plus intègres de la garnison militaire de Kati. « Sadio camara est un homme intègre et populaire. Il est aimé dans les camps et cela est dû à son intégrité morale et il est efficace en plus », nous confirme un de ses proches collaborateurs sous couvert d’anonymat. Quant au colonel Modibo Koné, il est connu par son sérieux dans les milieux de la garde nationale, selon des sources militaires. Il a la confiance de sa famille militaire (garde nationale du Mali), et est de la même promotion que le colonel Sadio Camara, l’un des purs produits de la Russie.

Ils accusent le président et son premier ministre de les avoir écartés du gouvernement. Pour eux, une première liste préétablie a été changée au détriment de la junte. Une chose qui est « inadmissible », selon des sources militaires. Aussi, la junte accuserait le premier ministre d’avoir fait le jeu de la France dans l’achat des armements militaires au profit de la Russie. Un sujet qui occupe les débats partout dans les salons feutrés.

Il faut rappeler qu’un grand rassemblement est prévu ce soir à la bourse du travail de Bamako pour « dénoncer le coup de force au Mali ». Selon plusieurs observateurs, le coup d’Etat ne doit pas être un « moyen pour s’octroyer du pouvoir ». Pour cela, d’aucuns pensent que la voie pour s’octroyer du pouvoir n’est d’autres que l’organisation des élections démocratiques au Mali.

Des appels au calme

Plusieurs Etats et organisations internationales ont condamné l’arrestation du président , de son premier ministre et du nouveau ministre de la Défense. Il s’agit notamment de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), la Communauté des États ouest-africains (Cédéao), l’Union africaine (UA), la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Union européenne et l’Organisation de la Francophonie qui appellent au calme et exigent la libération inconditionnelle des détenus.

Dans un communiqué conjoint, les chefs d’Etat de la Cédéao et de l’UA ont condamné avec énergie « cet acte d’une gravité extrême qui ne peut en aucun cas être toléré au regard des dispositions pertinentes » de leurs organisations. Demandant aux militaires de retourner en casernes. D’ailleurs, l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, médiateur de la Cédéao dans la crise malienne, est attendu ce mardi à Bamako.

Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a rappelé « au calme » et à la « libération inconditionnelle » des dirigeants civils arrêtés dans la journée du 24 mai par les militaires. « Je suis profondément préoccupé par les informations sur l’arrestation des dirigeants civils chargés de la transition au Mali », a-t-il écrit. Et d’affirmer que son représentant spécial travaille avec la CEDEAO, l’UA et les acteurs internationaux soutenant la transition politique en cours pour une sortie honorable de ladite crise.

A son tour, le chef de la Minusma, El Ghassim Wane, qui vient juste prendre service de l’organisation onusienne,  est rentré en urgence à Bamako, lundi soir, alors qu’il effectuait une  visite dans le centre du Mali. 

« Cet acte est condamnable »

En interne, les réactions ne manquent pas. Housseyni Amion Guindo, président de la Convergence pour développement du Mali (CODEM) est le premier homme politique malien à condamner ce coup de force.  « Je condamne avec la plus grande fermeté les événements en cours dans notre pays. J’exige la libération immédiate et sans conditions du président de la Transition, son excellence Bah N’Daw et du premier ministre Moctar Ouane », a-t- il déclaré.

Son message a été suivi par celui de l’ancien premier ministre Moussa Mara, qui s’est dit « très triste d’apprendre les arrestations du président de la transition, du premier ministre et de certains de leurs collaborateurs. Condamnation sans équivoque de toute prise de pouvoir par les armes, que cela soit dans une Transition où pendant un régime constitutionnel ». L’ancien premier ministre exige et demande par ailleurs leur libération sans conditions, et la poursuite normale de la Transition. Pour lui, « seul le dialogue peut nous permettre de dépasser les incompréhensions et d’avancer ensemble vers le retour à un ordre constitutionnel normal ».

A son tour, le Comité local de suivi de la Transition, composé de tous les représentants de la Communauté internationale au Mali, n’a pas non plus manqué d’affirmer son inquiétude. Exigeant également « la libération immédiate et inconditionnelle » des personnalités arrêtées. D’ailleurs, indique le comité dans son communiqué, les auteurs de l’arrestation du premier ministre et du président de la transition « seront personnellement rendus responsables de leur sécurité ».

« Cet acte est condamnable. Il décrédibilise tout le processus, et affaiblit les processus en cours. Ça  affaiblit l’autorité de l’Etat ; donc indignons-nous », martèle pour sa part Yeah Samaké, ancien ambassadeur du Mali en Inde et chef du Parti pour l’action civique et patriotique (PACP).

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