COVID-19: l’Afrique au rendez-vous de l’intégration

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2021, le rendez-vous de l'intégration.

Entre le Maroc et le Gabon, voyager par temps de Covid-19 c’est se ruiner. Le royaume impose un double test PCR (de moins de 72 heures) et sérologique (celui-ci étant finalement abandonné) pour un coût de 800 dirhams (80 euros), soit la moitié du SMIG marocain. Une fois à Libreville, rebelote: le Gabon fait faire un test sur tous les passagers. Si ce test est gratuit à l’arrivée, au départ, il coûte 80 000 FCFA, soit 122 euros.

L’absence de protocole entre pays africains fait que le prix du test, 100 000 FCFA (152 euros ) au Bénin, 40 000 FCFA (61 euros) au Sénégal ), 30 dollars en RDC (en plus d’une taxe de sortie de 55 dollars) varie d’un pays à l’autre. Avec, en outre, une validité qui n’est pas garantie au delà des frontières. Comment dans ces conditions continuer de parler d’intégration africaine ? Les pays africains qui ont eu la chance inespérée d’être parmi les moins touchés par le COVID-19 se sont barricadés en multipliant les mesures de fermeture des frontières entre eux là où l’Europe de l’espace Shengen parvient à imposer une approche commune de la pandémie illustrée par la liste commune des pays sûrs, admis dans la zone.

Quelle différence avec la CEDEAO ! Ce denier ensemble, réputé plus intégré que les autres Communautés économiques régionales du continent, n’a pas pu faire triompher le même protocole sur le transport aérien. Résultat: le chacun pour soi s’est imposé avec des pays comme la Côte d’Ivoire qui instaurent une sorte de taxe de 50 000 FCFA aux passagers sortants. En clair, la pandémie a mis en évidence la désunion entre les pays africains, toutes régions confondues. Le terrible chacun pour soi a occulté l’union, la concertation et la synergie.

Sur le plan macroéconomique, les stratégies d’endettement se font individuellement là où l’UE est parvenue, bien qu’avec des difficultés, à mobiliser 750 milliards d’euros selon le principe de la solidarité. Dans la logique du vieux continent, il ne faut pas laisser l’Italie seule livrée aux forces du marché. En effet, avec une dette qui devrait dépasser 150% du PIB cette année, une croissance en baisse de 13% au deuxième trimestre et un déficit budgétaire stratosphérique, Rome ne pouvait emprunter qu’à des conditions insoutenables, de 8% et plus. C’est pourtant à ces taux que les meilleurs élèves africains, endettés de moins de 70% de leurs PIB, encadrés par des critères macroéconomiques soutenables, sont traités sur le marché des Eurobonds.

Certainement si les 15 États de la CEDEAO avaient emprunté 300 milliards de dollars à l’international pour construire les autoroutes et les infrastructures de l’intégration, ils l’auraient fait à des taux plus compétitifs que ceux appliqués aux États pris individuellement. De même si l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), ensemble très structuré, parvenait à initier, à travers la Banque Ouest Africaine pour le Développement (BOAD), un emprunt collectif et solidaire pour réhabiliter les grandes infrastructures de l’intégration, elle accélérerait son développement en créant plus d’échanges entre les États, donnant ainsi des opportunités nouvelles aux industriels et aux agents économiques en général. Malheureusement, en dépit d’une concertation initiée au niveau de l’Union Africaine, c’est du contraire dont on assiste du Caire au Cap.

Le virus Covid-19 a fait ressurgir les barricades. La Zone de libre échange continental ( ZLECAF) déjà prévue en juillet 2020 a été repoussée à ce janvier 2021 sensé être le point de départ d’une nouvelle Afrique, celle appelée à devenir la Chine ou l’Amérique du 21 ème siècle. L’Union Africaine est restée, quant à elle, reléguée dans une posture de symbole, lieu par excellence des grands discours. L’UA aura brillé par son absence tout au long de cette crise du coronavirus, révélatrice de la panne des institutions. Bref, il est temps pour l’organisation panafricaine de sortir des slogans. Après 60 ans de fausse intégration, il est plus que nécessaire de comprendre que la plus grande richesse du continent africain n’est ni le pétrole ni le diamant: c’est son marché commun. Ce vaste espace dont l’avènement prévu initialement en juillet a été reporté en janvier aurait des répercussions immédiates sur la vie des africains, en repoussant les limites de leurs frontières nationales et en leur permettant d’échanger des biens et services dans un ensemble de un milliard de personnes.

En attendant que les pays africains comprennent que sans union, ils ne seront que des ex-colonies, d’éternels pays en voie de développement, aux PIB indexés sur le pétrole ou le cacao, les grandes banques ont toutes revu le risque Afrique à la hausse. Les pricing de Citibank, HSBC et autres BNP Paribas ont pris l’ascenseur. La confirmation des lettres de crédit se fait avec 200 à 300 points de base au dessus des niveaux de février. La rareté organisée des devises (surtout le dollar) obligent les banques locales à accepter les dures conditions des banques confirmatrices. Là encore, l’on s’étonne de l’inertie africaine. Comment, 60 ans après les indépendances, les banques africaines n’ont pas suffisamment grandi pour être des confirmatrices de premier rang à l’instar des banques chinoises et russes qui, heureusement, ont su créer l’alternative ? L’Afrique actuelle reste un gâteau délicieux pour la finance internationale, avec des deals sur-rémunérés qui participent chaque jour à dépouiller les africains. Au final, c’est l’inertie qui se perpétue.


Source: Financial Afrik 74

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