Paul-Harry Aithnard (Ecobank-UEMOA) : «nous sommes rentrés de plain-pied dans le monde d’après»

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"Nous sommes rentrés de plein pied dans ce monde d’après caractérisé par deux éléments : à la crise sanitaire il faut faire de son possible pour ne pas virer vers la crise économique et sociale"

Dans cette riposte au Covid 19 et le soutien aux populations vulnérables, plusieurs institutions financières essaient d’ apporter un soutien sous forme de numéraire ou à travers la fourniture d’équipement. C’est le cas du groupe Ecobank qui a fait une contribution de 3 millions de dollars sur le continent pour faire face à la propagation du virus et stabiliser l’état des économies. Financial Afrik a organisé un entretien téléphonique avec le Directeur général Ecobank Cote d’Ivoire et Directeur régional pour l’UEMOA, Paul-Harry Aithnard. Qui donne les détails non seulement sur le montant affecté à l’Uemoa dans ce portefeuille global de 3 millions de dollars mais aussi sur les solutions proposées par son groupe pour aider les autorités gouvernementales.

Comment se porte le groupe  Ecobank ces dernières années ?

Le groupe se porte bien. Nous avons implanté certaines bases de notre stratégie depuis 2015. Et cette stratégie est aujourd’hui entrain d’être déployée avec succès et nous avons la conviction que le métier bancaire est entrain d’évoluer vers la distribution des services  financiers de plus en plus par des canaux digitaux. Notre objectif c’est de créer un écosystème autour d’Ecobank qui permettra d’offrir des services et des solutions à plusieurs types de clients, en particulier les Pme et les grandes entreprises à travers soit des canaux physiques ou digitaux. Il était important pour nous aussi de mettre en place plusieurs partenariats avec des entreprises internationales, régionales et locales. Ce sont tous ces éléments qui nous font dire aujourd’hui que le groupe Ecobank se porte bien. Les résultats que nous avons annoncés pour l’année 2019, aussi bien pour la région de l’Uemoa que toute l’Afrique, montrent que nous continuons à afficher des chiffres robustes.

Avec la crise sanitaire liée au Coronavirus, on voit que la banque  est de plus en plus impliquée dans l’aide aux couches vulnérables et aux clients de la banque. Combien pèse ce portefeuille pour le groupe ? Peut –on l’évaluer ?

Oui on peut l’évaluer. Mais, il faut d’abord comprendre que le soutien aux couches populaires et l’intérêt porté aux clients font partir de l’ADN du groupe. Notre mission est de participer à l’intégration et au développement de l’Afrique. Donc, Ecobank n’est pas une banque comme les autres. Aujourd’hui nous ne voyons pas d’impact négatif pour le moment sur le portefeuille de part notre exposition aux couches populaires et aux clients de la banque. Mais nous sommes tout à fait conscients que nous sommes sur un territoire inconnu pour chacun de nous. C’est pour cette raison que nous essayons de faire le plus d’attention possible et de s’assurer que la banque continue d’avoir de la liquidité. D’ailleurs les dépôts au niveau de la banque continuent de s’accroitre, ce qui démontre que nos clients continuent de nous faire confiance malgré cette situation de pandémie.

On Constate que l’Afrique de l’Ouest est en ligne de mire en terme de nombre des personnes infectées,  notamment en Côte d’Ivoire où le pic est vraiment atteint. Cette situation ne va-t-elle pas considérablement affecter le portefeuille de la filiale Côte d’Ivoire ?

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, on regarde cela d’un œil très prudent. Aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest présente plus de 3000 cas. La Côte d’Ivoire est l’un des pays qui enregistrent le plus de cas. Nous essayons d’être très proche aussi bien des autorités que des populations pour jouer notre rôle qui est de faire partie de la solution. Donc nous essayons de proposer une gamme de services et de produits numériques accessibles à toutes les populations vivant dans la zone Uemoa. Des services qui leur permettent par exemple d’envoyer de l’argent à leur famille à l’intérieur ou à l’extérieur de la zone ou alors des services qui leur permettent simplement d’envoyer de l’argent à des populations en milieu rural. Ce sont tous ces éléments que nous essayons de mettre en place. Nous encourageons nos particuliers et nos entreprises à utiliser nos solutions digitales qui leur permettent de faire des transactions tout en restant protégées et en respectant les règles de distanciation sociale.

Quel est votre apport dans le soutien aux PME ? Quels sont les secteurs que vous accompagnez le plus ?

Le sujet des Pme est très important et demande le support de tous, aussi bien des Pme que de l’Etat. Les Pme son génératrices d’emploi et représentent plus de 80% des emplois informels. Ce que nous essayons de faire c’est d’abord de se rapprocher de ces Pme là en utilisant les différentes options que nous offre la Banque centrale (Bceao) pour apporter un peu plus de liquidités aux Pme ; la deuxième chose que nous avons fait, nous sommes entrain de travailler avec les différents ministères de l’Economie et des Finances de la région pour voir comment nous pouvons participer aux différents mécanismes de soutien financier, qui vont être mises en place. Ce, pour voir comment participer aux partages de risques s’il le faut ou comment continuer à apporter de la liquidité à des entreprises très importantes et génératrices de revenus et de richesses du continent. Il est important de noter aussi que nous avons essayé de nous rapprocher de ces Pme là en accélérant le déploiement des points express (Mini agences d’Ecobank qui permettent à la banque de se rapprocher le plus possible de ces clients).

Le groupe a récemment annoncé avoir contribué à hauteur de 3 millions de dollars dans la lutte contre le Covid 19 sur le continent. Peut-on avoir une idée sur la part qui a été affectée aux pays de l’Uemoa, étant donné que vous êtes aussi le directeur régional exécutif Uemoa du groupe Ecobank ?

Effectivement, le groupe a contribué pour plus de 3 millions de dollars sur le continent pour la lutte contre la Covid 19. Dans la zone Uemoa, nous avons contribué pour près de 400 millions Fcfa. Ce montant a été accordé sur la base de trois axes qui étaient importants pour nous. Le premier c’est d’être à coté du gouvernement en fournissant l’équipement sanitaire nécessaire ; le deuxième axe c’est d’être auprès du gouvernement pour renforcer la capacité hospitalière (respirateurs et vivres) et le troisième axe pour nous c’est de faire la promotion de la télémédecine. Parce que nous croyons que la télémédecine est une réponse dans le traitement contre le covid 19. A l’intérieur de ces 400 millions pour la zone, nous avons octroyé à peu près 70 millions à l’Etat de Côte d’Ivoire. Nous restons disponibles pour faire partir de la réponse à la pandémie.

Lors de l’octroi des 3 millions de dollars du groupe, il y a le directeur général , Adé Ayeyemi qui affirmait : «nous sommes par ailleurs conscients de l’effet de la pandémie du Covid-19 sur nos clients et avons pris la décision d’atténuer de diverses manières les retombées négatives en rendant d’ores et déjà gratuits certains frais bancaires sur nos plateformes numériques.». Les frais bancaires sont effectivement retirés des opérations dans vos agences ?

Il n’ y a pas de frais à payer, nous avons fait deux choses importantes. La première c’est que nous avons enlevé les frais lorsque vous faites des transferts à partir de notre application mobile. Par exemple si vous envoyez de l’argent par e-mail, sms ou avec notre service que nous appelons cash express, vous payez zéro frais. La deuxième chose que nous avons faites, nous avons relevé les montants autorisés en permettant de pouvoir faire des transactions de taille plus importantes sans se déplacer en agence. Ce sont par ces éléments que nous essayons aussi d’apporter une réponse digitale à la pandémie.

La crise n’affecte-t-elle pas vos activités ? Qu’est ce que vous suggérez pour les pays de l’Afrique de l’ouest dans la lutte contre la propagation du virus ?

Je modère le propos quand vous dites que la crise n’a pas affecté notre banque. J’avais bien précisé qu’on rentre en territoire inconnu et on ne peut pas croire que cette crise n’aura pas d’impact sur l’avenir de la banque. Pour le moment il est difficile de quantifier cet impact, mais il est évident qu’avec une baise du Pib de moitié en termes de croissance il y aura moins d’offre, moins de demande et que les services financiers comme courroie de transmission importante dans l’économie risquent d’être impactés. Ce qui est difficile aujourd’hui c’est de quantifier cet impact là. C’est important aussi d’insister sur le fait que le contexte n’est pas seulement lié à la région Uemoa ou à la Côte d’Ivoire. Nous sommes dans un contexte mondial. Selon le cabinet Mc Kinsey, le Covid 19 pourrait causer une baisse de 8% du Pib des économies africaines en 2020. Près de la moitié de la population mondiale est confinée et la Banque mondiale estime que l’Afrique subsaharienne pourrait connaitre une première récession depuis 25 ans. Ce qui pourrait entrainer des pertes de production entre 37 et 79 milliards de dollars en 2020. On est dans un contexte extrêmement difficile et c’est pour cela que nous devons participer à la réponse en terme de conseil à donner aux populations. Il faut respecter les gestes barrières, c’est essentiel pour la survie de nos populations. La deuxième chose importante, les entreprises doivent faire preuve de solidarité, c’est ce qu’on essaie de faire par rapport aux actions sociales qu’on a eu à faire et aussi par rapport aux recommandations que nous donnons pour pouvoir aider les autorités à répondre de manière adéquate à la crise. L’autre point important pour nous est la sensibilisation et l’éducation des populations. C’est seulement à ce prix que nos sortirons beaucoup plus renforcés de cette crise.

Vous avez un mot de la fin, monsieur le directeur régional ?

Ce que je peux dire c’est d’insister sur le monde d’après. Cette crise va créer des bouleversements très profonds. Nous sommes rentrés de plein pied dans ce monde d’après caractérisé par deux éléments : à la crise sanitaire il faut faire de son possible pour ne pas virer vers la crise économique et sociale. C’est justement pour cela que nous faisons tout pour pouvoir créer des partenariats et apporter des solutions financières aux couches populaires. Le deuxième élément  qui va définir le monde d’après c’est l’accélération dans le digitale et Ecobank aujourd’hui est l’une des banques qui offre les meilleures réponses par rapport à cela.

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