Le président français Emmanuel Macron, arbitre du jeu politique ivoirien malgré lui

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4 septembre 2020. Emmanuel Macron recevant Alassane Ouattara.

Après la lettre de l’ancien président ivoirien, Henri-Konan Bedié, l’invitant à se prononcer, la rodomontade de l’ancien président de l’assemblée Guillaume Soro, en exil sur le territoire français depuis la fin 2019, critiquant son “silence assourdissant” sur le troisième mandat, les suppliques sous forme de lettre ouverte du candidat du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N’Guessan, dénonçant, le 2 septembre, un coup d’Etat institutionnel, Emmanuel Macron se voit de facto et “malgré lui”, investi garant du jeu politique ivoirien.

“Votre parole est très attendue”, insiste Nguessan envers le président Emmanuel Macron, confirmant la phrase de Nicolas Sarkozy qui disait lors d’un entretien en marge du sommet France-Afrique de Nice à la fin mai 2010: “le problème avec les africains c’est que quand vous intervenez, vous êtes accusés d’ingérence. Si vous n’intervenez pas, on vous reproche de ne pas le faire”. C’est cette bipolarité, à ne pas confondre avec le syndrome de Stockholm (puisqu’il n’y a plus d’otages depuis 60 ans), qui étonne dans la tête des hommes politiques ivoiriens et africains, du pouvoir comme de l’opposition. Aux antipodes d’une jeunesse qui aspire à l’indépendance, la génération actuelle aux commandes semble dire que le garant moral et institutionnel du premier pays de la zone Franc est la France, présente il est vrai en Côte d’Ivoire sous différentes formes, civiles et militaires.

Muet face aux sollicitations des opposants, Emmanuel Macron a dû faire violence à son agenda pour ouvrir à deux battants les grilles de l’Elyée, le 4 septembre, au président ivoirien, Alassane Outtara, venu s’expliquer sur le contexte politique qui l’a poussé à s’engager dans son projet du troisième mandat. Le menu du déjeuner du travail entre les deux chefs d’Etat, annoncé par un communiqué du service présidentiel ivoirien, a porté sur les relations bilatérales, la situation dans la sous-région ouest africaine, notamment la crise au Mali, ainsi que l’actualité internationale, marquée par la pandémie de COVID-19.

Si le communiqué présidentiel ivoirien ne mentionne pas nommément le troisième mandat, il a été question de paix, de stabilité et d’élections : “les deux Chefs d’Etat se sont félicités de l’excellence de la coopération entre la Côte d’Ivoire et la France et ont réaffirmé leur détermination à la renforcer davantage. Ils ont également fait un tour d’horizon de la situation économique et politique de la Côte d’Ivoire. Ils se sont félicités des performances économiques et sociales exceptionnelles de la Côte d’Ivoire au cours de ces dernières années. Ils ont également noté la nécessité de maintenir la paix et la stabilité retrouvées. Dans ce cadre, l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 doit contribuer, selon eux, à raffermir cette paix et cette stabilité en Côte d’Ivoire”, lit-on dans le communiqué ivoirien alors que le communiqué de l’Elysée, lui, se fait désirer.

Au delà des mots, le président Français n’a pas pris position sur la candidature de son hôte. Emmanuel Macron a rappelé qu’il était “fidèle” à son engagement posé lors de son discours à l’université de Ouagadougou en novembre 2017 : le président français est attaché au «principe de ne pas s’ingérer dans la politique intérieure des pays », indique à RFI, une source de l’Élysée, sans préciser s’il a été question des vives tensions qui agitent la Côte d’Ivoire à quelques semaines de la présidentielle.

Cette non ingérence dans les affaires intérieures ivoiriennes était-elle de mise en mars dernier quand Ouattara avait annoncé solennellement qu’il ne se représenterait pas, afin, expliquait-il, de «transférer le pouvoir à une jeune génération» ? D’un tweet sans réserve, Emmanuel Macron avait alors salué une «décision historique», estimant que son homologue avait fait preuve d’exemplarité. Y aura-t-il un nouveau tweet annulant ou confortant le précédent ?

La participation au scrutin du président ivoirien sortant, 78 ans révolus, après un premier mandat en 2010, un deuxième en 2015, est jugée anticonstitutionnelle par l’opposition et une partie de la population mais pas par le concerné lui-même qui estime que le changement constitutionnel intervenu en 2016 a remis le compteur des mandats à zéro. Ce dossier délicat fait l’objet d’un chassé-croisé parisien entre pouvoir et opposition, les uns et les autres prenant d’assaut les hommes politiques et les médias français dans un ballet qui en dit long sur la relation complexe entre les deux pays.

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