Covid-19: l’exception Africaine à l’épreuve des statistiques

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Au delà du ton alarmiste de l’éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé : «L’Afrique doit se réveiller, mon continent doit se réveiller», il y a une vérité statistique froide dans cette pandémie du Covid-19 qui a atteint 300 000 cas dans le monde. L’Afrique qui compte 1016 cas , selon le décompte de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) daté du samedi 21 mars 2020, a reçu la plupart de ces cas de l’Europe, deuxième foyer de l’épidémie et non de la Chine d’où est partie la maladie. “L’Europe coronise l’Afrique” ironisait-on d’Abidjan à Yaoundé en se croyant épargné par cette “maladie de blancs”.

Dans les premiers jours de l’annonce de cette crise sanitaire mondiale, il était de bon ton vanter une sorte d’exception africaine, une “anomalie” qui a fait l’objet de débats et de prises de positions parfois étranges dans les grands médias. Cette exception est aujourd’hui en danger, puisque en l’espace d’une semaine l’on est passé de 147 à 600 cas répertoriés dans 34 pays.

Dans son dernier rapport paru vendredi, le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies estimait que le bilan des morts sur le continent s’élevait à 19 à travers cinq pays, à savoir l’Algérie (8), l’Egypte (7), le Maroc (2) le Burkina Faso et le Soudan (un chacun). Les pays africains les plus touchés sont l’Egypte (256 cas), l’Afrique du Sud (150), l’Algérie (82), le Sénégal (38) ainsi que la Tunisie (39), selon le CDC Afrique. “Le premier pilier de notre stratégie est la prévention, le second pilier est d’éviter les morts et le troisième d’éviter les dégâts sociaux”, déclarait John Nkengasong, directeur du CDC Afrique, annonçant le déploiement de 60 000 test dans les pays africains.

La peur d’une transmission communautaire

Après une première phase de cas généralement importés, le continent bascule dans une sorte de seconde phase où la peur d’une transmission “communautaire” durable et généralisée est à redouter selon l’OMS. L’on recense douze pays concernés par ces transmissions communautaires.

En dépit de ces chiffres, beaucoup d’experts relèvent encore l’anomalie africaine et la lient au climat, à la géographie, voire, pour les plus extrêmes, à une sorte de résilience biologique. «Il est un encore un peu tôt pour être affirmatif, mais on ne constate pas, pour l’instant, d’explosion épidémique du virus dans les pays où c’est actuellement l’été. Et notamment dans les pays chauds, comme l’Asie du Sud-Est ou l’Afrique subsaharienne.», déclarait Pierre-Marie Girard, directeur international des instituts Pasteur.

Dans tous les cas la réponse africaine sera d’abord sanitaire puis économique. Le nombre de pays capables de détecter le covid-19 est passé de 2 à 40 en l’espace de deux mois. Pays le plus touché avec l’Afrique du Sud, l’Egypte a importé 250.000 kits de dépistage pouvant raccourcir les délais de détection et générer des résultats en 30 minutes. Le Maroc a, de son côté, importé 250 lits équipés qui viendront s’ajouter à 1 400 déjà existants alors que le Sénégal a construit un hôpital militaire à Touba, épicentre de la crise, à 190 km à l’Est de Dakar, pour un investissement de 1,3 milliard de Franc CFA. Signe encourageant, les grands ensembles régionaux ont mis en place des plans économiques et financiers de riposte à l’instar de la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC) et de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA).

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