Présidentielles en Côte d’Ivoire: ce que prépare le camp Gbagbo

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Le président ivoirien Alassane Ouattara (d) et son prédécesseur Laurent Gbagbo (g). Un remake de 2010 avec en toile de fond Henri Konan Bedié, faiseur de roi, voire roi.

Dans un peu moins de 3  mois  les ivoiriens devraient se rendre dans les urnes pour trouver un successeur à Alassane Ouattara. Dans l’attente de cette échéance qui, sauf changement, est prévue pour le 31 octobre prochain, du  côté de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo,  acquitté par la Cour Pénale Internationale et désormais libre de tous mouvements, les éléments de langage annoncent son intention d’entrer en lice.  

 Dans la perspective d’un retour en Côte d’Ivoire après 9 ans d’incarcération à la prison de la Cour pénale internationale,  l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui vit désormais à Bruxelles, s’est personnellement rendu dans la chancellerie ivoirienne de la capitale belge, le 28 juillet dernier,  pour effectuer les formalités  administratives de demande de  documents de voyage. Notamment un  passeport et un Laisser-Passer.

Cette démarche fait suite à la requête du Greffe de la CPI qui a, depuis le 10 juin 2020, informé les autorités ivoiriennes, par voie diplomatique, de l’intention de l’ex-pensionnaire de la prison de Scheveningen, désormais libre de tous mouvements, de rentrer en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo, dont le silence ne finit pas d’inquiéter certains de ses partisans, commence tout doucement à ‘’donner’’ de la voix. C’est en effet, à la surprise générale qu’un communiqué de presse signé par un de ses conseils, Me Touré Habiba, a dévoilé toutes les démarches jusque-là entreprises discrètement par l’ex-chef d’Etat pour rentrer en Côte d’Ivoire. 

En outre, un autre communiqué daté du 3 Août 2020, toujours signé par Me Touré, a révélé le retrait de Laurent Gbagbo de la liste électorale et l’acharnement dont il serait victime de la part des autorités ivoiriennes. Mais en attendant son retour effectif, à moins de trois mois de l’élection présidentielle,  sur le terrain à Abidjan, ses partisans multiplient les actions et la répétition des éléments de langages annonciateurs d’un retour imminent de   Laurent Gbagbo. Mais aussi et surtout d’un Laurent Gbagbo candidat au scrutin présidentiel du 31 octobre 2020 prochain. Cette candidature a même déjà été formellement adoubée  le 25 juillet 2020 dernier  par le  ‘’Secrétariat général’’ de l’aile  du Front Populaire Ivoirien (FPI) dirigée par Assoa Adou et restée fidèle à Laurent Gbagbo.

Mais, en plus du FPI, parti fondé par l’ex-président, celui-ci bénéficie également de plusieurs soutiens en dehors de sa chapelle politique.    Notamment au sein du PDCI de Henri Konan Bédié, ancien allié du RDR de Ouattara,  qui a formalisé son alliance avec les ‘’pro-gbagbo’’ à travers une coalition. Il y a également la  plateforme dénommée ” Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté” ( EDS) dirigée par l’ex-ministre Georges Armand Ouégnin qui multiplie les actions pour un retour aux affaires de l’ancien pensionnaire de la prison de La Haye. Egalement parmi les soutiens, l’Union des Nouvelles Générations ( UNG) de l’homme d’Affaires Stéphane Kipré, un fidèle parmi les fidèles de Laurent Gbagbo. Ce parti ira en convention  les 8 et 9 Août 2020 prochain. L’objectif de cette convention prévue pour se tenir à Yamoussoukro dans la capitale politique ivoirienne, c’est, bien entendu, de désigner le candidat de l’UNG pour la prochaine échéance électorale. Et si l’on s’en tient à la posture affichée par ce parti depuis ses 13 années d’existence dans le paysage politique ivoirien, il est fort à parier que ce choix se portera certainement sur Laurent Gbagbo. En plus de ces soutiens formels, d’autres anciens alliés de Ouattara, notamment Mabri Toikeusse et Marcel Amon Tanoh, en rupture de ban avec le RHDP ont publiquement exprimé leur volonté de voir Gbagbo participer à la vie politique de la Côte d’Ivoire.

Vers un remake de 2010 ?

Avec le retour imminent de Laurent Gbagbo et la volonté de plusieurs acteurs politiques de le voir participer au scrutin,  la présidentielle ivoirienne du 31 octobre 2020 prochain pourrait prendre des allures de ‘’match retour’’ entre Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. C’est en tout cas ce que laisse présager l’évolution de l’actualité politique au bord de la Lagune Ebrié.  Depuis le 26 juillet dernier, le PDCI a, en effet, officiellement acté le choix d’Henri Konan Bédié. A 86 ans, il va donc briguer le fauteuil présidentiel  sous les couleurs de son Parti le PDCI, un des poids lourds de  l’opposition en Côte d’Ivoire. Pour lui, il n’y a pas de doute: «l’âge est un atout».

De son côté, Alassane Ouattara qui avait décidé de passer le relais à la ‘’jeune génération’’ pourrait finalement briquer un troisième mandat pour le compte du RHDP, le parti au pouvoir. Après le décès brusque de son dauphin Amadou Gon Coulibaly, le 8 juillet dernier, les partisans de l’actuel président ivoirien lui ont officiellement demandé de rempiler. Et même s’il a préfère encore  jouer les prolongations, avant de donner une réponse définitive à cet appel de pied, Alassane Ouattara devrait, sauf surprise, être en lice pour le scrutin du 31 octobre prochain.

Ce qui qui conduira donc les ivoiriens vers un remake de l’élection présidentielle d’octobre 2010 même si, entretemps, un jeu de chaise musical a changé les positions et les postures  des trois protagonistes.

1 COMMENTAIRE

  1. S’il vous plaît mesdames et messieurs les journalistes de tous bords, veuillez noter que sur un plan purement juridique, le gouvernement formé par laurent gbagbo après le premier résultat du scrutin de 2010, est un gouvernement qui n’a JAMAIS EXISTE. Aussi bien, il convient de ne pas citer ceux qui avaient été nommés pour la 1ère fois “ministre” ou “premier ministre”. Ceux qui ont droit à ce titre, sont ceux qui ont au moins une fois occupé ce poste dans le passé. La raison en est simple: le résultat invalidé, un autre candidat ayant été proclamé vainqueur, tous les actes posés par le précédemment proclamé élu sont nuls et de nul effet, et n’ont jamais produit un quelconque effet de droit. L’accessoire suit le principal en droit: si le président n’a jamais été président, il ne peut avoir valablement nommé ni ministre, ni ambassadeur ni préfet etc.

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