Reportage au Mali: un second tour des législatives sous haute menace du covid-19

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Bamako le 19 avril. Difficile de respecter la distance de 1 m entre les électeurs devant les bureaux de vote.

Par Daouda Bakary Koné, Bamako.

Au Mali, le second tour des élections législatives se tient dans une ambiance tendue, dimanche 19 avril 2020, en pleine pandémie mondiale de coronavirus (Covid-19). Le scrutin a été maintenu alors que le principal opposant au président IBK, à savoir Soumaila Cissé, est pris en otage depuis le 25 mars 2020, à quelques jours du premier tour des parlementaires et que la crise sécuritaire couve au nord et au centre du pays.

Bref, l’enjeu de ce deuxième tour, qui est de faire élire 125 députés, l’a emporté sur tout le reste. Le gouvernement a largement justifié sa position. «il y a eu consensus au sein du cadre de concertation pour l’organisation d’un second tour» explique Yaya Sangaré, ministre de la Communication. A préciser toutefois que certains partis politiques de l’opposition comme ‘Union pour la république et la démocratie (URD) de Soumaila Cissé et la Ligue Démocratique pour le Changement (LDC) de Moussa Sinko Coulibaly, affirment ne pas avoir été conviés à cette réunion.

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, l’opposition malienne rêve du grand soir avec pour objectif de contraindre le président Ibrahim Boubacar Kéita à une hypothétique cohabitation. Mais en réalité, pris individuellement, aucun parti politique malien n’a les moyens de ses ambitions. D’ailleurs, dans de très nombreuses circonscriptions électorales, on retrouve sur la même liste des candidats de l’opposition et de la majorité. Des sortes d’alliance électorales qui débordent les appartenances politiques et qui souvent ne tiennent pas compte de la dualité pouvoir/opposition. Une fois les sièges remportés, chacun retournera dans son camp. C’est donc à la publication des résultats que les blocs politiques se formeront. Et la page d’une Assemblée nationale qui devait être renouvelée depuis 2018 sera enfin tournée.

Voter et respecter les gestes barrières

L’enjeu majeur de ce scrutin réside dans le taux de participation. La peur du Covid-19 laissera-t-elle les maliens aller voter ? Pour Soibou Mariko, cadre de l’administration publique, les choses paraissent simple : «observons les mesures barrières pour stopper le covid 19 en tout lieu et en toutes circonstances», témoigne ce ressortissant de la région de Dioila qui s’est acquitté de son devoir civique tôt ce matin.

Sur le terrain, à 8H08, au centre de vote du Groupe scolaire Senou Base, dans la commune VI de Bamako, le premier électeur du bureau n°12, entre dans l’isoloir. A première vue, nous constatons que les dispositions prises pour lutter contre la contamination gagneraient à être revues, opine un électeur, visage à demi-caché par un turban. Le matériel électoral des 25 bureaux de votes a été livré comme prévu. Les observateurs sont là. Idem pour les sensibilisateurs comme Adama Traoré, blogueur, qui se livre à une démonstration : “je m’engage à respecter les mesures barrières. Je me lave les mains avec de l’eau et du savon, j’utilise du gel et je porte un masque. Protégeons-nous et protégeons les autres en appliquant les gestes barrières contre le coronavirus », at-il conseillé.

Un peu plus loin, vers 9h30, des attroupements se sont formés devant le bureau de note n°4 situé à l’école publique de Missira, en commune II, bastion du député Karim Keita, fils du président IBK. Ici, si certains bureaux ont respecté la mesure préventive d’un mètre de distance entre les électeurs, d’autres au contraire semblent l’avoir oublié. Ceux des citoyens rencontrés sur place comme ce père de famille, qui dit voter pour “le bonheur du Mali”, ne sont pas nombreux. Dans le bureau numéro 11 du centre de vote de Banakabougou, un léger malentendu plombe l’ambiance à cause, explique-t-on, du remplacement d’un assesseur par un autre.

Disons-le, il n’y a pas foule aujourd’hui dans la capitale malienne. L’on est loin des ambiances électorales d’antan. Le pays compte désormais 216 cas de coronavirus dont 13 décès et 41 guérisons. Malgré les multiples appels à une annulation de ces échéances, le gouvernement a maintenu son calendrier un peu comme en Guinée il y a quelques semaines. Dans son adresse à la nation du 10 avril, le Président IBK avait justifié le maintien par la nécessité d’être en conformité avec les recommandations du dialogue national inclusif. Un choix de la raison ?

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