Procès des 100 jours en RDC: Samih Jammal le bouc-émissaire de la lutte politique ?

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Depuis plusieurs mois, le procès dit « des 100 jours » en République démocratique du Congo (RDC) a suscité l’attention du continent tout entier, et même au-delà. Vital Kamerhe, ancien directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, est accusé de détournement de plus de 50 millions de dollars destinés à l’érection des 4 500 maisons préfabriquées, dans le cadre du programme d’urgence de 100 jours. Dans ce procès où l’Etat congolais s’est lui-même porté partie civile, l’essentiel de l’attention s’est porté sur Vital Kamerhe, du fait du caractère exceptionnel d’un procès pour corruption impliquant les plus hautes sphères de la RDC. Fait moins connu, Samih Jammal siège lui aussi sur le banc des accusés et a fait appel de sa lourde condamnation. L’occasion pour nous de revenir sur ce procès spectaculaire.

1 mois de procès, 20 ans de condamnation

Atypique, le procès, qui a valu une condamnation de 20 ans de travaux forcés à l’ex-directeur de cabinet Vital Kamerhe et à l’entrepreneur libanais Samih Jammal, l’a été à bien des égards. Au niveau médiatique d’abord, le procès a fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de la population, qui a pu suivre la procédure retransmise en direct sur les chaines de télévision nationale. Cette médiatisation inhabituelle a conduit certains spécialistes à qualifier le procès des 100 jours de«procès pour l’exemple». Dans un article du Monde en date du 14 juillet 2020, le journal fait en effet état de «plusieurs diplomates et spécialistes américains de la lutte contre la corruption» ayant été «dépêchés à Kinshasa» au moment du procès. L’article affirme ensuite que ces derniers «évoquent régulièrement l’idée d’une première condamnation «pour l’exemple», et cite un proche du président reconnaissant que «l’influence des Etats-Unis est telle qu’il a été difficile de reculer». De fait, l’enjeu de ce procès est de taille pour le président Tshisekedi, qui s’était engagé lors de son élection à combattre avec fermeté les problèmes de corruption. 

Autre élément invraisemblable : la célérité d’un tel procès. Il n’aura en effet fallu qu’un mois aux juges du tribunal et à l’opinion publique pour condamner Vital Kamerhe, SamihJammal ainsi que Jeannot Muhima, également impliqué dans le procès. Cette rapidité dans le déroulement de la procédure, qui plus est dans le contexte sanitaire actuel, semble renforcer le caractère politique du procès et la possible instrumentalisation de la lutte contre la corruption dans le pays. D’autant que ce type d’affaires, relatives à la corruption et impliquant le sommet de l’Etat sont généralement les plus longues à traiter, du fait de leur complexité et de la difficulté de rassembler les documents nécessaires. 

Enfin, pour couronner le caractère extraordinaire de ce procès, l’un des juges en charge de l’affaire, M. Raphaël Yanyi, est retrouvé mort de manière suspecte le 26 mai, soit quelques jours seulement après le début des auditions. Autant d’éléments qui laissent planer le mystère, voire la suspicion, autour de cette affaire de corruption. 

Samih Jammal, au mauvais endroit au mauvais moment ? 

Condamnés à une même peine de 20 ans de travaux forcés, Vital Kamerhe et Samih Jammal n’ont pourtant pas fait l’objet de la même médiatisation. Loin de là. L’entrepreneur libanais, patron des sociétés de préfabriqués Samibo Congo SARL et Husmal SARL, et actif depuis plus de 50 ans en RDC, reste encore peu connu du grand public. Bien qu’une photo l’affiche aux côtés de M. Kamerhe, les liens entre les deux hommes restent encore méconnus et pourraient être plus légers qu’il n’en a été question. Pour certains, M. Jammal n’est autre qu’une victime collatérale d’un procès politique impliquant les plus hautes sphères de l’Etat.
Parmi les deux contrats obtenus par Samih Jammal, totalisant la construction de 4500 maisons préfabriquées dans différentes parties du pays, le premier aurait été hérité de l’époque de Joseph Kabila. Concernant le deuxième contrat en date de juin dernier, « la présidence dit ne pas avoir eu le choix, Husmal étant devenu le représentant exclusif en RDC de ces maisons préfabriquées », selon un article de RFI. Ces deux arguments iraient donc à l’encontre des accusations portant sur l’obtention à l’amiable de ces deux chantiers considérables. L’autre zone d’ombre importante de l’affaire concerne l’avancée des chantiers.
Alors que la plupart des journaux affirment qu’une grande partie des travaux n’a jamais été réalisée, l’homme d’affaire libanais se défend de son côté en clamant que la plupart des maisons préfabriquées aurait déjà été livrées mais seraient bloqués dans les différents ports du pays. Si tel est le cas, la condamnation de SamihJammal à 20 ans de travaux forcés pourrait s’expliquer par sa présence « au mauvais endroit au mauvais moment », c’est-à-dire au beau milieu d’un règlement de compte politique au plus haut niveau de l’Etat congolais.
Ce chantier important, qui s’inscrivait dans le « programme des 100 jours » du président Tshisekedi, pourrait donc être celui de trop pour Samih Jammal qui avait en son temps participé à la réhabilitation de la radio et télévision nationale. La procédure en appel pourra peut-être faire la lumière sur les nombreuses zones d’ombre qui subsistent dans cette affaire. S’agit-il effectivement d’une « Opération mains propres »comme veut le faire croire l’Etat congolais, ou bien d’un « complot politique » dans lequel M. Jammal s’est trouvé impliqué à son insu ? La décision finale devra trancher ce litige sensible.

1 COMMENTAIRE

  1. Oh la la…!

    Voila donc un “article sur commande” pour tenter de laver un dilapideur de deniers publics dont le delit ne fait aucun doute !

    Au lieu de s’elucubrer a defendre ce Libanais et et son complice Vital Kamerhe et diaboliser le proces les condamnant a juste titre, que ce journaliste nous prouve leur innocense, et surtout nous dise ou se trouvent les $50 Millions disparus du Tresor.

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