Tchad: face à la fronde, Mahamat Deby appelle au «dialogue inclusif»

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Par Rodrigue Fenelon Massala, grand reporter.


Le président du Conseil militaire de transition a pris la parole, mardi 27 avril 2021, une première depuis son accession au pouvoir sept jours plutôt. Son discours intervient suite à la répression d’une série de manifestations lancée par la société civile et l’opposition Tchadienne. S’expliquant sur les circonstances qui ont conduit le Conseil militaire de la transition (CMT) à prendre le pouvoir, le général Mahamat Deby estime que cela s’est fait suite à la renonciation du «Président de l’Assemblée Nationale d’assumer sa charge en sa qualité de dauphin constitutionnel face à ce péril imminent». Le Général Mahat Deby invoque donc une sorte de cas de force majeure rendant la constitution inapplicable dans sa lettre. «Les hauts dignitaires de nos forces de défense et de sécurité n’ont pas eu d’autre choix que d’emprunter la voie qui s’imposait à tous dans ce contexte exceptionnel d’un chaos généralisé annoncé et d’implosion du pays», déclare-t-il en faisant allusion aux rebelles qui menacent d’avancer sur la capitale après la mort du président Idriss Deby des suites de blessures subies au front.

Le chef de la junte ne donne pas, toutefois, les raisons qu’aurait avancées Haroun Kabadi, le président du parlement dissout, pour refuser d’assurer l’intérim du Président de la République conformément aux articles 82 et 240 de la Constitution Tchadienne reléguée aux calendes sahéliennes. A supposer que les raisons médicales qu’aurait invoquées Kabadi étaient établies, les généraux ne pouvaient néanmoins pas se borner à en prendre acte pour immédiatement s’emparer du pouvoir et invoquer ensuite l’évidente nécessité de transgresser l’ordre constitutionnel. Car d’une part, les dispositions combinées des articles 82 et 240 prévoient qu’en cas d’empêchement du président de l’Assemblée nationale, l’intérim est assuré par le premier vice-président de la même Assemblée. Ce dernier a-t-il été consulté ? Rien n’est moins sûr. D’autre part, le constat de l’empêchement définitif est de la compétence de la Cour suprême, nous dit l’article 82 de la Constitution.

Selon nos sources, la haute juridiction n’aurait pas été consultée, pas plus qu’elle n’a validé, dans les délais fixés par l’article 73 de la Constitution, les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 11 avril dont le CMT dit en prendre acte. Par ailleurs, une source proche du sérail affirme que le président Deby serait décédé le 18 avril et l’annonce de son décès n’a été rendu public que le 20 avril. «Si Deby est mort en plein processus électoral, c’est en principe le candidat arrivé en seconde position qui doit être déclaré élu», argue notre interlocuteur. Ce serait donc pour éviter de se retrouver dans cette situation que l’armée tchadienne aurait contraint la commission électorale de proclamer Idriss Deby vainqueur alors qu’en réalité il était mort la veille. Des informations battues en brèche par la thèse officielle.

Dans son discours, le président du CMT, explique son «coup de force » par le péril imminent qui menace son pays. Soutenu par la France, Mahamat Deby se pose en sauveur d’une Nation en risque d’implosion. Si l’argument est juridiquement fort de café, il reste symptomatique d’un pays sahélien où le pouvoir est avant tout un rapport de force. Mais, à l’inverse de son père, feu Idriss Deby, qui a repoussé de nombreuses rebellions sans jamais avoir fait recours aux pouvoirs exceptionnels de l’article 97, Mahamat Deby apparaît dès le départ en porte à faux avec le texte fondamental. Le peuple tchadien acceptera-t-il la donne du CMT ? Sucsses Masra, opposant, leader du parti Les transformateurs, répond par la négative. Notons que, dans son discours, le général Mahamat Deby n’a pas fait allusion aux troubles survenus dans la capitale et dans d’autres villes du pays mais a appelé à la retenue. « Notre pays est au carrefour de son histoire. Ce moment crucial pour la Nation tchadienne engage le CMT à faire preuve de responsabilité et de pondération. Aucun État ne peut prospérer dans un environnement marqué par le désordre, l’anarchie et le chaos », ajoute-t-il. Le Général s’est engagé à organiser un dialogue inclusif durant les 18 mois de la transition et a lancé un appel à la diaspora et aux exilés de rentrer au pays pour prendre part à la construction du Tchad, terre de Toumai, ancêtre de l’humanité.

2 Commentaires

  1. illégitimité originelle et structurelle,mensonges ,imposture,vol,déni et putsch anti -constitutionnel, de géniteur dictateur en fils adoptif,que la providence se penche sur le tchad

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