Le confinement n’est pas réaliste en Afrique (Etude Finactu)

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Scènes de violences à Cap Town (Afrique du Sud) suite aux protestations contre le confinement.

La crise que représente le Covid-19, qui frappe le monde entier depuis le début de l’année, entretient avec l’Afrique une relation particulière : en termes de calendrier, elle semble la protéger, puisque sur les 120.567 morts de ce virus que comptait le monde au 14 avril 2020, l’Afrique ne représentait que 0,7% ; mais l’Afrique se sent face à cette crise comme la foule massée sur la plage et qui voit la vague du tsunami gonfler à l’horizon… Elle n’est pas encore vraiment touchée, mais elle voit, sur les écrans de télévision, ce qui l’attend. Et toutes les conditions sont réunies – hélas ! – pour que cette crise ait sur notre continent un effet dévastateur. Nous le pressentons tous, nous l’anticipons, nous le redoutons“, écrit Finactu dans un rapport exhaustif qui passe en revue les stratégies mises en branle par les 185 pays touchés par la pandémie.


En attendant notre entretien vidéo avec Finactu, à paraître cette semaine dans l’émission PIB (Produit Info Brut) animée par Dominique Mabika, voici la quintessence de cette étude qui n’a pas peur de rompre un certain consensus mou autour de la question du confinement.


Le cabinet basé à Casablanca explique dans son étude qu’il ne faut pas analyser cette crise avec “les yeux, les concepts et les statistiques des pays industrialisés, car l’Afrique diffère à de nombreux égards des pays où la maladie se manifeste aujourd’hui (Asie, Europe, Amérique du Nord)” ;

D’autre part, l’étude cherche à identifier les meilleures réponses sanitaires et économiques que les Gouvernements peuvent apporter pour atténuer les conséquences de la crise du Covid-19. Sans hésiter à rappeler l’humilité qui est de mise, face à une pandémie absolument inédite.

Les bons et les mauvais élèves

L’Allemagne et la Corée du Sud se distinguent au premier rang de la classe, avec une stratégie prophylactique qui mise tout sur la massification des tests. On note par ailleurs que la Corée du Sud a été très rapide dans la mise en place d’un dépistage à grande échelle au début de la pandémie, en multipliant le nombre de tests quotidiens par plus de 10 en moins de 8 jours seulement.

On comprend que l’approche du dépistage massif a donc deux intérêts, détaille l’étude. Le premier est qu’elle permet d’identifier rapidement les porteurs asymptomatiques, c’est-à-dire ces malades qui ignorent leur condition, et ainsi de freiner considérablement la propagation de la maladie. Le second est qu’elle rend possible une stratégie de confinement limitée aux malades dépistés. Ainsi, au lieu de confiner la totalité de la population dans une sorte de gâchis collectif considérable, la Corée du Sud a pu pratiquer une approche très sélective, et donc infiniment moins coûteuse économiquement.

En Europe, l’Allemagne a développé une stratégie comparable à celle de la Corée du Sud en développant le tout premier protocole complet de dépistage pour la maladie. Les raisons qui ont permis cette prouesse médicale et la mise en place d’une campagne de dépistage unique par son ampleur sur le continent sont à la fois historiques et administratives. Historiquement d’abord, l’Allemagne possède une avance importante sur ses voisins dans la plupart des domaines ayant trait à la recherche en biologie moléculaire. L’ampleur de cette avance s’est faite claire lorsque, dès les prémices de la crise, un grand nombre d’entreprises du secteur ont été en mesure de fabriquer rapidement une quantité phénoménale de tests de dépistage fiables. À noter qu’à ce jour, et malgré ce volume de tests déjà créés et utilisés sur le territoire (voire exportés), les laboratoires allemands restent les principaux détenteurs européens des produits chimiques et réactifs nécessaires à la fabrication de tests.

Une des raisons supplémentaires avancées pour expliquer l’excellente gestion de cette crise en Allemagne, poursuit Finactu, tiendrait à son fédéralisme. L’Allemagne est constituée de 16 Länder dont chacun a la responsabilité, à son niveau, de la gestion de sa politique médicale. L’implication de ce principe a été qu’historiquement chacun des États a construit des systèmes de soin de toute première qualité ainsi que des laboratoires de rang mondial qui sont aujourd’hui capables d’analyser rapidement le nombre très important de tests qui leur sont soumis. Dans le lot des mauvais élèves identifés par l’étude, figurent l’Italie, l’Espagne, les États-Unis et le Royaume-Uni et la France. L’Italie, l’Espagne et la France ont abordé la crise avec un retard en termes de capacités de test et de dispositifs médicaux (masques et gels hydroalcooliques notamment).

Le Royaume-Uni, les États-Unis et les Pays-Bas, de leurs côtés, ont pensé affronter la crise avec une sorte de « laisser-faire » visant à aller à marche forcée vers l’immunité collective. . Cette approche est résumée simplement par le conseiller scientifique du gouvernement britannique, Patrick VALLANCE, qui déclarait mi-mars à la presse qu’« il est impossible d’éviter que toute la population n’attrape le virus. Et ce n’est pas non plus souhaitable, car il faut que la population acquière une certaine immunité ».

Elle est aussi symbolisée par plusieurs déclarations du Président TRUMP qui a d’abord minimisé la pandémie (« Quinze personnes ont été [testées positives]. Dans quelques jours, ce nombre sera de nouveau presque nul. Nous avons vraiment fait du bon travail » le 26 février et « L’an dernier, 37.000 Américains sont morts de la grippe. En moyenne, il y a entre 27.000 et 70.000 cas par an. Rien ne ferme, la vie et l’économie continuent. En ce moment, il y a 546 cas confirmés de Coronavirus, et 22 morts. À méditer ! » le 23 mars) ; puis a clairement posé le dilemme de la crise sanitaire ou économique (« On ne peut pas avoir un remède [le confinement] être pire que le mal [le Coronavirus] » le 22 mars).

Cette stratégie faisait le choix de l’économie contre la prophylaxie : sauver la croissance en acceptant un nombre élevé de décès. La suite a montré que cette stratégie n’avait aucun sens dans un espace démocratique : au Royaume-Uni comme aux États-Unis, les dirigeants n’ont pas été en mesure de la tenir sur la durée et ont dû céder face à la pression politique mais surtout face à la prévision d’une saturation extrême des services de santé au même moment, qui aurait entraîné une surmortalité trop importante.

Le confinement, une stratégie par défaut

Pour les auteurs de l’étude, le confinement loin d’être une antidote est avant tout une stratégie par défaut pour laquelle n’ont opté que les Etats dont les capacités de dépistage étaient faibles voire nulles. “Si la perspective d’un dépistage systématique en Italie, Espagne ou France reste pour l’heure illusoire, plusieurs d’entre eux réfléchissent à la possibilité de mettre en place les mêmes moyens de retraçage que ceux utilisés par la Corée du Sud (géolocalisation des appareils téléphoniques notamment) afin de faire du faible stock dont ils disposent un usage ciblé donc plus efficace”.

En l’absence d’un vaccin, tous les pays sans exception sont engagés vers le même objectif de recherche de l’immunité collective, et tentent de parvenir à cet état avec le minimum de dégâts économiques et de mortalité. Comme nous l’avons mis en évidence ci-dessus, leurs stratégies diffèrent en fonction de leurs capacités :

– certains (France, Italie, États-Unis, Royaume-Uni actuellement, Espagne, …) choisissent en priorité de minimiser le nombre de morts et s’engagent ainsi dans un confinement d’autant plus radical qu’ils ont peu de capacités d’accueil en réanimation, essuyant alors une crise économique sans précédent ;

-d’autres (Royaume-Uni et États-Unis initialement) sont tentés (ou l’ont été avant de changer d’avis) de laisser se développer la maladie rapidement, assumant alors peu de ralentissement économique mais sans doute beaucoup de morts, puisque les malades, trop nombreux trop vite, ne pourront être traités en réanimation ;

-entre ces deux situations, certains pays (Allemagne, Corée du Sud) semblent réussir à avoir « le meilleur des deux mondes » avec peu de morts et peu de ralentissement économique, grâce à une stratégie de test et un confinement sélectif.

En Afrique, la triple peine

Le continent africain subira l’effet direct du confinement, l’effet des prix importés et l’effet “volume” exporté, estime l’étude de Finactu. Les études ont montré que le confinement à la française coûterait 3 points de PIB par trimestre. L’effet prix importé résulte de la baisse massive des matières premières ou des produits agricoles, largement amorcée. Entre le 1er janvier et le 14 avril 2020, le pétrole a perdu 52% de sa valeur. Le coton et le cuivre ont quant à eux vu leurs cours baisser de 24% et de 20% respectivement.

La troisième peine est celle qu’entraînera la chute des volumes d’exportation de l’Afrique vers les pays développés, du fait de la crise que ces derniers subissent et vont subir davantage dans les mois à venir. S’il est encore tôt pour estimer avec certitude l’impact de la chute conjuguée des exportations et des importations, l’Union Africaine estime d’ores et déjà que la baisse des exportations pourrait être de 35% en valeur nominale par rapport à 2019, soit un montant colossal de $270 milliards en moins.

Autant d’indicateurs qui interrogent sur la meilleure stratégie sanitaire à mettre en place en Afrique. “Comment lutter contre le covid-19 sans tuer l’économie ?

Pour les auteurs du rapport Finactu, le confinement est certainement la solution la plus efficace contre la propagation du virus, et permet d’éviter une diffusion trop rapide qui mettrait à mal le système de soins en envoyant en réanimation environ 10% à 20% des malades et condamnant une partie d’entre eux si l’accès à un service de réanimation n’est pas garanti. Mais le confinement total, comme l’ont mis en place plus de 70 pays à la date du 14 avril 2020, est aussi la solution la plus brutale, qui apparaît à bien des égards comme totalement disproportionnée.

En plus d’être brutale, la solution du confinement est clairement une solution de pays riches, peu réaliste dans des pays africains dont les populations comptent plus de 50% ou 60% de travailleurs informels se levant chaque matin pour gagner leur pain du jour. Solution d’autant moins réaliste que les gouvernements n’ont pas la capacité financière pour atténuer les conséquences économiques et sociales de l’arrêt de l’activité. Les hésitations de Kinshasa autour du confinement illustrent parfaitement cette problématique avec successivement le choix d’un confinement total, puis de la seule Commune de la Gombe (quartier d’affaires dans la capitale Kinshasa), la plus impactée par le COVID-19.

Cette incompatibilité entre le confinement et les modalités de fonctionnement de la plupart des sociétés africaines a été clairement assumée par le Président du Bénin, Patrice TALON7 : « Contrairement aux citoyens des pays développés d’Amérique, d’Europe et d’Asie, la grande majorité des Béninois ont un revenu non salarial. Combien de personnes au Bénin ont un salaire mensuel et peuvent attendre deux, trois ou quatre semaines même sans travailler et vivre des revenus du mois ? […] Comment peut-on, dans un tel contexte où la plupart de nos concitoyens donnent la popote avec les revenus de la veille, décréter sans préavis, un confinement général de longue durée ? »

Le confinement n’est pas réaliste en Afrique

Certains pays, plutôt que de confiner brutalement la population, ont instauré un isolement de quelques villes. L’idée sous-jacente est de casser le lien entre les centres urbains, où se concentre l’épidémie, et les zones rurales, dans lesquelles la possibilité de soigner les malades serait faible compte tenu des moyens de santé plus rares encore que dans les capitales et où les populations sont moins jeunes. Ainsi, si le Président TALON, au Bénin, écarte la stratégie du confinement, il a en revanche isolé 12 villes du reste du pays. Au Burkina Faso, 11 villes ont été placées en quarantaine. En Côte d’Ivoire, les déplacements du Grand Abidjan vers le reste du pays sont désormais interdits. Au Togo, ce sont 4 villes qui ont été isolées. La Libye a quant à elle interdit l’ensemble des déplacements entre les villes. Cette mesure tient parfaitement compte d’une caractéristique africaine qui veut que les retraités retournent le plus souvent « au village », c’est-à-dire en province, pour y vivre une retraite paisible, laissant dans les grandes villes les populations plus jeunes et laborieuses. D’une certaine façon, l’Afrique est structurée ainsi : les personnes fragiles face au Covid-19 (les séniors) vivent à la campagne, là où les capacités hospitalières sont quasiment inexistantes, et il convient donc de les protéger en cassant les déplacements villes / campagnes.

Plusieurs pays ont instauré un couvre-feu nocturne (Mauritanie, Niger, Égypte, Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Libye, Gabon, Madagascar, Mali, Togo, Ouganda) ; les déplacements dans la journée y sont donc autorisés sous réserve du respect de certaines règles (par exemple l’interdiction des rassemblements au-delà d’un certain nombre de personnes, la fermeture de certains lieux publics ou encore la suspension des événements non essentiels). L’instauration d’un couvre-feu nocturne, combiné à l’interdiction de rassemblements propices à une diffusion rapide du virus, permet de limiter la vitesse de propagation tout en permettant aux populations non salariées, qui gagnent leurs revenus au jour le jour, de continuer à le faire.

la stratégie des pays développés face à la pandémie repose sur l’idée que 20% environ des malades auront besoin d’une hospitalisation pour survivre à la maladie : si l’hospitalisation n’est pas possible (que ce soit parce que le pays n’a pas de lits de réanimation ou parce qu’ils sont saturés par les premiers malades), ces 20% concernés par la forme grave de la maladie mourront.

Ce chiffre de 20%, qui, à ce stade de la pandémie, reste préliminaire8, est crucial, mais il n’est – heureusement ! – pas transposable à l’Afrique. Car il dépend intimement de la répartition par âge de la population, et la précédente étude a bien rappelé que le Covid-19 est extrêmement inégalitaire par âge : il tue beaucoup plus les personnes âgées que les plus jeunes. En France, l’âge moyen des patients admis en réanimation est de 64 ans. Des études réalisées en Chine ont montré que plus de 80% des personnes décédées avaient plus de 60 ans.

Sur 10.000 personnes âgées de 40 à 49 ans qui contractent le Covid-19, 460 (4,6%) auront besoin d’une hospitalisation simple et 30 (0,3%) auront besoin de soins intensifs pour éviter la mort ». Dans la suite de notre raisonnement, nous considérerons que cette proposition se lit aussi ainsi : « S’il n’existe aucun lit en réanimation pour les personnes de 40-49 ans qui contractent la maladie, alors 0,3% mourront ».

prenons un pays développé à la population vieillissante comme le Royaume-Uni, avec un âge moyen de 41 ans et 24% de la population âgée de plus de 60 ans. Il est intéressant de prendre ce pays comme référence, puisque son dirigeant, Boris JOHNSON, avait initialement adopté la stratégie de laisser la maladie se propager sans limite, afin d’atteindre le plus vite possible l’immunité collective sans casser la croissance ; • et pour ce qui concerne l’Afrique, rendons hommage au Président TALON qui a assumé sa position et prenons comme référence de notre raisonnement le Bénin, avec un âge moyen de 23 ans et 5% de la population âgée de plus de 60 ans.

-Au Royaume-Uni, compte tenu de la répartition par âge des habitants, l’application des probabilités ci-dessus à la population montre que le Covid-19, s’il n’y avait pas de confinement, conduirait 3,2 millions de personnes vers l’hôpital. Parmi ces personnes, 1,1 million auraient besoin de soins intensifs, soit 1,6% de la population totale. Et comme il n’y a que 5.88912 lits en réanimation disponibles au Royaume-Uni, cela conduirait, dans le scénario le plus pessimiste, à la mort de 1,06 million de personnes, ce qui représente 1,6% de la population totale du Royaume-Uni ;

-Au Bénin, l’application des mêmes probabilités ci-dessus à la population du pays conduirait 191.510 personnes vers les hôpitaux, parmi lesquelles 37.187 auraient besoin de soins intensifs, soit 0,3% de la population. En l’absence de données précises sur le nombre de lits en réanimation au Bénin, nous appliquons une moyenne basée sur une sélection de pays en Afrique subsaharienne13, soit 36 lits. Cela conduirait à 37.151 morts, soit 0,3% de la population totale béninoise.

Ainsi se quantifie l’avantage d’un pays jeune comme le Bénin face à une maladie « de vieux » comme le Covid-19 : sans confinement, la mortalité y serait de 0,3% de la population totale, contre 1,6% au Royaume-Uni14. En d’autres termes, toutes choses égales par ailleurs, et grâce à la jeunesse de l’Afrique, une même stratégie de non-confinement conduirait à 5 fois moins de morts au Bénin qu’au Royaume-Uni, car la jeunesse de la population béninoise viendrait plus que compenser la faiblesse des structures hospitalières.

Les dirigeants africains, ne pouvant pas se permettre un confinement « aveugle », doivent se tourner vers des mesures alternatives en s’inspirant des pays qui ont endigué la pandémie avec succès.

Le dépistage et le port de masque, alternative au confinement général

Etude Corona de Finactu avril-3.indd

Si la stratégie du confinement total n’est ni réaliste ni pertinente en Afrique, quelles solutions alternatives adopter ?

Le confinement ciblé et la limitation des mouvements : cette option aurait au moins deux avantages : elle permettrait, dans un premier temps, de ralentir la propagation de la contagion vers la périphérie puis, dans un second, des nouveaux foyers en périphérie vers des lieux encore épargnés.

Le dépistage: L’espoir est désormais permis que l’industrialisation des tests dans les pays du Nord permette, d’ici le pic prévu, en Afrique, une exportation d’une partie des stocks vers le continent. Comment sera financé l’achat de ces tests ? Par les États ? Les bailleurs de fonds ? L’aide internationale ? Quelle que soit la réponse à cette question, il est nécessaire de prendre dès à présent les mesures financières qui permettront un acheminement massif de tests lorsque celui-ci sera rendu possible.

La généralisation du port du masque et des gestes barrières: si la communauté scientifique a tâtonné pour trancher sur la pertinence d’une généralisation du port du masque aux populations, il semble désormais acquis qu’il s’agit d’un outil prophylactique essentiel, de même que les gestes barrières, le gel hydroalcoolique, etc. Ces mesures ne nécessitent pas de moyens inaccessibles, et l’on sait que le masque, par exemple, peut être fabriqué de façon relativement simple et artisanale.

Comparaison de la Côte d’Ivoire et de la France

quand le Président MACRON s’engage à prendre en charge tout ou partie de la rémunération du secteur privé en France, il sait qu’un mois de cette rémunération représente 3,7% de la dépense publique annuelle du pays ; en Côte d’Ivoire, le Président OUATTARA sait qu’il lui en coûtera plus du double s’il envisage la même mesure ;

En France, la mesure phare de prise en charge du montant de la masse salariale du secteur privé placée en chômage partiel (20 milliards d’euros pour assurer 70% du salaire brut des 5,8 millions de personnes en chômage technique, dont l’UNEDIC prend un tiers à sa charge) n’induirait une hausse « que » de 0,5% par mois de la dépense publique qui ne représenterait en retour « que » 0,3% du montant de la dette publique ;

En Côte d’Ivoire, compte tenu de la place moins prépondérante de l’État dans l’économie et de l’importance du travail informel, une telle mesure25 entraînerait une hausse de 1,8%25 de sa dépense publique et représenterait plus de 2,6% de sa dette en un mois seulement de mise en œuvre.

En France, la mesure phare de prise en charge du montant de la masse salariale du secteur privé placée en chômage partiel (20 milliards d’euros pour assurer 70% du salaire brut des 5,8 millions de personnes en chômage technique, dont l’UNEDIC prend un tiers à sa charge) n’induirait une hausse « que » de 0,5% par mois de la dépense publique qui ne représenterait en retour « que » 0,3% du montant de la dette publique ;

En Côte d’Ivoire, compte tenu de la place moins prépondérante de l’État dans l’économie et de l’importance du travail informel, une telle mesure25 entraînerait une hausse de 1,8%25 de sa dépense publique et représenterait plus de 2,6% de sa dette en un mois seulement de mise en œuvre.

Au final, l’étude abondamment documentée, estime que chacun devra trouver sa voie. “Mais FINACTU voudrait ici inviter les gouvernements à considérer que les caisses de prévoyance sociale peuvent être, à très court terme comme à moyen et long termes, un formidable levier politique dans la lutte contre des crises sanitaires et économiques comme celle qui nous frappe aujourd’hui. À plus long terme, le renforcement de nos investisseurs institutionnels africains (compagnies d’assurance, caisses des dépôts, etc.) sera un atout précieux pour affronter les prochaines crises”.

Fort de ses vingt ans d’études, de rapports et d’accompagnement des pays et des institutions sur le continent, l’équipe FINACTU considère qu’il serait faux de regarder cette crise en Afrique avec les yeux des pays riches et qu’il n’y a pas de sens à appliquer au continent les mêmes stratégies prophylactiques qu’en Europe ou aux États-Unis. Les auteurs du rapport voient dans cette crise à la fois sanitaire et économique une occasion de mesurer le rôle formidable des investisseurs institutionnels, au premier rang desquels les caisses de Sécurité sociale, dans le soutien à l’économie face aux conséquences négatives de la crise.

Et plus que jamais, émet Finactu en guise de recommandation forte, les gouvernements doivent généraliser les systèmes de prévoyance sociale à toutes les populations. Certains pays sont sur le point de le faire (Maroc, Côte d’Ivoire), d’autres l’ont déjà fait (Gabon avec la CNAMGS), prouvant que cela est possible !


Lire toute l’étude de Finactu:

https://finactu.com/publications/coronavirus-mesures-pour-attenuer-l-impact-en-afrique

Les auteurs de l’étude Finactu sont : Denis CHEMILLIER-GENDREAU Président Fondateur, Geraldine Mermoux, Directrice Générale, Guillaume GILKES Directeur de la Recherche, Jean-Jacques COULIBALY Manager – Responsable du bureau d’Abidjan, Marc DANON, Consultant Senior et Ghita LAMRIKI Consultante.

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